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Le cercle rouge de Jean-Pierre Melville (1970) par Marc Shift

LES POETES DISPARUS.

Au sortir de prison, Corey un petit malfrat, a un tuyau d’un de ses gardiens pour organiser un casse. Sa route croisera par le plus grand des hasards Vogel, un prisonnier en fuite et décide de monter son coup avec lui.

 

 

 Ce n’est pas avec sa ressente rediffusion que j’ai découvert ce classique du polar noir « à la française ». Ne croyez pas non plus que c’est par snobisme qu’ici on chronique assez rarement des films français. C’est qu’à l’heure actuelle le cinéma français est assez loin de ce qu’il a pu produire, en terme de qualité, des années où il était une référence.

 

Hormis quelques pépites comme « Un prophète » ou « 36 quai des orfèvres » et quelques trop rares autres exemples le cinéma hexagonal souffre d’un manque d’ambition assez criant. Donc c’était mieux avant….. Pas forcément, je pense qu’aussi à cette époque il devait y avoir de la merde sur les écrans, mais le temps efface plus vite la merde que les films de qualité.

 

 Le film a une trame assez classique, je pense déjà qu’à l’époque son histoire n’a pas dû bouleverser les codes du genre, un malfrat qui sort de prison, Corey (Alain Delon) tente de se remettre à flot et projette un casse audacieux.

 

Dans le même laps de temps, Vogel (Gian Maria Volonte) bandit de grand chemin capturé par la police, s’échappe et tente une cavale désespérée à travers la campagne. Il est traqué par le commissaire Mattéi (André Bourvil) coupable de l’avoir laissé filer. Evidemment la route des deux hommes se croisera très rapidement, et rapidement ils mettront au point un plan pour tenter le casse du siècle. L’important n’est pas forcément le déroulement de l’histoire, encore que celui-ci soit magistralement menée, mais plutôt les hommes qui la compose.

 

L’homme qui sort de prison et qui rapidement se retrouve seul, l’homme en cavale traqué de toutes parts, le commissaire implacable dont la seule raison d’exister est son métier, puis arrive après le premier tiers de l’histoire un homme au bout du rouleau, Jansen (Yves Montand) qui sera indispensable pour mener à bien le cambriolage.

 

C’est une galerie de portraits archétypales, la figure du gangster du moment, sanglé dans un grand imper' de couleur crème, chevillé au code d’honneur de la corporation. L’histoire est rondement menée, même si le rythme du film est quand même d’un autre temps, l’idée du casse est géniale, le tout fait dans le plus grand silence. En fait l’action principale du film, le casse donc, est fait sans aucune parole, et la scène dure près d’ ½ heure !! Sans musique !! "Rythmé" par les seuls bruits furtifs déclenchés  par une paires de cambrioleurs!!

 

L’idée est vraiment osée ! D’ailleurs dans ce film la musique est quasiment absente, et pourtant, même quand on le connaît on retient son souffle, la tension est réellement palpable. Chez Melville, tout est une histoire de cadrage, la caméra est précise, l’action aussi, les hommes ne sont pas des grands causeurs mais font ce qu’ils ont à faire. De nos jours faire ce genre de film semble assez improbable, ne correspondant plus forcément au goût du jour (ce qui est bien dommage).

 

Pourtant le plaisir est toujours là, avec un casting de rêve. On peut penser ce qu’on veut de Montand, de Delon, de Bourvil (à contre emploi de ses plus grands rôles, et se sachant mourrant) mais ce sont des putains d’acteurs (aux mains d’un grand réal' en tous cas). Et j’ai toujours était fan de Gian Maria Volonte grâce à ses passages chez Sergio Leone . Grand film, certes un peu daté par l’univers et l’attitude, mais grand film.

Marc Shift.