The red sword: Tristant et Yseult de Kevin Reynolds (2006)de Tootsif
Môme j’étais fan de la geste, ces poèmes et romans héroïques du Moyen-âge dont le plus grand des auteurs, Chrétien de Troyes, a bercé par ses écrits mes rêves. Les aventures des divers chevaliers de la Table Ronde étaient pour moi autant d’occasion d’aborder un monde fantastique fait de courage, de sens du devoir, de don de soi et autres valeurs désuètes mais terriblement excitantes pour un gamin à l’imagination fertile.
Et de fil en aiguille mes lectures m’ont conduit à la légende de Tristan et Yseult qui est l’une des plus belles illustrations de ce genre. Pourtant à mon grand étonnement cette histoire pourtant riche en thèmes puissants et au dénouement tragique n’a pas donné lieu à une foultitude d’adaptation cinématographique.
Puis est sorti The Red sword (titré Tristan & Isolde dans sa version américaine, ce qui est quand même beaucoup plus logique)(au passage je cherche toujours la signification du titre DTV donc si on pouvait m’éclairer merci) (ndlr: direct to video, de rien!!), une sortie chez nous bien difficile puisque dans notre pays il n’est même pas passé par la case salles obscures.
Une sortie DTV cela semblait augurer du pire malgré a priori une affiche plutôt sympathique. Jugez plutôt les frères Scott sont à la production (et oui il surfait sur le succès Gladiator, Kingdom of Heaven qui avaient relancé le goût du public pour des grandes fresques historico-romanesques), Kevin Reynolds à la réalisation (l’acolyte de Kevin Costner du temps où ce dernier était justement le maître de la fresque héroïco-romanesque avec Danse avec les Loups et Robin des Bois, Prince des voleurs) et le casting semble à première vue correcte (James Franco, Mark Strong).
Pourtant pas de sortie en salles, devais-je donc craindre le pire ? Je n’ai pas relu la légende de Tristan et Yseult depuis fort longtemps mais j’ai noté quelques différences avec le version de mes souvenirs. Si certains n’ont qu’un impact limité dur l’histoire originelle (Morhold qui n’est plus l’oncle d’Yseult mais son futur mari, ce qui donne un surplus dramatique à l’histoire) une modification apportée change grandement l’histoire.
Dans mes souvenirs Tristan et Yseult tombait amoureux l’un de l’autre parce qu’ils buvaient involontairement un filtre d’amour en principe destiné au roi Marck et à Yseult. Ce changement modifie considérablement la vision du mythe. Est-ce un mal ? Pas forcément. Cela modifie notre perception de la relation Tristan/Yseult. Alors que dans la légende leur amour n’est pas raisonné, qu’ils ne sont pas maîtres de leurs sentiments, ce qui rend leur relation d’autant plus tragique, ici on se trouve dans l’interdit, dans le déchirement entre passion et devoir (devoir de fidélité à son époux pour Yseult, à la figure paternelle pour Tristan, devoir envers la couronne en tant que reine pour Yseult et en tant que bras droit du roi et la réalisation du rêve de sa vie pour Tristan) (l’union Mark/Yseult étant la promesse de jours heureux pour les peuples d’Angleterre).
Ici Tristan et Yseult ont pleinement conscience de ce qu’ils éprouvent l’un envers l’autre, de ce qu’ils perdent à ne pas être ensemble et de ce qu’ils feraient perdre à être ensemble à eux-mêmes et, plus encore, à leurs proches. C’est pour cela que je suis partagé car dans cette version. Tristan et Yseult ont pleinement conscience des conséquences de leurs actes. Alors certes cela ajoute une touche romantique (le côté passion interdite et la torture interne qu’elle produit) mais en même temps cela amoindri le côté tragique, inéluctable de la version que je connaissais du mythe.
Bon ce choix scénaristique sera interprété différemment par chacun (si tant est que l’on connaisse le mythe originel bien entendu). Il plaira aux âmes romantiques en mal d’amour contrariés et fera tiquer les puristes. Moi personnellement je préfère la version « classique » qui a, à mon avis, une plus grande dimension tragique (surtout dans son dénouement final) et ne laisse pas ce sentiment désagréable d’assister à une simple amourette adultérine.
Ce sentiment. Cette impression de ne pas assister à une véritable tragédie est renforcée par le jeu très limité des acteurs. Yseult (Sophia Myles) est mièvre et Tristan (James Franco) manque cruellement de charisme et de subtilité dans son interprétation (il est en colère ou il est triste parce que là j’ai du mal à savoir) et leurs scènes communes sont parfois à la limite du mièvre (avec une version française où on alterne entre lagage commun et soutenu qui créé une sorte de décalage) et donnent le sentiment d’assister à une simple amourette d’adolescent qu’à un véritable amour profond.
Hélas le reste du casting est au diapason de ces pitoyables performances avec un roi Mark aussi charismatique qu’une moule et un Mark Strong désespérément abonné aux rôles de salopards/traitres (donc pour capter le scénar c’est pas compliqué s’il y a Mark Strong vous êtes sûr que c’est lui le méchant de service CQFD). C’est dommage car tout n’est pas si pourri au royaume de Tristan et Yseult. Ainsi Kevin Reynolds, s’il est loin d’être un réalisateur de génie, n’en reste pas moins un bon artisan qui sait se servir de sa caméra.
Le film est certes de facture classique dans sa réalisation (pas de plans tape à l’œil ici) mais il met en exergue la beauté de sublimes paysages aux couleurs et rend parfaitement hommage aux situations présentées, nous amenant à suivre cette histoire avec un certain plaisir.
Bon il faut reconnaître que le style Reynolds n’est pas toujours des plus efficaces, parfois dus à des choix malheureux (la scène du bal où Yseult et Tristan s’éclipsent pour faire l’amour une salle plus loin amoindrie le sentiment d’amour interdit pour tourner au banal adultère) mais principalement à un manque de budget (ainsi si les combats en petit nombre chorégraphiés avec simplicités sont efficaces, la bataille finale manque franchement de l’ampleur qui pourrait lui donner un véritable souffle héroïque).
Le film est en plus servi par un score qui colle parfaitement à la beauté des décors et qui souligne avec à propos l’histoire. The Red sword est donc loin d’être un mauvais film, son histoire qui repose quand même sur un des plus beaux mythes amoureux est hélas amoindrie par un parti pris scénaristique peu inspiré et un jeu d’acteurs limités. Mais les décors envoutants et une réalisation sobre et efficace amoindrissent sensiblement cette impression pour passer un moment agréable.
Tootsif.
"The red sword: Tristan et Yseult" de Kevin Reynolds. Distribué par 20th Century Fox. Avec: James Franco, Sophia Myles, Rufus Sewell, David O'Hara, Henry Cavill, JB Blanc, Jamie King, Dexter Fletcher, Bronagh Gallagher, Tiffany Amber Knight. Durée: 2h05.
















Hey Bruce c’est pas DTV que j’ai pas panné (ma phrase devrait être mal faite, faudra que je me relise un jour avant de t’envoyer mes critiques) (je suis con mais quand même
), c’est pourquoi en DTV Tritan et Ysolde c’est The Red Sword ?
Si quelqu’un a l’explication
Quand je vois Kevin Reynolds au générique d’un film, je sais que ça ne va pas casser des briques. En même temps, ce n’est jamais totalement nul, pas même ses kitcheries préhistoriques des années
70/80…
On dirais qu’ on a un peu le même style de lecture…..
Je l’ ai lu aussi, d’ ailleurs j’ ai du lire tout ce qui tourne autours du cycle troyen.
Donc au niveau de l’ adaptation, je comprend pourquoi ils n’ ont pas utilisé le filtre d’ amour (modernité…..), mais du coup rien que pour ça l’ histoire n’ a plus du tout le même sens, donc
rien que pour ça ça ne peut pas être une bonne adaptation. Sinon ça donne roméo et juliette, c’ est bien aussi, mais c’ est pas les même thèmes.
Je vais me le relire à l’ occaz tiens……