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The Crow de Alex Proyas (1994) par Mat Castle

BACK IN BLACK.
 

Eric Draven et Shelly Webster, un jeune couple plein d'avenir, sont sauvagement agressés et tués par le caïd "Top Dollar" et sa bande de criminels. Un an après ces décès atroces, Draven, guidé par un inquiétant corbeau, revient d'entre les morts pour se venger et ainsi retrouver son amour perdu...

Pour commencer cette bafouille, deux choses: Michael Jackson et comédie musicale. Et la vous pouvez vous dire à juste titre: "What a F.., il a encore mis du Redbull dans ses céréales cet abruti!", pas bête mais laissez moi m'expliquer. Avant de devenir un des moments de cinéma les plus générationnels ou représentatifs de son époque appelez cela comme vous voulez, James O'Barr  et son comic-book sombre, marginal et catharsique furent démarchés par des producteurs peu scrupuleux qui voulaient faire de l'oeuvre originelle, un spectacle de cabaret avec en tête d'affiche, je vous le donne en mille, le "dead moonwalker"(sic).

On n'ose imaginer, même l'espace d' un quart de seconde, l'improbable résultat de cette collaboration. Heureusement (pour nous) le bébé fut récupéré "in finale" par deux fans de la B.D: Brandon Lee, enfant de qui vous savez, et Alex Proyas un jeune clipper Australien prometteur.

L'investissement total du premier combiné au génie visuel du second feront de ce "The Crow" une réussite exemplaire tant au niveau critique que commerciale mais malheureusement pas toujours pour des raisons très réjouissantes. Lee fut la victime d'un accident mortel pendant le tournage et créa malgré lui une sorte de "buzz" bien macabre pour la sortie du film au cinéma dont Proyas aurait bien voulu se passer  (Comme Nolan et Heath Ledger sur "The Dark Knight").

Revoir les interviews de Brandon Lee (Présentes sur le dvd) sur le "set" parlant de son perso et de la mort en général est encore aujourd'hui très perturbant car ses paroles trouveront résonance quelques jours plus tard pour son son funèbre destin. Difficile de rebondir la dessus mais parlons quand même de la qualité intrinsèque de la pellicule. Proyas instaure une atmosphère dure, baroque et étonnamment mature pour un produit de divertissement dédié à la base aux adolescents (Mises à mort graphiques, langage bien fleuri, sexe et drogues ouvertement cités, en clair on est pas chez "Twillight"..).

Le réal " iconise à mort" (sans jeu de mots malsain) Lee dans des poses de plus en plus charismatiques au fil de l'aventure face à des "bad guys" maousses, bien caricaturaux et en totale symbiose avec l'esprit du bouquin. Que ce soit Tony "Candyman" Todd, Bai Ling (complètement tarée) ou bien encore Michael Wincott (belle crapule bien qu'il se soit grimer en Francis Lalanne extrême), ils sont suffisamment "Sin Cityesque" pour bien tenir le crachoir au "tueur de tueurs" qu'est Lee dans le film (A noter que pour le rôle de Funboy ,"l'iguane" Iggy Pop était pressenti pour l'interpréter avant qu'un problème d'emploi du temps fasses capoter le tout).

Beaucoup de scènes inoubliables dans ce "The Crow", et comme dit précédemment, les "vengeances" de Draven sont aussi spectaculaires que "glauquissimes" (mention spéciale à T-Bird et sa caisse transformée en bombe roulante et dont le résidu de kérosène ornera le bitume d'un corbeau flamboyant mais aussi l'explosion au "shotgun" avec les bagues du "pawn shop" de Gideon tout aussi  mémorable..) et les quelques fusillades présentes sont un régal pour les yeux ( la première confrontation Draven/Top Dollar dans une ambiance très polar HK ou des centaines de balles sont tirées au ralenti dans un duel qui se finira de manière très jouissive).

De plus, elles sont incroyablement bien rythmées par la musique de Graeme Revell mais pas seulement. Parce que "The Crow" peut se vanter aussi d'avoir une B.O. de film les plus réussies de tous les temps (Du moins pour les fans de zik' métal et rock alternatif). Une compilation iconoclaste, homogène et bien pensée faite par de grands groupes en vogue à cette époque mais qui ne tombe jamais dans le rock F.M opportuniste (les bourrins Texans de "Pantera" croisent les "Stone temple Pilots" ou Jane Siberry, les "R.A.T.M" précédent les "Violent Femmes" et "For love not Lisa" dans une fluidité totale sans que cela choque personne..).

 Loin d'être un accompagnement lambda, ces plages musicales parviennent même à plusieurs occasions à sublimer l'action (le "Burn" des "The Cure" rend intense la séquence de transformation d'Eric devant le miroir avec le maquillage, même chose pour la course sur les toits poussée  efficacement par Trent Reznor et ses "Nine inch Nails" mais les exemples sont nombreux). Parfait le film de Proyas alors? Pas tout à fait l'histoire est (même si on est archi fan du métrage comme moi) très classique et le script assez creux finalement mais de toute façon le plaisir est ailleurs..

Ténébreux, gothique, visuellement magnifique à bien des égards (Alex mc Dowell à la production design a fait de l'excellent boulot) et doté d'une romance qui ne vire pas à la guimauve, "The crow" s'impose naturellement comme étant une de plus belles adaptations cinématographiques d'une bande dessinée américaine jamais tournée.

Trés soigné et abouti le deuxième film de Alex Proyas, qui a su toucher une jeunesse toute entière, préparera bien le terrain pour un autre chef d'oeuvre du fantastique, le carré "Dark city" toujours signé par le Wallabie. Impossible pour finir de ne pas avoir une petite pensée pour le fils du "petit dragon" dont on ne saura jamais si il aurait eu une grande carrière en tant qu'acteur, mais quoiqu'il en soit, il a marqué l'histoire du cinéma en nous offrant une prestation des plus marquantes. Le terme "rôle de sa vie" n'a alors jamais paru aussi triste et cruel pour un comédien..

Mat Castle.

  Excellent, encore!!