ip man de Wilson Yip (2008) par Tootsif
Film biographique sur la vie de Ip Man, un maître de Kung-Fu spécialisé dans le style Wing Chun et qui fut le maître de Bruce Lee. Dans les années 30, Ip Man vit à Foshan dans le sud de la Chine, lors de l'occupation japonaise. Face à ses indéniables talents en matière d'arts martiaux, les japonais lui demandent d'entraîner les soldats, ce qu'il refuse catégoriquement. Il va alors devoir lutter pour sa survie.
Oh putain un film de kung-fu ! Et en plus pas un truc mou du cul à la Tigre et Dragon et consorts, mais du vrai, du pur, celui que l’on avait perdu de vue depuis les Il était une fois en Chine! Parce que si Hong Kong était redevenu dernièrement sur le devant de la scène cinématographique internationale, elle le devait principalement à ses polars.
Le kung-fu, le genre qui avait fait découvrir au monde entier cette petite colonie anglaise (à l’époque) dans les années 70, grâce aux productions de la Shaw Brothers et de la Golden Harvest qui se livraient à l’époque une concurrence sans merci leur permettant de créer les chefs d’œuvre du genre, était franchement tombé en désuétude. Et donc les artistes martiaux s’en sont allés : Yuen Woo Ping chorégraphie les superproductions américaines (le kung fu pourri de Matrix c’est lui), Jet Li gâche son talent dans les merdes à Besson (même s’il a fait un petit retour bien sympathique avec Le maître d’armes) et Jackie Chan fait des chiniaiseries bien loin de l’époque bénie des 3 dragons (Sammo Hung, Yuen Biao et lui-même). Mais à Hong Kong il restait un dernier irréductible, Donnie Yen!
- Qui ça ?
- Donnie Yen, j’ai dit ! Putain vous m’écoutez des fois ?
Découvert à la même époque que Jet Li (avec qui il tourna Il était une fois en Chine 2 : la secte du lotus blanc et plus tard Hero), Donnie Yen a tenté de maintenir l’esprit kung-fu à Hong Kong donnant l’impression d’être un peu le Don Quichotte local essayant de préserver un genre tombant peu à peu dans l’oubli, attaqué sur sa gauche par la version américanisée du kung-fu (on rajoute des ralentis, des effets spéciaux) et par la droite par la version esthétisante (que je qualifierais moi de chiante) des productions hongkongaises actuelles du genre.
Et il a eu bien raison de persévérer le père Donnie ! Car les chinois ont débarqué sur Hong Kong ! Attention ils ne l’ont pas à coup de chars et cie mais l’île d’Hong Kong leur a été rétrocédée par les anglais, bref une arrivée tout en douceur...Et alors que l’on pouvait craindre que ses enfoirés de coco allaient censurer à mort l’industrie cinématographique de l’île, ils ont opté pour une autre approche : se servir de cette dernière pour promouvoir son image, ses arts, son histoire, enfin leur version.
Et ainsi les arts martiaux sont donc redevenus sur le devant de la scène car servant parfaitement les plans de la machine de propagande chinoise (qui finance la production des films), ceux-ci servant à montrer à travers d’histoires racontant la construction de leur pays à travers des passages héroïques. Ainsi on a vu débarquer La cité interdite, Les 3 royaumes, Les seigneurs de la guerre, fresques historiques, épiques et surtout aux forts relents nationalistes en exacerbant des valeurs telles que le sacrifice pour la patrie pouvant prendre les formes les plus extrêmes (justifiant ainsi des massacres, la fin " noble " justifiant les moyens).
Et IP Man s’inscrit dans cette optique en reprenant l’histoire de Yip Kai Man (alias Yp Man ou Ip Man), maître de kung-fu de l’école du Sud (qui fut plus tard le maître de Bruce Lee) qui se serait dressé contre l’envahisseur japonais lors de la seconde guerre mondiale (ce qui nous renvoie là aussi à Bruce Lee qui, dans Fist of Fury, La Fureur de vaincre chez nous, incarne un expert en arts martiaux en lutte contre les japonais).
Ip Man, à son début, semble pourtant éviter toute arrière pensée politique, en renvoyant au style qui fit la gloire de ses prédécesseurs de la Shaw brothers et de la Golden Harvest. Le premier tiers est donc un mélange entre kung-fu et humour, le tout étant plutôt agréable avec une réalisation globale plus que correcte (on sent que le film avait des moyens plutôt conséquents permettant ainsi des costumes et des décors qui nous immergent facilement dans l’époque décrite).
En outre, les scènes de combats sont plutôt bien chorégraphiés (en même temps c’est un peu le taf de Donnie Yen) même si il faut admettre que le style de Yen n’a pas la souplesse et la grâce d’un Jet Li ou l’inventivité d’un Jackie Chan et que la réalisation abuse de ralentis lors des mouvements impressionnants ce qui amoindrit leur effet et casse un peu le rythme.
En fait à ce moment là le principal reproche du film concerne l’interprète principal : Donnie Yen est un très bon artiste martial mais au niveau du jeu d’acteur c’est vraiment pas ça : très raide, peu expressif, on le sent peu à l’aise dans les passages plus « scénarisés ». Mais bon, on passe jusque là un moment plutôt agréable avec de jolis clins d’œil à l’histoire du kung-fu (l’opposition entre style du nord et style du sud) et à l’histoire de ce genre de film (les hommages sont nombreux) et d’un coup c’est l’Histoire qui rattrape Ip Man, enfin l’histoire revisitée à la sauce gouvernementale chinoise.
La seconde guerre mondiale éclate et la Chine se retrouve sous le joug de l’occupant japonais qui, pour enlever toute velléité de résistance à la population en lui retirant toute fierté. Et quoi de mieux que, pour arriver à cette fin, briser les maîtres d’arts martiaux. Ceux-ci se battent non plus pour les notions d’honneur, de dépassement de soi mais pour un misérable sac de riz.
Bref les japonais sont des salauds capables des pires horreurs et les chinois des pauvres opprimés qui n’attendent qu’un héros pour retrouver honneur, fierté, bravoure. Et celui qui va réveiller ces sentiments chez ses compatriotes n’est autre que Ip Man (ben oui, sinon pourquoi faire un film à son nom !).
Alors que jusque là il ne faisait que survivre et protéger sa famille et se lamenter sur l’inutilité du kung-fu dans ces temps si troubles, les atrocités commises par les japonais vont réveiller sa conscience et lui rappeler les buts de kung-fu qui se doit d’être au service des plus faibles. Ip Man va donc entrer en résistance et tenter de relever un peuple bafoué, humilié, qui préfère s’entre déchirer (car quitte à ne rien avoir autant que son prochain ait encore moins) plutôt que de résister. Il apprend le kung-fu à ses prochains et surtout il va combattre le champion japonais, celui qui a humilié tous ses confrères.
Et naturellement il va gagner, et naturellement les enculés de jap vont tenter de l’abattre et naturellement devant cette victoire et la lâcheté japonaise, le peuple chinois va retrouver son amour-propre jusqu’ici perdu. Le kung-fu et ses valeurs deviennent donc le symbole de la force et de l’unité du peuple chinois. Mais le plus malsain c’est surtout comment la réalisation appuie sur cet aspect patriotique en usant (et abusant) de toutes les techniques propre à nous faire passer les japonais pour les pires raclures de l’univers (le summum étant atteint lors d’un ralenti où Ip Man s’avance vers son adversaire entrecoupé de plans de pauvres chinois morts sous le joug de l’occupant) et que surtout une grand part du récit est historiquement faux !
Ip Man certes appris le kung-fu aux braves petits chinois mais il fit aussi parti de la police chargée de maintenir l’ordre (donc à la solde des fucking japs) et à l’établissement du régime communiste il fila fissa à Hong Kong de peur d’être poursuivi par les autorités chinoises pour ses anciennes fonctions! Bref nous assistons ici à une jolie réécriture de l’histoire pour servir les desseins du pays et élever Ip Man au rang de héros national. Franchement gerbant. Voilà comment un film au départ plutôt sympathique devient carrément détestable par sa récupération politique. Moi je voulais juste un film de kung-fu, sniff….
Tootsif.
« Ip Man » de Wilson Yip. Avec : Donnie Yen, Simon Yam. Distribué par HK Vidéo. Durée : 1 H 45.

















