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Monster de Patty Jenkins (2003) par Bruce Kraft

YOU'LL BE A WOMAN SOON....

 

Aileen se galère depuis des années et survit en se prostituant. Elle rencontre dans un bar Selby, une jeune lesbienne un peu immature, dont elle tombe vite amoureuse. Les deux jeunes femmes tentent alors d’échapper à leur quotidien : Selby veut s’évader d’une famille trop puritaine et Aileen veut trouver un travail. Pourtant, parce que la situation financière n’est pas facile, Aileen retourne se prostituer. Une nuit, elle se fait agresser par un client qu’elle finit par tuer. Un premier crime qui va l'amener dans une spirale infernale....

 

 

 

Un film pas banal que ce "Monster" et ce pour plusieurs raisons. Tout d'abord parce que c'est ici le premier film de Patty Jenkins mais surtout parce que cette histoire est vraie et qui a secoué l'Amérique dans les anées 80. Cependant, mettons les choses au clair de suite, le film est une adaptation de la biographie de Aileen Wuornos donc cela sous entend forcément que les faits relatés sont certainement réarrangés.

 

Toujours est-il que d'après l'enquête qui a été menée sur la "première serial-killeuse" (7 meurtres au compteur) la plupart des faits  relatés dans le livre concordent avec l'ensemble de ses crimes. Les incohérences venant certainement plus sur le plan psychologique et sa relation avec Selby bien que Jenkins bénéficia de certaines lettres personnelles d'Aileen.

 

"Monster" suit simplement la descente aux enfers de Aileen et Jenkins donne l'impression de ne prêter aucune importance à l'aspect esthétique de son film...c'est du brut et rien que du brut donc si vous voulez du Rob Zombie il faudra passer votre chemin.

 

En effet, on a plus l'impression de se retrouver devant un téléfilm de M6 (Genre celui où des enfants sont trimballés à droite et à gauche et qui font un procès contre leurs parents défaillants!! Je l'ai vu 4 fois celui-là!! Ou comme celui où une mère vend de  la drogue!!).Pas gênant en fin de compte puisque ça permet un certain réalisme (surtout au niveau de l'environnement).

 

Aileen est une femme paumée et qui traîne avec elle les stigmates d'un passé des plus glauques mais tellement banal chez les serial-killers: père violeur et pédophile, mère fille-mère à la ramasse, beau-père alcoolique et violent, de multiples relations sexuelles très jeune (y compris avec son frère!!) et de multiples arrestations pour état d'ivresse, coups et blessures...

 

C'est "la fête du slip" comme dirait l'autre. Jenkins ne s'attarde malheureusement pas sur le passé d'Aileen (un simple retour en arrière par le biais d'une voix off en début de film!!) et attaque directement avec le quotidien de prostitué de la jeune femme.

 

Quotidien des plus sordide avec en premier rôle Charlize Theron méconnaissable qui tient là le rôle de sa vie puisqu'on la retrouve avec 13 kilos de plus, habillée comme un mec, avec un masque en latex et de fausses dents, interprétant de manière vraiment impressionnante (Elle a eu l'occasion de rencontrer la vraie Aileen!!) cette femme peu instruite au langage de charretier et physiquement peu engageante. Une performance qui lui vaudra d'ailleurs de nombreux prix (Oscar, Golden Globe et Ours d'Argent de la meilleure actrice!!).

 

Intéressant de voir cette actrice rentrer dans la peau de cette femme qui va trouver une justification "biblique" pour ses différents meurtres (la scène du premier meurtre est particulièrement malsaine avec comme victime Lee Tegersen alias "Chet" dans la série "Code Lisa"!) tout en vivant son histoire d'amour passionnée avec Selby surfant entre démence, immaturité et déconnexion de la réalité sociale (son entretien pour un job est bien significatif de cet état de fait puisqu'elle ne se rend même pas compte qu'elle est ridicule!). Une femme paumée déambulant de bar en bar au milieu des routiers et des alcooliques.

 

Bien que Theron éclabousse la caméra il ne faut cependant pas oublier la performance de Christina Ricci dans le rôle de Selby, qui va faire découvrir l'homosexualité et le véritable amour à Aileen, car elle aussi bénéficie d'un maquillage pour l'enlaidir et lui donner l'apparence d'une véritable "Butch" naïve, peureuse mais en quête d'aventure.

 

C'est avec cette "love story" de paumés où l'histoire commence à devenir trouble pour les enquêteurs car il sera impossible de connaître l'implication réelle de Selby dans la série de meurtre, Aileen couvrant la jeune femme tout au long de son procès.

 

"Monster" s'avère un honnête biopic bien que le film aurait gagné en qualité avec une réalisation un peu plus "pro" et soignée. Avouons que le film s'appuie surtout sur les épaules de ses deux actrices vedettes qui désorientent le spectateur et qui subjuguent de par leur implication dans l'histoire. Un film à voir pour découvrir cette femme  qu'on surnomma "La demoiselle de la mort".         

                                                                                                                                               Bruce Kraft.