Southland Tales de Richard Kelly (2006) par Bruce Kraft
PSYCHEDELIC JUNGLE.
Face à la pénurie de carburants, suite à la troisième guerre mondiale, une société américaine élabore un générateur d'énergie perpétuelle à partir d'une technologie qui canalise les flux de l'océan. Cette technologie altère inexorablement le mouvement de rotation de la Terre et risque de provoquer la fin du monde. Boxer Santaros, un acteur amnésique , Krysta Now, une ex-star du porno, les frères jumeaux Roland et Ronald, Abilene, un vétéran de l'Irak, ainsi qu'un sénateur et son équipe, sont notamment emportés dans une lutte entre le pouvoir politico-militaire et les groupuscules néo-marxistes de Venice Beach....
Suite à un premier montage moyen (Et plus long que sur la version finale!!) et à un accueil glacial au festival de Cannes 2006, "Southland Tales" ne bénéficia même pas d'une sortie en salle en France....
Le deuxième long métrage Kelly, après un "Donnie Darko" devenu culte, est pourtant un formidable patchwork illustrant à merveille son univers complexe et ultra riche. Ainsi des éléments que l'on trouvait déjà dans "Donnie Darko" comme l'aspect surnaturel (Et temporel!!) et une grosse critique sociale ainsi que politique (il égratigne bien plus d'une fois le pays de l'Oncle Sam!!), retrouvent ici leur place.
La réussite de Kelly est d'ailleurs de réussir à donner un sens à tout ce bordel au fil des 2h 24 de film divisé en 3 chapitres de....4 à 6!!! Et oui, pour les plus acharnés d'entre vous sachez que le film s'est vu octroyé avant sa sortie, d'un graphic novel contenant les 3 premiers chapitres. Cependant, ne voir que le film n'est en rien handicapant.
Avec ce montage parfois bordélique (Avouons qu'on peut se sentir un peu perdu à certains moments.) le réalisateur venant de Virginie arrive à hypnotiser le spectateur grâce à un système de destins croisés, liés à des personnages aussi nombreux que charismatiques et à une succession de tableaux étranges et quasi énigmatiques sous le soleil de la côte Ouest américaine.
Le film possède des dialogues (La bisexualité devenue tabou à cause des colons, la pilule du lendemain qui devient pilule du "jour d'avant" à cause de fuseaux horaires), des critiques (Le protectionnisme américain, le port des armes et un puritanisme déplacé) et des plans qui interpellent de par leur justesse (Un soldat mécanique se déhanchant sur un trottoir filmé sans aucune autre forme d'explication, d'ailleurs vous la trouverez seul, ou le clip "en presque un seul plan séquence" avec Abilene, un moment vraiment barré!!).
Tout est fait pour vous immerger dans cette ambiance si particulière qui donne l'impression d'être dans un trip barré religieux. Pour couronner le tout la bande-son (avec du Muse notamment!) épouse parfaitement la voix-off qui, digne d'un prêtre en plein office, narre l'histoire.
De plus, "Southland Tales" possède un casting haut en couleurs adapté à une galerie de personnages...hauts en couleurs. Dans le premier rôle, celui de Santaros, apparaît un Dwayne "The Rock" Johnson ("Le roi Scorpion") qui n'a peut-être pas compris toutes les subtilités du scénar' (Selon les dires de l'acteur lui-même en plus!!) mais qui livre une interprétation hallucinante (Lorsqu'il passe en mode "panique" en agitant ses doigts!!).
La deuxième performance vient de Sarah "Buffy" Michelle Gellar qui dépasse ses talents d'actrice de film d'horreur en jouant une Krysta Now revendicatrice moins cruche qu'elle n'en a l'air. Intéressant de voir aussi un Seann William Scott (Stifler dans "American Pie"!!!!) dans un rôle surnaturel et spectateur de son destin. Mais plus surprenant encore est Justin Timberlake qui apparaît en vétéran cynique et prophétique sur une tourelle de canon, l'ultime témoin et narrateur des "contes des terres du Sud".
Un gros clin d'oeil à notre Christophe Lambert national (et pote de Kelly pour figurer au casting!!) qui fait une apparition en revendeur d'armes vulgos dans un camion de glaces et à Eli Roth en figurant (l'homme tué dans les toilettes!!). Alors combien même la structure du film peut laisser dubitatif, même si Kelly retombe sur ses pattes en proposant une fin magistrale, autant il est important de se laisser porter par ce labyrinthe cinématographique expérimental et riche de sens qui nécessite plusieurs visionnages afin d'en savourer toutes les subtilités.
Un film qui va donc à l'encontre des produits habituels "grand public" et qui est capable de passionner autant qu'il peut rebuter. Un film, une version édulcorée d'un Richard Kelly obligé de courber l' échine, qu'il est important de voir pour comprendre que "The Box" n'est qu' une obligation pour continuer à travailler à Hollywood. Indispensable.
Bruce Kraft.
















Comme promis, voilà ma longue critique/analyse de Southland Tales, j’ai hâte d’avoir ton avis!
http://www.jeremy-zucchi.com/article-southland-tales-richard-kelly-2006-l-apocalypse-sous-le-signe-de-philip-k-dick-55264451.html
Le film est une critique assez jouissive de l’Amérique puritaine et belliqueuse de Bush, il y a des idées intéressantes, c’est un film ambitieux donc je ne peux que saluer ces bonnes
intentions… Mais qu’est-ce que ça m’a paru long… La fin a relancé mon intérêt car je me disais : “Vite la fin du monde pour que ça s’arrête” et comme son ambiance est assez réussie,
je suis resté sur une note un petit peu positive… Mais rien à faire, ce film est vraiment raté. Pas un mauvais film, un film raté, malgré le talent de Richard Kelly.
Je n’ai pas vu The Box mais comme Southland Tales est indigeste pour moi et que le director’s cut de Donnie Darko est paraît-il bien moins bon que la version “mutilée”
sortie au cinéma, peut-être que Richard Kelly a besoin de contraintes, de producteurs intelligents mais capables de mettre le holà quand l’artiste en lui s’emballe tout seul… Ce serait alors le
syndrome Shyamalan, au plus haut lorsqu’il “se contente” de faire un film divertissant, sious le regard inquisiteur des producteurs de Disney et de sa star Bruce Willis. Encore faut-il des
producteurs intelligents et non cyniques (la preuve par la négative avec Le Dernier maître de l’air qui pue le navet à 10 000 km?).
C’est peut-être scandaleux de dire ça, tant l’artiste, l’auteur est sacralisé en France, mais il y a des écrivains qui ont besoin d’éditeurs, et des réalisateurs qui ont besoin de producteurs
pour les recentrer, les corriger, leur apporter un regard extérieur qui leur fait défaut (surtout au nombriliste Shyamalan).
Mouaif, j’ai trouvé ce film très ennuyeux mais visiblement il a ses admirateurs. Je n’en fais pas partie.
Je trouve que The Box n’a rien de commercial pourtant. C’est pompeux, Cameron Diaz est immonde et surtout, la mise en scène n’est pas à la hauteur de ce qu’il a fait auparavant. Quant à
l’histoire… “mouais” je suis perplexe ! Le seul truc que j’ai kiffé : la musique, old school, à la Shining.
et puis d’abord : http://cinematheque.over-blog.net/article-southland-tales-de-richard-kelly-etats-unis-2006–40240268.html
en effet c’est très “bordélique” comme tu le dis… mais du coup ça ne m’a pas autant fasciné que toi… et par contre je ne suis pas d’accord pour “the box”, pur chef d’oeuvre !!
il y a des bribes de nos conversations téléphoniques que j’ai retrouvé dans ton article,comme quoi
…
Je ne connais pas du tout ce film, et tu m’as intrigué avec cette chronique… un jour, si je tombe dessus, promis…
Richard Kelly est un type étrange, il commence par faire un chef d’oeuvre (Donnie Darko), puis il regresse dans un film moins maitrisé (mais très bon), Southland Tales, et enfin, il se casse la
gueule dans du n’importe quoi, digne d’un premier essai au cinéma : The Box.
J’ai bcp aimé Southland mais on sent que le film souffre de l’envergure du projet, trop ambitieux, trop long, bref, le genre parfait pour faire une série TV. J’aime bien les références
lynchiennes, comme la scène du déjeuner où Santaros raconte qu’il a fait un cauchemar.
Ce que j’adore chez Kelly c’est aussi ses plans séquences “clipesques” avec ralentis et accélérés ; dans Donnie Darko c’est à l’école et dans Southland Tales c’est dans le zeppelin. C’est beau et
fluide. (et tiens, dans The Box, y a pas de séquence de ce type !).
Bref, Southland Tales est un bon film mais qui s’adresse à des amateurs d’intrigue compliquée et ambiance surréaliste.
Sur ce coup là, on ne sera pas d’accord ! J’avais hâte de le voir tant les références à Philip K. Dick semblaient débordantes (et c’est le cas), mais le film est à l’image des pires romans de
l’écrivain, lorsqu’il multipliait les intrigues, personnages et concepts sans se soucier de cohérence, emballant ça avec un rapide fond métaphysique. Mais Dick avait quelque chose à dire, Richard
Kelly a des idées à revendre, des idées sur tout… et surtout des idées! Des idées sur l’Amérique de Bush, la guerre en Irak et ailleurs etc. auxquelles je ne peux qu’adhérer. Mais de là à crier
au génie, stop!
Le commentaire audio de Kelly est affligeant tant il passe son temps à expliquer le film, tentant maladroitement de justifier les trous béants et les boursouflures de son scénario. Et, désolé,
mais quelle prétention! Si Richard Linklater a du talent mais pas assez d’ambition, Richard Kelly lui en a trop! Et pour dire quoi? “Les gars cool ne se suicident pas.” Ok, je comprends
et adhère à son message adressé à tous les victimes des guerres inutiles… Les bonnes intentions se limitent à de bonnes intentions, le film n’a aucune cohérence, aucune profondeur, c’est vide,
ce n’est pas digne d’être vu 2 ou 3 fois pour bien le comprendre, comme le demande Richard Kelly lui-même en toute humilité…
Voilà, je détaillerais plus dans un long article à venir (à la demande de Cachou avec qui j’en avait déjà discuté). Quand je suis autant déçu par un film, surtout par le réalisateur de Donnie
Darko, quand je m’ennuie autant devant un film pseudo-intelligent, je deviens vraiment méchant!
A bientôt, j’ai hâte qu’on en discute!
Ben moi je n’ai pas adhéré, je trouve que ça va dans tous les sens sans réellement se raccrocher à une idée bien ficelée. Comme on dit: “qui trop embrasse mal étreint”…
Je le savais que j’aurais du le prendre en coffret avec le DVD de The Box surtout que ce dernier est pas top.
Yesssss Rien à dire, on est tout à fait d’accord sur celui-là et ça me fait bien plaisir! Je supporte pas d’en lire ailleurs que c’est de la branlette ce film!
Bon ben je te hais, t’as su trouver les mots pour me convaincre. Je savais que t’avais un côté vendeur pervers…
Je vais y jeter un coup d’oeil!!Merci beaucoup!!
Je vais y jeter un coup d’oeil!!Merci beaucoup!!