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Il était une fois dans l'ouest de Sergio Leone (1969) par Tootsif

IL ETAIT UNE FOIS LE WESTERN

 

 

Jill jeune femme en provenance de La Nouvelle Orléans débarque à Flagstone pour retrouver son mari et la famille de ce dernier. Malheureusement ceux-ci ont été assassinés sans que l’on n’en comprenne les raisons. Au même moment débarque un homme jouant de l’harmonica. Ce dernier recherche un dénommé Franck mais à la place de celui-ci trois hommes armés l’attendent.

 

Je me lève de ma table et mes éperons tintent contre le sol tandis que je m’approche de la porte à battant du saloon. Les quelques clients présents à l’intérieur stoppent leurs conversations et leurs parties de poker alors que le pianiste joue une fausse note avant de s’arrêter. En écartant celle-ci des 2 bras je suis aveuglé par un soleil de plomb. Celui-ci est à son zénith, il est bientôt l’heure. Je descends les 3 marches pour fouler la terre sablonneuse de la rue principale et me positionner au milieu de celle-ci. Personne dans la rue, les gamins ont arrêté de jouer il y a déjà bien longtemps et les braves gens sont déjà tous partis se cacher. J’aperçois le gérant du magasin général m’observer depuis derrière ses volets. Il s’en écarte dès qu’il croise mon regard.

 

 

Des bottes claquent sur les planches de bois des devantures des magasins avant de venir se positionner face à moi. Je relève la tête. Je ne vois pas ses yeux cachés sous l’ombre de son chapeau. Mon adversaire écarte son pardessus pour révéler son holster. Je fais de même. Un long silence s’installe seulement perturbé par le bruit du vent et le grincement de l’éolienne de la gare au loin. Les secondes semblent défiler comme des heures pendant que l’on s’observe.

 

Nous dégainons au même instant……

 

BANG !

 

Il était une fois une histoire.

Il était une fois une histoire classique mais somptueuse.

 

Classique car on retrouve là les thèmes chers au Western et à Sergio Leone : le progrès qui change l’Ouest sauvage et la vengeance. Somptueuse car ces thèmes sont traités avec une maestria, une beauté qui vous touche au plus profond de votre être. Ici c’est l’arrivée du chemin de fer qui entraîne un conflit. L’esprit de l’Ouest fait de labeur, de lutte contre l’environnement se voit mis à mal par l’esprit de l’Est et le pouvoir de l’argent. En rejoignant l’Ouest par la construction d’une voie de chemin de fer, la côte Est efface l’esprit des pionniers devant la Civilisation Moderne. Harmonica, Cheyenne et Franck ne sont plus que les reliques d’un temps qui semble révolu, il ne leur reste plus qu’à disparaître ou à s’adapter. Hélas pour eux leur mode de vie, de pensées, leur volonté farouche de rester eux-mêmes coûte que coûte, ne peut que les pousser à se battre contre ce monde qui change, ils sont donc voués à disparaître.

 

Seule, Jill, prête à tout pour survivre et adaptable à toutes les situations peut survivre à ce nouveau monde. C’est le crépuscule d’une époque. Et ce film est le crépuscule du western classique américain.

 

 

A ce conflit général, il y a un conflit plus personnel, une vengeance. Classique pour le western et classique pour Leone qui reprend une structure proche de « Et pour quelques dollars  de plus ». Cette histoire de vengeance qui se dévoile tout au long du film grâce à des flash- back pour lever tout son mystère lors du duel final est comme dans « Et pour quelques dollars de plus » liée à un drame familial et à une musique (l’harmonica de Charles Bronson remplaçant ici la boîte à musique de Lee Van Cleef).

 

BANG !!

 

Il était une fois une réalisation.

Il était une fois une réalisation qui magnifie l’histoire, les personnages et qui étire les secondes jusqu’à les rendre infinies.

 

Le sens de la mise en scène du Signore Leone atteint ici son apogée. L’image est si belle qu’elle vous brûle la rétine pour rester imprimée à vie dans votre inconscient. Sa mise en scène savante, inventive marquera à jamais le genre (et bien plus encore).

 

Son utilisation de l’espace à base de gros plans (et de très gros plans de parties du visage), sa manière de dilater le temps, sa fréquente alternance entre plongées et contre-plongées subliment les situations et son attachement à poser sa caméra sur des choses inattendues (une éolienne qui grince, une mouche qui se pose sur un visage…) donnent une atmosphère si particulière à ses films. Ainsi les duels se découlent en 2 temps pour en accentuer l’impact.

 

D’abord l’attente, où les 2 adversaires se regardent, se jaugent, est faite d’enchaînement de gros plans faisant augmenter la tension, donnant l'impression qu’ils sont là depuis des heures alors que cela ne fait que quelques secondes qu’ils se font face. Puis les pistolets entrent en action pour un instant bref, la mort vient de frapper. L’introduction en est la plus belle des manifestations et ce duel sur le quai de gare de Flagstone deviendra le symbole de tout un genre et une époque.

 

 

BANG !!

 

Il était une fois une musique.

Il était une fois une musique entêtante, envoutante composée par le génial Ennio Morricone.

 

Chaque personnage est introduit par un thème, reflet de sa personnalité et celui d’Harmonica, qui se répète de manière lancinante, véritable leitmotiv vous donne la chaire de poule et vous marque à jamais.

 

La musique de Morricone surtout accentue les effets, théâtralisant les images sublimes de Leone se mêlant pour former un ballet somptueux. L’un ne va pas sans l’autre, ils fusionnent, se nourrissent mutuellement pour emporter le spectateur vers des sommets d’émotion. Le flash-back expliquant le désir de vengeance d’Harmonica en est la plus belle des illustrations. La musique et l’image sont ici intimement mêlées, la fin de la musique présageant de ce qui va arriver.

 

BANG !!

 

Il était une fois des acteurs.

Il était une fois des acteurs simplement parfaits.

 

La beauté de Claudia Cardinale électrise ce film d’hommes pour lui donner une autre dimension, montrant qu’une femme a parfaitement sa place dans un western et peut tenir tête à une bande de pistoleros. Sa volonté de vivre mélange de naïveté et de réalisme, son regard, sa grâce, tout chez elle vous touche.

 

 

Et il y a le regard bleu d’Henri Fonda, sublime dans son rôle de tueur n’hésitant pas à abattre femme et enfant pour arriver à ses fins. Dans ce contre-emploi total Henry Fonda dévoile ainsi une facette inexploitée de son immense talent. Son personnage sent que les temps changent, qu’il doit s’adapter mais sa véritable nature est plus forte et reprend le dessus. Puis il y a Charles Bronson. Que cache son regard qui semble voir au-delà de vous ? Que pense t il ? Cow-boy vestige d’un temps révolu, assoiffé de vengeance mais pourvu d’un esprit chevaleresque (Harmonica sauve Franck pour pouvoir l’affronter lui-même en duel) il hante chaque plan qu’ils soit présent ou non.

 

 

BANG !!

 

BANG !!

 

Les deux dernières balles contenues dans mon barillet se perdent dans le ciel d’azur pendant que je tombe à genoux.

 

Un liquide chaud s’écoule de sous ma chemise.

 

 

J’ai été touché.

Ma vue se brouille tandis que je bascule sur le sable de la grande rue et que j’aperçois les bottes de mon adversaire à l’extrémité de mon champ de vision. Ma face heurte le sol et ma salive a le goût du sang mélangé à celui de la terre dans ma bouche.

 

Je vais mourir, je le sais déjà. Je m’en fiche après tout j’aurais bien vécu et mourir maintenant, après avoir vécu ça n’est il pas la meilleure des choses pour un pistolero ?

 

Tootsif.