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Substance Mort (Le livre) et A Scanner Darkly (Le film)

 STAIRWAY TO HEAVEN.

Bob Arctor est Fred, et Fred est Bob Arctor : un policier membre de la brigade des stupéfiants, infiltré dans un milieu de toxicomanes, et menant deux vies à la fois. Il vit avec deux autres hommes totalement déphasés par rapport à la réalité, Luckman et Barris. Donna, son amie, est dealeuse et consommatrice. Ils sont tous, exceptée Donna, accros à la Substance M, une drogue qui mine peu à peu votre identité pour finir par faire de vous une larve.

 Le livre:"Substance Mort" de Philip K.Dick (1975)

Et voilà ma première incursion dans le monde si étrange de Philip K.Dick...J'ai toujours entendu parler de cet auteur sans jamais avoir jeté le moindre coup d'oeil sur ses livres (pas taper pas taper!!) bien que je connaissais certains de ses romans par le biais de films comme "Blade Runner"ou "Minority Report"...Quand même!! K.Dick était un auteur vraiment perturbé psychologiquement (dépressions à répétitions!!) à cause, en partie seulement, des nombreuses drogues qu'ils prenaient et surtout à la période où il a écrit le roman que je vais vous chroniquer.

Alors!! Et ce livre bon sang!? "Substance Mort" sous son apparat S-F ( des engins aux noms très techniques et une tenue "brouillée" pour garder une identité secrète!!) est avant tout une histoire nous plongeant tête la première dans une maison de junkies (les freaks) infiltrée par un flic...pas très S-F vous en conviendrez. K.Dick nous fait découvrir un à un ses personnages hauts en couleurs et tous bien cramés du bulbe (Mais pas qu'un peu au niveau des délires), avant de se concentrer sur "le flic Fred/Bob le junkie" et son histoire...où plutôt l'histoire dans laquelle il est embarqué.

"Le toubib lui dit qu'il n'avait pas de poux dans les cheveux. Après être resté huit heures sous la douche, debout sous l'eau chaude à souffrir le martyre, heure après heure, à cause de ses poux, il sortait et se séchait, et il trouvait encore des poux; en fait il en trouvait partout. Un mois plus tard il en avait dans les poumons."

On pourrait donc diviser le roman en trois parties: la vie des junkies avec leurs nombreux trips assez particuliers à base de conversations venant d'une autre planète et de "séquences fiction", autrement dit "se taper un film en live" comme on dit chez moi (Ayant vécu ce genre de situation il y a quelques années, j'ai beaucoup aimé cette partie et je peux donc dire que K.Dick connaît bien le sujet), puis il y a l'évolution de Fred/Bob avec une grosse partie sur la schizophrénie du personnage et les altérations liées à la drogue et en dernière partie...nan je n'en dirais pas plus...hé hé!!

"-Tu t'imagines en train de raconter à tes petits enfants: J'ai vu de mes yeux ce bloc de hasch haut de deux mètres surgir du brouillard et partir dans cette direction, il valait bien deux milliards, en répétant: moi? rien du tout. Tes enfants te feraient interner."

Philip K.Dick fait de son livre une véritable cours de jeu où l'on sent que son histoire lui échappe un peu (Comme un certain..."Southland Tales"!)....On a la sensation de regarder un puzzle achevé dont certaines pièces viendraient....d'un autre puzzle!! Le pire c'est que c'est tellement bon qu'on en redemande !! Toujours est-il que la lecture reste vraiment facile même si deux trois passages comportant des phrases en allemand -non traduites- se glissent dans le livre donc vous allez sur le net et avec un traducteur vous résolvez le problème.

Alors, au final "Substance Mort" se révèle être un livre riche, abordant des sujets comme la drogue et ses conséquences sociales et surtout cérébrales, le lobbying pharmaceutique, la société de consommation aux multi-nationales sans remords, la télésurveillance...Autant de sujets qui sont vraiment actuels bien que le livre fut écrit en 1975. Philip K.Dick nous fait même la fleur de terminer son (autobiographique?) roman avec une fin vraiment sombre à la sauce aigre douce. Pas de "happy end"? Pas de "happy end"? Pas....de...."happy end"?

"-C'est ce que ça veut dire, la mort: ne plus pouvoir s'arrêter de regarder ce qu'on a en face de soi. Un foutu machin qu'on a mis là, devant toi, sans que tu puisses rien y changer, sans pouvoir choisir. Tu prends ce qu'on t'a placé là, tel quel, un point c'est marre."

"Tu te vois en train de contempler une boîte de bière pendant l'éternité?ça ne serait peut-être pas si mal. Il n'y aurait pas de quoi paniquer."

Excellent, encore!!

Le film: "A scanner darkly" (2005) de Richard Linklater

Après que Terry Gilliam ai été pressenti pour adapter l'oeuvre de Philip K. Dick c'est finalement Richard Linklater qui hérita du projet. L'adaptation d'un tel livre s'avérait dangereuse tant le livre se singularise par la multitude de tableaux se succédant de manière parfois anarchiques (bordéliques?) et à son univers très "barré".

Le film fût présenté au festival de Cannes dans la catégorie "Un certains regard" et les spectateurs furent mis devant une véritable expérience visuelle car ce n'est pas un simple film mais....un film d'animation. 

En effet, la technique d'animation utilisée avait déjà été employée par Richard Linklater sur son film "Waking Life" en 2001. Les acteurs sont ainsi filmés de manière numérique, puis les prises de vues obtenues sont retouchés par des artistes utilisant un programme d'animation inventé spécialement par Bob Sabiston.On félicite l'équipe pour ce boulot tant le rendu est à mi-chemin entre images réelles et BD.

Bon, au niveau scénar' il faut reconnaître qu'il y a quand même pas mal de soucis car certains passages ont été volontairement zappés et je pense que ceux qui n'ont pas lu le livre risquent de se paumer un petit peu. Le scénar' fait même fusionner deux persos du livre...Bizarre! Des aberrations scénaristiques pour le bien du public....Mouai!! Le budget serré (bien que Soderbergh et Clooney soient producteurs!!) y est peut-être pour quelque chose?

Dommage, car en plus d'une qualité graphique irréprochable  et d'une B.O. vraiment dans le ton (La séquence d'ouverture ainsi que le rendu visuel de la tenue "brouillée" sont géniaux!!), le film bénéficie d'un casting de "stars": Le très décrié Keanu Reeves endosse parfaitement le rôle de Bob/Fred, Robert Downey Jr est impérial en Barris, le junkie/génie, Woody Harrelson joue le fêlé Luckman, Rory Cochrane en Charles Freck est quant à lui vraiment dément (Avec le fameux passage du "suicide" à mourir de rire) et la revenante Wynona Ryder en Donna. En plus, les dialogues sont repris directement de l'oeuvre originale....hé bé!!!

 "A scanner darkly" est donc un film singulier qui oublie malheureusement trop d'éléments (la folie y est trop peu présente!!) pour en faire un film génial (ce qui aurait dû être le cas!!) et cohérent mais devient pour les amateurs du livre un produit cool mais inachevé où l'amertume prend un peu le pas sur l'engouement visuel...Et merde....

Un film moyen