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Soldier of orange de Paul Verhoeven (1977) par Tootsif

L' agent orange

 

A la veille de la Seconde Guerre mondiale, six étudiants à l'université de Leyde vivent dans l'insouciance. La guerre change leur vie d'une façon radicale : certains optent pour la résistance, d'autres choisissent de collaborer. Mais une certaine complicité entre eux subsiste.

 

Bon bon bon….Ma première critique sur "La Pellicule Brûle"…..et comme toute première fois, on veut que ça se passe bien, on est timide, on a tendance à trop vouloir en faire pour impressionner, bref c’est jamais facile. Pourtant il va bien falloir se jeter à l’eau (bon ok j’avoue les premières lignes ont surtout pour but de provoquer un sentiment de bienveillance de votre part à mon égard, je sais c’est vil comme technique mais on ne se refait pas) et là on commence avec du lourd avec un film du grand, que dis-je de l’immense, Paul Verhoeven.

           

Bon, je vais être franc avec vous, jusqu’à la sortie cinéma de Black Book ma connaissance de son œuvre se limitait à ses films américains. Sa carrière européenne, honte sur moi, j’étais totalement passé à côté. Et c’est vraiment dommage car si sa carrière US est loin d’être inintéressante ("Robocop", " Starship Troopers", "Total Recall" sont des bons, voire grands, films) avec des films alliant divertissement et message de fond (bon OK "Showgirls" et "Basic Instinct" c’est pas vraiment le cas, mais bon faut bien manger hein ?), sa carrière européenne est vraiment exceptionnelle avec des films sans concessions.

Et c’est donc de cette période là que je vais vous parler avec le film "Soldier of Orange" (rebaptisé un temps chez nous "Le Choix du destin", ah les joies du marketing et du non respect des titres originaux, quoique là pour une fois le titre symbolise plutôt bien le film).

Et donc, bien avant "Black Book", Paul Verhoeven signe un long métrage sur les Pays-Bas et la Seconde Guerre Mondiale. Le thème de départ n’est d’ailleurs pas la seule similitude entre les deux films  quand on y regarde de plus prêt. Ainsi la perte de l’innocence suite à des événements tragiques, la nécessité de faire des choix, la violence, le sexe sont des thèmes récurrents de ces deux œuvres (voire de l’œuvre complète de Verhoeven puisqu’il n’est pas incongru de rapprocher ces 2 films de "Starship Troopers" par exemple).

 

La perte de l’innocence, la fin des années fastes nos 6 étudiants vont la connaître avec l’invasion de la Hollande par l’Allemagne (tout comme Rachel va la connaître avec l’exécution de sa famille dans "Black Book" et Ricco et ses amis par la destruction de leur ville natale dans "Starship Troopers").

 

D’un coup la guerre qui semblait lointaine, être quelque chose  qui ne les toucherait pas (certains s’engagent dans l’armée mais avec la conviction que la Hollande restera neutre et qu’ils ne craignent rien) s’impose à eux jusqu’à bouleverser leur quotidien. L’heure des choix est venue (et là aussi le parallèle avec "Black Book" et "Starship Troopers" s’impose de lui-même).

Après la perte de l’innocence vient donc l’heure des choix pour nos 6 protagonistes (tout comme Rachel et Ricco et ses amis) : certains s’engagent dans l’armée hollandaise, d’autres rejoignent la résistance, d’autres choisissent de voir venir tandis que l’un d’entre eux rejoint le camp ennemi. Chaque choix est le fruit d’une réflexion personnelle, d’une motivation propre aux origines aussi triviales (le frisson d’être un résistant) que sérieuses. Et après l’heure des choix vient le temps d’assumer les conséquences de ceux-ci : s’exposer au danger, exposer ses proches, choisir de trahir ou non ses convictions pour sauver sa vie ou celle des êtres aimés. Chacun des protagonistes est confronté à ses propres dilemmes et les choix qu’ils feront marqueront la suite de leur vie.

           

L’histoire est centrée sur Erik, un de ces 6 étudiants. Ce dernier a choisi la résistance. D’abord cela s’apparente à une sorte de jeu mais les événements vont vite lui rappeler que la guerre n’est pas un jeu. Trahison, arrestations arbitraires, surveillance, tortures…. tout ces évènements Paul Verhoeven les filme sans concession ni complaisance. Les derniers vestiges de l’innocence d’Erik s’effondrent devant les horreurs de la guerre.

 

Et c’est peut être parce qu’ainsi Erik prend conscience du caractère précieux et bref de la vie humaine que chaque rencontre amoureuse se doit d’être intense, passionnée, sans calcul comme si c’était le dernier jour (là encore l’analogie avec "Starship Troopers" et "Black Book" est troublante quand on pense à la relation entre Ricco et Dizzy avant que celle-ci ne se fasse tuer ou à Rachel qui tombe amoureuse de l’officier nazi qu’elle doit espionner). Pour Verhoeven la violence des sentiments (et pour parler crûment le sexe car chez Verhoeven sentiments et sexe sont intimement mêlés) et la violence de la vie vont de pair….

 

"Soldier of Orange" est donc la quintessence des thèmes chers à Paul Verhoeven, une œuvre magistrale qui évite tout manichéisme (les divers protagonistes y compris Erik sont loin d’être des preux chevaliers) et surtout donne une vision sans concession de la Hollande de l’époque. En effet, entre une armée totalement dépassée (qui se balade en vélos alors  que l’Allemagne nazie bombarde les villes), un gouvernement qui fuit le pays et qui n’hésite pas à sacrifier les résistants pour assurer son retour, une résistance désorganisée, la collaboration d’une partie de la population (avec l’organisation de milices tout aussi « efficace » que les nazis)…Paul Verhoeven ne cache rien de la face sombre de l’histoire de son pays faisant ainsi dépasser (tout comme pour "Black Book") à son film le cadre du simple divertissement.

 

Alors certes le film n’est pas exempt de tout défaut avec quelques chutes de rythme, une intrigue qui se dilue parfois du fait de la présence d’un trop grand nombre de protagonistes au départ (pour enfin se resserrer sur Erik) mais ceux-ci ne sont rien à côté de la puissance du récit, de la réalisation sans concession et de la qualité de l’interprétation (avec l’immense Rutger Hauer).

Bouleversant, provoquant, violent, interrogatif, "Soldier of Orange" est le miroir de Paul Verhoeven, une œuvre qui définit parfaitement le réalisateur.

Tootsif.