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Beauté Volée de Bernardo Bertolucci (1996) par Tootsif

LA REALISATION M'A TUER.
 
 L'arrivée d'une jeune Américaine au seuil de l'âge adulte dans une demeure, en Toscane, va réveiller les émotions quelque peu émoussées d'un petit groupe d'artistes et d'intellectuels expatriés dans cette province.

 

 

 

 

Choc de chroniqueur, après mon choix de film, c’est donc autour de Cachou et cette dernière a opté pour Beauté Volée. Et après nos violents échanges sur le barbare Conan, la candeur et la beauté angélique de Liv Tyler allaient-elles nous réconcilier sur l’autel cinématographique ?

 

D’autant que mon « adversaire » y a vu un film d’une beauté extrême servie par une caméra aussi douce qu’indiscrète. Moi l’amateur de belles images allai-je succombé aux charmes de Beauté Volée ? Pourtant ce film je l’ai vu il y a une dizaine d’années. Et des souvenirs de ce dernier je n’en garde aucun. Mais, j’ai eu envie de l’aimer ce film, j’en ai eu envie si fort que je balayais d’un revers de main tous les préjugés négatifs que le pitch au dos de la jaquette m’inspiraient (ennui, blabla, érotisme pompeux). Je crois que jamais je n’ai commencé le visionnage d’un film pétri d’autant de bonnes intentions.

 

Il faut dire que les raisons de ces intentions étaient doubles. D’une part cela aurait été l'occasion de me racheter auprès d’elle suite à mes propos sur sa chronique de mon barbare préféré,  et d’autre part car elle m’a envoyé ses premiers jets de critique où elle en parle avec tellement d’amour que le fait d’en penser du mal me mettait mal à l’aise (et oui derrière mes airs de connard fini ce cache un petit être plein de douceur) (non je déconne).

 

Ben oui quoi, quand quelqu’un vous déclare son amour pour un film qui représente quelque chose d’important pour elle, qui lui parle comme peu de films ont su le faire, vous vous dites que ne pas l’aimer s’apparente à un crime. Et ce crime hélas je suis en train de le commettre….. C’est donc avec toutes les meilleures intentions du monde que je me suis plongé dans Beauté Volée et hélas, trois fois hélas, les meilleures intentions du monde ne suffisent pas toujours et ces dernières ont volé en éclat en à peine 3 minutes.

Les 3 premières minutes du film. En utilisant pour l’introduction le procédé de la mise en abyme (l’acteur se substituant au réalisateur derrière la caméra car c’est un personnage qui filme Lucy, caractérisant sans aucune finesse le fil directeur de son film : le voyeurisme) Bernardo Bertolluci met le doigt sur une technique cinématographique que j’exècre car la trouvant d’une prétention sans nom.

 

Et cette impression est renforcée dès la scène suivante qui multiplie en l’espace de 30 secondes les clichés du film arty : Lucy à l’arrière d’une voiture le visage dans le vague sûrement perdue dans d’obscures pensées tandis qu’une cigarette se consume dans sa main avec le décor se reflète sur la vitre puis elle prend un cahier patchwork de photos, notes, etc, etc….

 

Bernardo Bertolluci réussit le tour de force de m’exclure de son film dès l’introduction. Après ce passage difficile pour moi de m’immerger totalement dans la double quête de Lucy (la recherche de son véritable père, la perte de sa virginité, deux thèmes si intimement mêlés qu’ils n’en sont au final qu’un seul).

 

Et ce d’autant plus que le principe qui caractérise la réalisation de Bertolluci pour ce film du double degré de voyeurisme (nous, spectateurs, sommes les voyeurs de Lucy, comme l’a si lourdement illustré la première scène, et cette dernière est la voyeuse du microcosme dans lequel elle évolue) semble n’être que le prétexte d’un grand étalage de nudité. Alors, non pas que ça me gêne ou choque, d’autant plus que l’on pourrait interpréter ceci comme le contraste entre la virginité, la candeur de la douce Lucy et le caractère hédoniste de la communauté qui la recueille en son sein.

 

Parlons en de cette communauté qui m’a elle aussi horripilé de par son caractère imbu d’elle-même (le personnage de Jeremy Irons ne dit il pas « du haut de cette colline le seul sujet de conversation c’est nous » ?), ce milieu bourgeois qui donne l’impression d’être le seul à même de comprendre le sens de la vie et des plaisirs simples de l’existence (normal quand on n’a pas besoin de bosser 40 heures par semaine pour vivre décemment, de faire les courses on a largement le temps de parler poésie autour de la piscine la bite à l’air !).

 

J’ai détesté ces moments là (en particulier la fête où l’idée de stopper le film est devenue très prégnante dans mon esprit) avec ces personnages remplis de certitude (sauf Lucy, bouffée d’oxygène au milieu de tout ça) qui donnent au film un côté auteurisant, dans le sens péjoratif du terme. Mais revenons à ce voyeurisme, à ce déballage de chair dont Bernardo Bertolluci est friand et qui a fait sa renommée avec le Dernier Tango à Paris (et dont il se resservira pour l’édifiant de prétention Innocents). Si à l’époque du Dernier Tango cela pouvait choquer aujourd’hui cela ne provoque plus qu’indifférence, ennui si cela ne va pas plus loin dans le propos.

 

Et c’est le sentiment que cela a provoqué chez moi, partagé entre ennui et énervement, j’espérais à chaque instant ne pas revoir les membres de cette communauté. De plus, si Cachou loue le caractère, je la cite, « délicieusement naïf » de l’écriture des poèmes de Lucy qui s’inscrivent à l’écran, j’ai au contraire trouvé cette technique très prétentieuse et retirant toute subtilité à ces passages.

 

Pourtant le tableau de Beauté Volée n’est pas aussi sombre que ce que je viens de vous dresser. En effet, il y a la grâce, la candeur de Liv Tyler qui ne joue pas Lucy mais EST Lucy, véritable l’oasis au milieu de ce désert de personnages vides (tu vois Cachou toi qui avait peur que ce soit elle qui me fasse détester le film, c’est cette dernière qui m’a permis de m’y accrocher jusqu’au bout), la beauté des décors de cette Italie profonde que Bertolluci a la bonne idée de nous glisser par petites touches comme autant de cartes postales et cette bande-son juste sublime, lancinante.

 

Et c’est d’autant plus dommageable que, lorsque Bertolluci revient à plus de simplicité, il en ressort de vraies fulgurances (les passages où Lucy pose, les conversations Lucy/Alex et cette scène d’amour finale juste somptueuse de simplicité, de délicatesse et de désir) qui auraient été à même de m’hypnotiser si tout le film avait été de ce niveau mais qui au final ne sont que de simples rayons de soleil traversant la grisaille ambiante. Je n’ai donc pu accompagner Lucy dans son voyage initiatique sur ses origines et sur elle-même, non à cause de l’inintérêt que j’ai éprouvé pour son histoire, ses doutes mais simplement parce que la réalisation de Bernardo Bertolluci m’a laissé à quai. Je suis resté sur le quai de cette gare où Lucy débarque et n’ai pu la rejoindre que lors de courts instants qui me laisseront un goût d’inachevé.

 

Tootsif.