13

Dark Water de Hideo Nakata (2002) par Bruce Kraft

L'EAU BUE ECLATE.

Yoshimi Matsubara est divorcée, qui essaie de s'en sortir, vivant avec sa petite fille de 5 ans, Ikuko. Elle pense voir enfin le bout du tunnel lorsqu'elle trouve un nouveau travail et un nouvel appartement. Pourtant elle va bien vite déchanter, car d'étranges phénomènes ne vont pas tarder à se manifester, juste au-dessus de chez elle. Des fuites d'eau, des taches au plafond... et une petite fille mystérieuse.

Quand on parle d'Hideo Nakata on pense instinctivement à "Ring", le film phénomène qui lancera la mode de la  femme fantôme aux cheveux sales. Hideo Nakata s'est inspiré cette fois-ci d'un recueil de nouvelles de Kôji Suzuki, déjà auteur du roman "Ring" . Plus précisément, "Dark Water" est l'adaptation de la nouvelle "L'Eau flottante" contenue dans le recueil.

Une fois de plus Hideo Nakata s'attaque au thème du fantôme vengeur mais va s'appuyer sur un scénr' plus intimiste que "Ring" et écrit par les mêmes scénaristes que sur son film "The last scene" (2001). En effet, le film va autant s'appuyer sur le fantastique que sur le drame social d'une mère seule (Hitomi Kuroki superbe!!) et désespérée qui cherche à offrir à sa fille (Rio Kanno touchante et criante de vérité) une nouvelle vie.

Après avoir longuement hésité entre tournage en studio ou prise de vue en décor naturel, Hideo Nakata et son équipe se sont tournés vers la deuxième option pour rester dans l'axe du scénar' et c'est tant mieux pour le naturel du rendu. Tout au long du film Nakata plonge alors le spectateur dans une ambiance froide, qui sied tout à fait à l'histoire proposée, un Japon urbain, triste et noyé sous une pluie omniprésente.

C'est dans cette ambiance que Nakata place son héroïne qui semble se noyer dans une société où le célibat n'est pas de mise et qui s'inscrit dans un schéma familial calqué sur le modèle "père-mère-enfants". La présence surnaturelle de l'eau devient alors le symbole de cette noyade pré-programmée et on se dit alors que Nakata est vraiment un réalisateur plus fin que la moyenne.

Tout devient alors clair pour le spectateur qui verra en cet immeuble une sorte de dernière demeure pour celui qui vient y habiter, d'ailleurs il suffit de voir le nombre d'habitant qui y habite pour s'en convaincre: aucun. Nakata utilise les mêmes ingrédients pour susciter la peur au spectateur que dans "Ring" avec les habituelles caméras de sécurité, les cheveux d'un fantôme voué à la solitude et qui apparaît quand on ne s'y attend pas mais le fait d'une manière plus progressive et moins tape à l'oeil.

Toujours dans le même soucis de réalisme les effets spéciaux se font discrets même s'ils sont présents et ne dénaturent jamais le film. "Dark water" devient donc un conte nostalgique et sombre plus qu'un film d'horreur habituel avec un fond bien réel et une furieuse envie de délivrer autre chose que du sensationnalisme basique. Comme quoi il est possible de faire peur tout en faisant réfléchir un petit peu et surtout, oublions le remake américain, il est inutile et hors propos. Merci monsieur Nakata.

"Dark water" de Hideo Nakata. Distribué par Studio Canal. Avec Hitomi Kuroki, Rio Kanno, Mirei Oguchi. Durée: 1h37.

Excellent, encore!!

[Bande Annonce] Dark Water de Hideo Nakata par cabral