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Le festin chinois de Tsui Hark (1995) de Tootsif

KUNG FOOD FIGHTING.

 

 

Petite frappe sympathique, Sun décide de rompre avec la tradition familiale qui le destine à devenir un caid de la pègre. Voulant émigrer au Canada, il tente de se faire passer pour un grand chef  cuisinier, mais échoue lamentablement au concours. Il se retrouve à étudier sous les ordres du propriétaire de l'un des restaurants les plus réputés de Hong-Kong. Lorsque ce dernier se voit lancer un défi par l'un de ses ennemis, Sun met tout en oeuvre pour aider son maitre, déclenchant les pires catastrophes.
 

  

 

Un proverbe chinois dit que « bien manger c’est atteindre le ciel ». Moi, personnellement, même si j’apprécie de bien manger, pour atteindre le ciel (outre un certain type de relations) (mais je m’abstiendrais de développer plus en profondeur ces propos car je sais que certains ont l’esprit tordu) (Sissi ne faites pas les innocents !) (Bandes de petits, et petites, vicelards) (Putain faut que j’arrête avec ces parenthèses à la con) (rah putain Cachou sort de mon corps ! Toi et ta manie de foutre de parenthèses partout avez déteint sur moi) il y a pour moi le cinéma.

 Et donc avec "Le Festin Chinois" je devrais avoir double dose de paradis puisque c’est un film qui tourne autour de la cuisine ! CQFD."Le Festin Chinois" nous invite à un genre très particulier de cuisine autrement plus intéressant que de voir une bande de crétins s’inviter à manger les uns chez les autres ou un rat qui se prend pour un chef 3 étoiles au Michelin.

 

 

En effet, ici on n’est bien loin des livres de recettes de grand-mère avec ses recettes d’un classicisme absolu où il faut peser au gramme prêt chaque ingrédient puisque "Le Festin Chinois" nous plonge dans le bain du Kung Food ! Kezako le Kung Food ? Un art martial où on se tatanne la gueule à grand coup de bols de riz et de baguettes? Que nenni chers lecteurs et lectrices.

 

En fait ici le réalisateur Tsui Hark emprunte beaucoup d’éléments propres au film de kung-fu (genre dans le quel il a montré toute l’étendue de son talent avec la série des Dr Wai/Il était une fois en Chine) pour les transposer lors de joutes culinaires où les adversaires s’affrontent par le biais de recettes interposées à concocter. Chacun de ces chefs à ses spécialités, ses techniques propres et secrètes. Les couteaux voltigent et tranchent les ingrédients plus vite que l’éclair, les louches et autres ustensiles tourbillonnent  tandis que les ingrédients voltigent d’un récipient à l’autre pour réaliser des plats véritables trésors d’imagination (la patte de l’ours, la sculpture en tofu…) et vrais régals pour les yeux (la présentation de chaque recette est juste divine) à défaut d’être pour les papilles (quoique les versions "Festin Chinois" des nouilles sautées au bœuf et du porc aigre-doux mettent vraiment en appétit).

 

En transposant les chorégraphies et la gestuelle propres au film de kung-fu, Tsui Hark fait de la conception de chaque plat  un véritable ballet dont la beauté, la tension et le souffle épique (et oui la cuisine peut être épique) n’a rien à envier aux plus grands films de kung-fu. Et cerise sur le gâteau, ces parties culinaires se doublent d’un léger message sociologique avec un affrontement entre cuisine traditionnelle et cuisine moderne et entre plaisir de la table et cuisine à vocation commerciale.

 

 

Tsui Hark réussit donc parfaitement son pari de faire quelque chose de novateur lors des scènes de cuisine (en reprenant quelque chose de traditionnel, la technique des films de kung-fu, mais en la transposant dans un univers où on ne l’attendait pas, la cuisine), il est juste dommageable que ce ne soit pas le cas pour le reste du film.

 

 
En effet, ce dernier, outre de souffrir d’une intrigue aux enjeux très limités, fait surtout preuve de bien trop classicisme lors du reste du film (tout du moins pour ceux qui sont habitués aux comédies hong kongaises). Le film est en effet une banale comédie aux sketches certes sympathiques mais dont l’humour typiquement asiatique ne parlera pas à un grand nombre de personne. Et dans ces parties là,, qui ont le grand malheur d’être majoritaire.

 

 

 

 

Tsui Hark ne fait en outre pas preuve de l’inventivité et de la maestria visuelle avec lesquelles ils enrobent les scènes de cuisine. Le reste de la réalisation (jeu d’acteurs limité en dehors de Leslie Cheung et Anita Yuen qui livrent chacun une performance barrée sortant de leur registre traditionnel, musique sympathiques mais répétitives) se mettant hélas au diapason des scènes comiques le film m’apparaît alors comme une sorte de grand huit, la ballade est en soi sympathique mais ce que l’on veut c’est les descentes vertigineuses !!!!! Et bien on a cette impression avec "Le Festin Chinois" la comédie est cool mais ce que l’on veut c’est des affrontements culinaires, là le film prend une toute autre dimension, en faisant un spectacle à voir absolument.

 

Tootsif.

 

 

"Le festin chinois" de Tsui Hark. Avec Leslie Cheung, Anita Yuen, Kenny Bee. Distribué par WE Production. Durée: 1h41.

 

 
NB : Il existe deux « versions » du film:
   

 

La première, originale, fait une sorte de résumé de la première partie du film sous forme de clip musical (passage quasi obligé des comédies romantiques asiatiques) avant d’attaquer le concours de cuisine proprement dit.

 

La seconde, destinée au marché occidental, remplace ce clip par un véritable affrontement de kung-fu. Alors scénaristiquement parlant sa présence est peu justifié. En fait les producteurs ont estimé que le film semblerait comme ça plus intéressant pour le public occidental qui risquerait de s’ennuyer devant les paries comiques et d’être frustré de voir cette kung-food sans kung-fu.

 

Personnellement, je dois dire préféré la version occidentale (désolé pour les puristes) mais bon même si cette scène tombe un peu comme un cheveu sur la soupe elle renforce l’analogie entre les films de kung-fu et les passages de conception des recettes et en outre elle est plutôt pas mal foutue et vitalise le film.