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Conan le barbare de John Milius (1982) par Tootsif

CROM!
 
Encore enfant, Conan assiste impuissant au massacre de ses parents par le cruel Thulsa Doom, et est réduit en esclavage. Enchaîné à la roue de douleur, il y acquiert une musculature peu commune qui lui permet, adulte, de gagner sa liberté comme lutteur. Désireux d'assouvir sa soif de vengeance, il part accompagné de deux voleurs, Subotai et Valeria, à la recherche de Thulsa Doom...
 
 

Et dire que pour beaucoup, la fantasy au cinéma a commencé par Le Seigneur des Anneaux…Qu’on soit bien clair, je n’enlève rien aux qualités de la saga de Peter Jackson, loin de là ! Juste que moi, quand on me parle d’héroic fantasy au cinéma, je ne pense pas tout de suite aux nabots aux pieds poilus, mais plutôt au colosse cimmérien, à Conan !

 

Parce que Conan, c’est plus qu’un film, plus qu’une histoire racontée, Conan, c’est une baffe dans la gueule ! Et violente en plus. Hé oui, quel film peut se targuer d’avoir influencé l’intégralité du genre, donner la définition même du caractère épique ?

 

Un nom, un film : Conan. Pourtant, ça partait mal, le film s’est monté dans la douleur, que dis-je, à la sueur d’un seul homme, celle de John Milius. Allez, un peu d’histoire, il le mérite !

 

Voulant au départ faire un film se basant uniquement sur le physique du bodybuildé Arnold Schwarzenegger, les producteurs, en l’occurrence ce bon vieux Dino De Laurentis, pourfendeur des plus grandes licences, se sont dits que rien ne pouvait mieux lui correspondre que le géant cimmérien raconté par Robert E. Howard.

 

D’écriture en réécriture, et après être passé entre les mains d’Oliver Stone (qui cosigne la mouture finale), le projet a finalement échoué entre les mains de John Milius (scénariste d’Apocalypse Now, excusez du peu) et à partir de là, pris forme et  s’est détaché du simple film à la gloire de l’Autrichien (y a last Action Hero pour ça).

 

Bon, passé ce petit récapitulatif historique, le film dans tout ça? Et bien, John Milius est passionné d’armes, par la guerre en général, on peut condamner ou apprécier mais quoi qu’il arrive, cette passion est totale, absolue, sans limite et ça se voit à l’écran. La position du guerrier est glorifiée, seule la force règne en ce monde et chaque minute rappelle cet état de fait.

 

Cependant, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, le film ne tombe jamais dans le bête culte des armes ni dans l’action décérébrée, car ce n’est pas le seul cheval de bataille du bonhomme dans Conan. Oui, car quelque chose d’autre intéresse Milius dans le cas de Conan : la religion, le mysticisme et toute la civilisation qui peut en découler.

 

De la croisade d’un jeune guerrier  voulant se venger, récit ô combien classique, l’histoire se transforme, ou plutôt se révèle être la quête initiatique d’un homme au sein d’un monde sur le déclin, en pleine décadence. La gestion du pouvoir est ainsi abordée à travers le rôle de la religion et fait définitivement du script un des plus intelligents jamais faits, dépassant allègrement son statut de divertissement de fantasy et de combats de musculeux, laissons ça à Maciste.

 

Thulsa Doom est d’ailleurs la parfaite incarnation de toute la richesse du script, de toute la symbolique religieuse et politique dont le film est parsemée. D’abord présenté comme un simple chef de guerre capturant des esclaves, on le retrouve quelques années plus tard en chef religieux d’un culte étrange, puis on découvre que ce culte est étonnamment puissant et même omnipotent. L’icônisation de ce simple chef de guerre devient totale, apparaissant même tel un Dieu vivant dont l’affrontement face au simple mortel qu’est Conan et sa chute prennent alors un sens capital au sein de l’histoire.

 

Même un dieu peut mourir (en résumé, "300" lui a tout piqué). Mais tous ces propos et thématiques riches, passionnants, distillés avec un rythme, non pas lent mais posé (largement inspiré de Kurosawa), ne serait rien sans une interprétation au niveau, et là, on est servi. Je ne reviens pas sur Schwarzenegger, qui ne joue pas Conan mais est Conan tel que l’a immortalisé Frazetta, mais sachez juste qu’il est plus que parfait. Quant au reste du casting, que du bonheur !

 

James Earl Jones incarne pour la deuxième fois de sa vie le méchant ultime de l’histoire du cinéma, en l’occurrence Thulsa Doom. Froid, magnétique et pourtant s’enflammant bestialement parfois, il incarne toute l’ambigüité de son culte et par la même occasion du pouvoir.

 

Vous rajoutez à ça Max Von Sydow (bon, dans un petit rôle), Mako et Sandhal Bergman qui parvient à éviter les pièges de la compagne du héros cruche mais guerrière, chose que Brigitte Nielsen ne retiendra pas quelques années plus tard.

 

Enfin, je tiens à préciser quand même que, pour profiter de cet excellent casting, il faut obligatoirement passer par la VO, la version française étant loin d’être exemplaire, mais ce choix est d’autant plus évident si on veut profiter de la voix de notre bon vieux James Earl Jones, de toute la musicalité de son organe (arf) ! Et la musique justement ! Magistrale, cultissime, orgasmique, … je manque de superlatifs ! Basil Poledouris compose une partition qui reste profondément ancrée en nous, des morceaux magistraux dont on ne sort pas indemne. Présentant plusieurs thèmes cultes, que ce soit Anvil of Crom, Riddle of steel (monstrueux, s’il ne devait en rester qu’un), Theology Civilisation, et j’en passe tellement !

 

Poledouris a réussi à faire un score à la fois mystique sans être religieux, représentant à merveille ce monde sur le déclin, comme narrant l’histoire d’une vieille civilisation perdue. Alors, Conan est-il un chef d’œuvre absolu ? Un film sans aucun défaut ?

 

Là, je suis censé vous faire le listing des problèmes, vous dire que certaines choses ont mal vieilli, que le rythme peut être considéré comme lent, que la VF est vraiment risible. Non. Je peux pas, c’est impossible, pas pour Conan. Conan est l’œuvre divine de l’héroic fantasy, plus précisément de la dark fantasy.

 

Multipliant les scènes cultes comme l’attaque dès le début du film du village cimmérien, l’infiltration au sein de la Tour du culte de Thulsa Doom (très inspiré du récit « la Tour de l’Elephant »), ou encore la séquence finale magistrale, Conan distille le bonheur du 7e art à la mitrailleuse. Il est le maître étalon d’un genre sous représenté, que les œuvres postérieures ont essayé de copier mais n’ont jamais réussi à égaler. "300" manque de propos, le "13e guerrier" ne parvient pas à se tenir du début à la fin, quant au "Seigneur des Anneaux," il n’est pas dans la même catégorie. Conan est cette œuvre parfaite, cette perle définitivement noire qui parvient à irradier un genre bien souvent maudit ou au moins inexploité. Et pour ça Monsieur Milius, merci.

 

Tootsif.

PS : Quant à Conan le Destructeur, il n’a jamais existé, tout comme Kalidor.