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Démineurs de Kathryn Bigelow (2009) par Mat Castle

MINES-ARRETS.

 

Le quotidien de démineurs et notamment celui de James, un G.I basé en Irak, "addict" à l'adrénaline et qui fait prendre des risques parfois inconsidérés à son équipe...

 Huitième long métrage pour la "sévèrement burnée" Kathryn Bigelow avec ce "Démineurs" plus centré sur les protagonistes de la Guerre que le conflit en lui même. Comme nous le montre le surprenant prologue avec Guy Pearce, capable de faire des blagues sur les hamburgers juste avant d'essayer de désamorcer une bombe pouvant souffler un pâté de maisons entier, la formidable réalisatrice de " Strange days" nous fait comprendre à la fin de cette introduction, que même si t'es un super "crack" dans ton taf et que t'as la "cool attitude", la mort peut surgir à tout moment.

 

Le spectateur est averti, tout le monde peut y passer en une fraction de seconde même le héros principal (toujours une bonne idée dans ce genre de films de prendre de bons acteurs pas vraiment "stars" car Georges Clooney dans le rôle, c'est l'assurance de le voir s'en sortir de toutes les escarmouches sans égratignure, alors qu'ici tous sans exception sont dans la ligne de mire).

Le perso incarné par un Jérémy Renner impeccable, est une sorte de croisement entre Martin Riggs de "l'arme fatale 1" (et j'insiste sur le 1, parce qu'après c'est du n'importe quoi!!) et le "Body" de "Point Break", un gars qui vit bombe, dort bombe et chie bombe 24 heures sur 24. Ce qui perturbe ses collègues au point d'en avoir plus que marre de lui et de penser sérieusement à s'en débarrasser dans une séquence surréaliste voire glaçante (un comble pour une action supposée se dérouler en Moyen Orient).

 

Bigelow installe une atmosphère vraiment étouffante pendant prés de 45 grosses minutes où les moments de tension laissent peu de place à l'accalmie (voir la reconnaissance nocturne dans un quartier aussi dangereux qu'une favela brésilienne). La mise en scène très documentaire à l'épaule (merci "The Shield" et "Battle star Galactica") y est pour beaucoup car nous nous retrouvons au choeur du chaos et la créatrice de "Near Dark" enchaîne les scènes de flippe à vitesse grand V (la scène avec le taxi ou celle où le héros est encerclé par des explosifs à "tirettes"...).

Chorégraphiée comme un "mano à mano westernien" la scène où s'affrontent les deux snipers est aussi tendu qu'un string aussi ( avec une apparition éclaire et assez sympa de Ralf "Lenny" Fiennes). Quand le danger retombe, et que l'alcool coule à flot, on essaye alors de percer à jour le mystère James et le pourquoi du comment de ses motivations et ses réponses sont pour le moins que l'on puisse dire assez surprenantes face à ses potes soldats.

Ayant un sang froid redoutable et inhumain, il se retrouve néanmoins complètement décontenancé par les questions de ses collègues sur le but de sa vie. C'est encore plus parlant quand James voit sa femme Evangeline "Lost" Lilly, (décidément c'est la fête aux caméos ce film!) pour une perm' et comprends très très vite que sa vocation est ailleurs et tout autre (Devant un Irakien qui le supplie de lui enlever de la TNT, pas de soucis mais quand sa moitié lui demande de faire une course, il se retrouve totalement désemparé devant la simplicité de la situation).

 

     

Une constante chez Bigelow qui nous brosse toujours des persos qui ont besoin d'un carburant qui stimule leur existence morne (Lenny dans "Strange Days" avec ses drogues virtuelles, Body et sa "recherche de la vague parfaite", ou bien le sang forcément pour les vampires de "Aux frontières de l'aube"). Qu'importe le contexte, c'est toujours le psyché ou la mentalité qui prime dans le cinéma de l'ex à "Big Jim" Cameron (bien illustrée par la scène de la douche où on se demande si le "maverick" décompresse ou s'il a des remords suite à un pseudo décès d'une connaissance).

Un film de guerre qui n'oublie pas la psychologie de ses "Boys" en route, c'est toujours plus qu'appréciable en ces temps de "pop corn movie" décérébré. Quel grand plaisir de retrouver une Kathryn Bigelow dans un film d'action digne de ce nom. Assurer, par exemple, le suspense malgré des scènes finalement assez statiques ( le paradoxe c'est que pour un film portant sur le déminage cela ne pétarade pas plus que ça malgré quelques "boosts" assez efficaces) devient un des nombreux points forts du métrage. Un petit bémol quand même au niveau du scénar' quelque peu faiblard parce qu'on a l' impression d'assister à plusieurs saynètes collées entre elles plutôt qu'à un récit qui coule de source tout naturellement et à des seconds rôles assez creux.

 

Mais c'est une petite goutte dans l'océan en vue de la maestria de la mère Bigelow, en espérant ne pas attendre 10 ans pour qu'elle retourne un autre film surtout si c'est du même calibre que ce "Démineurs". "Welcome home Kat!".

 

Mat Castle.

 Un bon film