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Splice de Vincenzo Natali (2010) par Tootsif

LA OU IL Y A DU GENE IL N’Y A PAS DE PLAISIR….

 

Clive et Elsa sont des scientifiques qui ont réussi à combiner l’ADN de différentes espèces animales pour obtenir de fantastiques hybrides. Ils sont amoureux l’un de l’autre autant que de leur travail et veulent à présent passer à l’étape suivante : fusionner de l’ADN animal et de l’ADN humain. Lorsque le laboratoire pharmaceutique qui les finance refuse de les soutenir, Clive et Elsa décident de poursuivre leurs expériences en secret. Ils créent Dren, une créature étonnante dont la croissance rapide la fait devenir adulte en quelques mois. Dren va dépasser les rêves les plus fous du couple mais aussi leurs pires cauchemars

 

 

Splice marquait le retour, difficile (ça fait 2 ans que le film attendait d’être distribué), de Vincenzo Natali derrière la caméra. Ce réalisateur m’avait foutu une réelle claque avec son premier long-métrage l’excellentissime "Cube" qui alliait avec brio tension et gore et si ces 2 autres longs métrages "Cypher" et "Nothing" ne m’avaient pas totalement convaincus ils m’avaient quand même intrigués et étonnés.

 

C’est donc avec joie et envie que j’accueillais le retour de Natali dans les salles obscures d’autant plus que la bande-annonce et  les thèmes du film étaient intriguant et emballant.

En effet, le film semblait mélanger horreur et science fiction, questions éthiques et interrogations familiales, bref des thèmes variés et accrocheurs. Et c’est justement dans cette variété de thème que le bat blesse. Si Natali avait su dans "Cube" mélanger avec brio huis-clos et gore c’est hélas loin d’être la cas avec "Splice".

Ce dernier en effet ressemble au final plus à un énorme fourre-tout où aucune ligne directrice ne semble ressortir empêchant ainsi au film d’avoir une ligne directrice claire et donnant la désagréable impression que le film est découpé en différents segments portant chacun sur un thème différent, le lien entre ces segments se faisant en outre difficilement sortant le spectateur un moment du film. Splice hésite, se perd.

 

Il commence comme un film de scientifique sur la génétique. On retrouve nos 2 scientifiques auréolés du succès de leur créature mélangeant plusieurs ADN animaux. Ce succès aiguise leur appétit d’une nouvelle création auquel se rajouterait l’ADN humain. Se pose alors les questions éthiques : jusqu’où peuvent ils aller ? Voir simplement si les ADN animaux sont combinables ou aller plus loin, c'est-à-dire laisser naître cette créature ?

Mais la volonté d’être des pionniers, des précurseurs est trop forte pour Clive et Elsa et ceux-ci dépassent les limites du cadre éthique non pas pour un intérêt soi-disant collectif (guérir des maladies) mais par pur intérêt personnel.

Ce questionnement éthique, philosophique vole en éclat quand la créature d’abord d’apparence animale prend peu à peu une forme plus proche de l’homme. Et là le film bascule dans le drame familial. Alors qu’Elsa qui ne voulait pas d’enfant cette dernière s’accapare totalement la créature qu’elle va jusqu’à nommer.

Ainsi Dren devient sa chose, son enfant faisant ainsi voler en éclat le couple qu’elle formait avec Clive qui se sent mis en dehors de cette relation. Le film bascule ainsi dans un drame familial, nos 2 scientifiques faisant ainsi totalement abstraction des questionnements scientifiques et de toute connaissance par la même occasion puisque 2 biochimistes capables de créer une créature semi-humaine sont incapables de noter la présence de branchies et de soigner une fièvre.

 

Splice semble donc d’un coup faire totalement abstraction de sa première demi-heure pour ne retrouver dans l’intimité d’une cellule familiale psychotique. Elsa est une mère totalement obnubilée par le contrôle qu’elle a sur Dren en faisant une extension d’elle-même (qu’une pseudo révélation viendra nous expliquer), Clive un père qui se sent exclu de cette relation se réfugie dans le travail et Dren découvre le chantage, la rébellion la vie sexuelle au travers d’un pseudo complexe d’Œdipe.

Et c’est là un des soucis si jusqu’à son enfance Dren me mettait mal à l’aise par son ambigüité entre homme et animal, à son « adolescence » Dren n’est plus qu’humaine même physiquement. Le film devient donc un drame familial malsain avec une mère qui reproduit les schémas éducatifs de la sienne, un père incestueux et une fille perverse.

Puis tout aussi brutalement que l’on a basculé dans l’intimité d’une famille bancale et névrosée on plonge dans un film d’horreur par un twist tout aussi prévisible (annoncé très fortement trop visiblement par le biais d’une scène dont je me demande encore ce qu’elle fout là, entraînant juste une diatribe sur l'industrie pharmaceutique où la recherche à moins d’intérêt que les bénéfices et la satisfaction des actionnaires) que de mauvaise qualité (d’un coup Dren redevient un animal faisant table rase d’une demi-heure de film).

 

Mais plus que le basculement dans le film d’horreur c’est surtout la qualité de cette dernière qui déçoit, Natali tombant dans les clichés du genre et le mauvais goût (course poursuite dans les bois, séquence de viol à l’aide d’un aiguillon) enterrant définitivement les qualités pourtant bien présentes de son film.

 

Splice est donc une déception, le cul coincé entre plusieurs chaises, hésitant sur la voie à suivre (SF ou horreur, éthique ou drame familial) pour n’en choisir finalement aucune, il rate le coche sur une idée pourtant diablement emballante.

Tootsif.