Zodiac de David Fincher (2007) par Mat Castle
HORROR SCOPE.
Eté 1969, un homme abat froidement un couple avec son Luger 9mm dans un coin paisible de la Californie. Un des plus odieux "serial killer" américain est né, son nom: "Zodiac". Un flic et deux employés du "San Francisco Cronicle" sont biens décidés à démasquer ce très mystérieux tueur qui terrorisa les States pendant une très longue période...
Retour aux affaires pour David Fincher dans un genre qui a propulsé sa carrière et dont certains fans trépignaient d'impatience de le revoir aux manettes d'un nouveau film de tueur en série après son pessimiste "Se7en". La déception fut d'autant plus grande que l'attente fut longue pour une majeure partie du public (d'où des résultats très mitigés au "box office" U.S).
Avec "Zodiac", le réalisateur de "Fight Club" voulait raconter une histoire sobre, réaliste sans effet de style clinquant proche de son univers habituel. On peut voir dans cette démarche un devoir de mémoire évident pour les victimes de l'assassin (le long métrage est tiré de faits réels) en ne reproduisant notamment pas le schéma narratif de son précèdent film avec Morgan Freeman et Brad Pitt ("Se7en" est un chef d'oeuvre certes mais jamais vraiment crédible) et aussi parce que l'ancien "clipper" se sentait plus que touché par ces évènements (il a grandi pendant cette période d'insécurité).
"Zodiac" se devait d'être très procédurier et archaïque au niveau de ses investigations (pas de gadgets "high tech" façon "Les Experts" et d'analyse ADN aux temps de Nixon).
Fincher et son scénariste James Vanderbilt appuient leur récit minutieux ultra détaillé par les quelques aberrations de la justice ricaine et des dérives de la presse qui ont contribué à instaurer un climat de peur aux États Unis (en gros, la police aurait pu coffrer le malade au moins deux fois,et la presse -qui s'est bien fait manipulée par le tueur- a créé ainsi un monstre). Le papa de "Alien 3" nous brosse des persos typés 70's forcément (on pense au ciné de Sydney Lumet) avec une réelle profondeur psychologique (voir Paul Avery joué par "Mister cool", Bob Downey Jr).
Robert Graysmith (Jake Gyllenhall, pas loin de son meilleur rôle de sa jeune carrière) est le héros atypique du film car à la base il n'a rien d'un enquêteur (il était dessinateur de "cartoons" pour le canard californien) mais par son obstination quasi autiste pour l'affaire rend fascinant sa démarche.
En jouant avec le feu de nombreuses fois, il se donna à fond dans l'enquête en sous marin au point de négliger sa propre famille et même au détriment de sa vie (Belle scène de suspense où Graysmith qui suit une piste "alternative" croit rendre son dernier souffle se sentant coincé dans une cave). Même si le "Zodiac" apparaît plus comme une ombre menaçante dans toute la bobine, ses apparitions "physiques" font vraiment froid dans le dos.
Prenons en exemple la séquence sûrement la plus choquante du film, celle de l'île de Berryessa. Habillé d'une tunique sombre et d'un masque de bourreau (costume qui reste dans l'inconscient collectif quand on mentionne le "Zodiac") il laissera croire aux malheureux dans un premier temps à un simple cambriolage, la vérité à coups de couteaux méthodiques dans le ventre sera tout autre (filmé brut et sans hors champs le segment est d'une brutalité inouïe).
Le Finch', sachant que le tueur ne fut jamais coffré, et pour la dramaturgie de son intrigue, filme de façon à nous laisser espérer un dénouement positif, et c'est une des raison pour laquelle son métrage fonctionne si bien car il nous montre pourquoi l'arrestation a capoté de nombreuses fois malgré des suspicions évidentes (La scène d'interrogatoire confrontant les inspecteurs et Arthur Leigh Allen-géniale compo de John Caroll Lynch-, le principal suspect, est tendue comme une matraque) et nous font constater encore une fois que les rouages du système judiciaire peuvent être sacrément grippés.
Le dernier plan entre Graysmith et Allen dans un lieu commun est un mélange de rage et d'amertume rappelant le final du fabuleux film coréen "Memories of Murder" (dans le style "Oh, t'inquiètes MOI je sais que c'est toi qui a fait le coup) concluant magnifiquement ce "Zodiac".
Prenant le contre-pied des attentes du spectateur, Fincher nous retourne encore un coup avec la qualité de ses images et de son perfectionnisme maladif (il a fait 36 prises (!) pour une scéne anodine avec Gyllenhaal) et apporte une autre pièce maîtresse à son impressionnante filmographie. L'affaire du "Zodiac" est plus ou moins enterrée mais son travail sur ce film, sûrement pas. A (re)découvrir d'urgence.
Mat Castle.
















Pareil 5 toasters ! Vraiment très très bien !
(et pi’ Jake hein…
^^)
C’est vrai que c’est pas mal. Mais il m’a paru bien long, quand même. Faut dire que n’était pas hyper concentré quand je l’ai regardé…
Zodiac peut apparaitre un peu repoussant au premier abord mais une fois rentré dans l’ histoire on ne plus décrocher, le casting 3étoiles aides pour bcps
….
j’ai beaucoup aimé ce film malgré ses longueurs mais dans le meme genre je préfere Memories of murder
je suis pas sure mais je crois qu’il est dispo sur dailymotion… si ca peut te donner une idée…
De rien
juste pour revenir sur un truc, (toujours par rapport à Memories of murder), j’ai trouvé le final du film coréen beaucoup plus frustrant et rageant que dans Zodiac. Gyllenhaal a un regard de
chien battu alors que Song Kang Ho c’est vraiment autre chose…