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Kill Bill Vol. 2 de Quentin Tarantino (2004) par Mat Castle

1 MARIAGE 3 ENTERREMENTS?

 

Après avoir dessoudé une bonne partie de la "Deadly Viper Assasination Squad", "la Mariée" continues sa quête meurtrière en s'attaquant aux piliers du Gang, Budd, Elle Driver et surtout Bill qui va lui faire une sacrée surprise....

 

 

 

L'ex "Golden boy" du cinéma, Quentin Tarantino confirme dans ce volume 2 sa passion sans limite pour les westerns italiens (l'autre leitmotiv de "Q" étant les films d'arts martiaux HK auxquels il rendait un vibrant hommage dans le premier segment). Le réalisateur de "Pulp Fiction" a la très bonne idée de prendre à contre pied, les attentes du spectateur. Alors que l'on pouvait s'attendre à une suite poseuse, clinquante et pétaradante du même niveau de son aîné, Tarantino préfère calmer le jeu et sa trame scénaristique en distillant avec parcimonie son action et ses envolées rythmiques typiques.

 

Le metteur en scène redistribue les cartes  concernant ses personnages secondaires et nous démontre d'une bien belle façon que les apparences peuvent être trompeuses (comme la bande des "Crazy 88" qui ne contient pas 88 membres, le 88 c'est parce que ça sonnait "cool" d'après Bill!). Prenons en exemple, Bud (brillant Michael Madsen), ange de la mort iconique dans "Kill Bill", on le (re) découvre ici vulgaire videur pataud dans une boite de "Strip tease" craignos, humilié bien comme il faut par son zélé de patron (qui a droit à une des plus belles répliques du film) et survivant dans une caravane déglinguée.

Tarantino démystifie le frère de Bill au point de rendre cette crapule presque touchante en plusieurs occasions (sa lucidité par rapport aux atrocités qu'il a pu commettre est bluffante, son code de l'honneur bien à lui tout autant..) ce qui ne l'empêchera pas de finir de la manière la plus misérable possible. Contre exemple à ce je viens de dire, le perso de "Elle", ne changera pas de ligne de conduite mais deviendra encore plus fourbe en trahissant l'un des siens. Son destin mérité donnera lieu à une baston mémorable et "gargantuesque" avec sa nemesis dans un lieu confiné (j'en reparlerais).

 

Le plus gros changement vient de la nouvelle caractérisation de Bill, incarné par un Feu-David Carradine magistral. Catalogué "Super Vilain" officiel du long métrage, le "Caine" de "Kung fu" laisse transparaître une complexité que ne laissait pas augurer le premier chapitre. Sa dualité salutaire au contact de sa fille nous prend par surprise. Sa "cool attitude" et son côté "Papa poule" nous laisserait presque lui "pardonner" son affreux geste envers Kiddo, juste pour ressentir encore un peu la joie (éphémère) de cette famille recomposée.

Avant ces retrouvailles attendues qui finiront forcément mal et qui seront remplies de déchirements, Quentin nous dévoile son amour inconditionnel pour sa "muse" (Uma Thurman dans le meilleur rôle de sa carrière) en la confrontant avec toutes les émotions possibles en un laps de temps très court et en lui en faisant bien baver un maximum à la manière d'un Sam Raimi (l'entraînement inhumain avec Pai Mei, la partie "enterrée vivante"..) comme en témoigne le combat très "rixe de bar" détonnant qui sent la bière et sous les aisselles.

 

On s'y bat à grands coups d'antennes Tv dans la tronche, de tentative de noyade craspec dans la cuvette des chiottes et où la loyauté n'a pas vraiment sa place (on est loin des "Fights" léchés du premier volet). Pour en revenir à l'enveloppe du film, Tarantino a beau avoir de nombreux détracteurs, tout le monde s'accorde à dire qu'il a une sacrée oreille, et ses choix musicaux sont toujours un régal pour les esgourdes (RZA du Wu Tang Clan toujours fidèle au poste, mais on a droit aussi à du Charlie Feathers, Meiko Kahji ou le "Dieu" Morricone...) car souvent décalés mais toujours appropriés à la situation...

 

Nettement supérieur à l'original de part sa maîtrise visuelle et narrative, "Kill Bill Volume2" se voit aujourd'hui avec une certaine nostalgie et quand même une certaine amertume. En effet ,en (re)visionnant cette oeuvre on se rend compte que Tarantino a presque touché les étoiles par sa mise en scène inspirée et quasi parfaite mais semblait être arrivé en fin de cycle en ne pouvant sans  doute plus retranscrire cette "grâce" dans ses futurs projets.

 

"Death proof" et un "Inglorious Basterds" à coté de la plaque ont malheureusement confirmé ces dires (cela n'engage que l'auteur de ces lignes). Adoubé par la presse généraliste qui conforte "Mr Brown" dans son génie, le cinéaste aurait bien besoin de se remettre en question pour pouvoir nous pondre une nouvelle bombe vainement espérée.

Mat Castle.

 

Excellent, encore!!