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Killing Zoe de Roger Avary (1993) par Mat Castle

UN APRÈS MIDI DE CHIEN(S).

A la demande de son ami d'enfance Éric, Zed se rend à Paris pour préparer au mieux un "hold-up" qui se déroulera le lendemain. Après avoir passé la nuit avec une prostituée au doux nom de Zoe, l'américain retrouve Éric et sa bande pour une soirée arrosée d'alcool et de drogues. Au petit matin, les malfrats encore bien pétés débarquent dans une banque ou le sang ne tardera pas à couler. Et pour corser le tout, Zoe fait partie des employés...

 

"Killing Zoe" est la première tentative cinématographique du co-scénariste du fabuleux "True Romance", Roger Avary. Et le moins que l'on puisse dire c'est que le futur réal' de "Lois de l'attraction" n'a pas vraiment fait dans la dentelle. Véritable cocktail d'ultra violence cartoon et d'humour très noir, "Killing Zoe" "vulgarise" (dans le bon sens du terme) le sous-type qu'est le film de casse en le décomplexant totalement.

Pour réussir son oeuvre, Avary a choisi des comédiens solides qui sont, soit bien ancrés dans le genre, ou carrément étranger à cet univers (comme Julie Delpy). Mais de la triplette d'interprètes principaux (Delpy donc, mais aussi Stoltz et Anglade) c'est bien le "Zorg" de "37,2 le matin" qui tire son épingle du jeu. Pas vraiment avare de challenge, l'acteur voyait avec Eric (le nom de son perso), un nouveau défi dans sa longue carrière car à l'opposé totale de sa personnalité. Avary a ainsi laissé carte blanche à son acteur pour bien définir son rôle. C'est quand même un procédé dangereux et bien casse-gueule qui peut parfois bien faire du mal au projet initial (Comme dernièrement avec "la Horde") mais ici le "cabotinage" fonctionne plutôt bien.

Le français apporte beaucoup de vivacité et de folie à un protagoniste des plus lunatique, dénué d'une quelconque morale et réglant ses petits tracas à grands coups de "machine gun". Un camé jusqu'au bout des ongles "switchant" de comportement à la vitesse du son et qui ne voit le braquage de la banque comme un point final à son autodestruction.

Le petit ami de "Nikita" nous offre une performance drolatique à la "Depardiouu style" (dixit Anglade) à son metteur en scène débutant (qui n'a pas toujours compris ce que cela voulait dire!!) de par ses nombreuses exagérations et gestuelles en terme de jeu. Roger Avary a dit très justement que le rôle introspectif de Anglade sur "Killing Zoe" lui a beaucoup servi pour son "acting" dans "La reine Margot".

Parfois fun (ses imitations de Yves Montand) mais le plus souvent volubile et complètement à l'ouest, Eric et sa psyché de sociopathe seront encore plus développés dans le dvd "director's cut" qui le verra notamment aboyer une des répliques les plus dures et choquantes de toute l'histoire du cinéma.

L'avouant sur le bout des lèvres, le duo Zed/Éric serait une parabole (en moins extrême, faut pas pousser!!) des relations "amour/haine" du cinéaste canadien avec son (ex?) pote Quentin Tarantino (Stoltz/Zed et Roger ont le même look; et dans sa jeunesse parisienne  il ne carburait pas qu'à l' eau le Sieur apparament). Pour masquer le manque de moyens du film, Avary use et abuse de gros plans mais du coup illustres bien les pensées tordues et psychotropes de ces inconscients masqués bien armés grâce à des plans distordus à la limite de l'expérimental.

Les scènes de fusillades qui font office de climax (Tout comme le "fight" de rue final au couteau entre les deux anciens amis) sont plutôt bien ficelées (Delpy avec une kalash' et bien,...ça le fait grave!!) et bénéficient en quelques occasions du talent en matière de SFX de Tom "Sex machine" Savini. le dénouement est troublant car il ressemble comme deux gouttes d'eau à celui de "True Romance" (Avary a aussi signé le scénario de "Killing Zoe" aaahh bin c'est ptêt' ça alors..).

Très second degrés ( Eric contre le GIGN, bonjour les impacts de balles!) et sacrément nerveux, "Killing Zoe" est pourtant un peu le grand oublié des prods affiliées Tarantino. Dommage car la pellicule de Avary possède de sérieuses qualités comme quelques efforts de mise en scène, de l'interprétation fofolle de Anglade ou bien encore de la musique hypnotisante/entraînante de Tomandandy. Assez d'arguments pour (re)découvrir cette petite bobine car elle le mérite amplement.

Mat Castle.