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Les quatre de l'apocalypse de Lucio Fulci (1975) par Tootsif

L'ENFER C'EST LES AUTRES.

 

 

Quatre petits délinquants se retrouvent en prison pour de petits délits. La ville est attaquée la nuit par une milice avec à sa tête un shérif pronant une justice basée sur le lynchage. Les quatre compagnons vont réussir à s'enfuir mais vont devenir les cibles d'un meurtrier: Chaco.

 

 

Quand un des maîtres du giallo (cinéma de genre d’origine italienne mélangeant horreur, fantastique et érotisme) s’attaque au western et bien ça donne quoi ? Un giallern bien sûr ! (ou un westlo) (au choix) . Et oui Lucio Fulci réussit avec brio à transposer les codes du giallo dans l’univers du western pour un résultat cohérent et plaisant.

 

 

Et pourtant le pari n’était pas gagné car si je suis un fan absolu du western spaghetti, c’est loin d’être le cas du giallo. Je sais pas, si les excès du western italiens me mettent en joie ceux du giallo ont tendance à vite me lasser alors le fait de retrouver les 2 mélangés me faisaient un peu peur. Et au début j’ai été surpris et plutôt désagréablement car aucun des deux éléments ne trouve sa place.

 

 

Personnages principaux fades (voire à tendance têtes à claques pour Stubby et Bunny),, début poussif qui après une fusillade lamentable (et à la violence faussement gore pathétique) tourne au road trip hippie humoristique (certes sympathique mais rapidement chiant), il s’en fallu de peu pour que je stoppe le visionnage au bout d’une petite demi-heure.

 

Quelle erreur j’aurais alors fait ! Car l’arrivée d’un personnage va alors faire basculer un film jusqu’alors médiocre vers une direction insoupçonnée. Le personnage qui va donner une autre dimension à ce film jusqu’alors poussif, c’est Chaco. Interprété par l’exceptionnel Tomas Milian (alors l’une des figures emblématiques du western spaghetti avec des films tels que "Colorado", "Le dernier face à face", "Saludos Hombre"….), Chaco bouffe littéralement l’écran par son magnétisme et son charisme mais surtout son apparition va transformer les autres personnages.

 

 

Et c’est vraiment à partir de son apparition que l’on sent la patte Fulci, que le film trouve sa voie. Là, plus de doute on bascule dans le giallo pur et dur mais dans un univers western. Tous les codes y sont présents tant scénaristiques que techniques. Scénaristiquement car on retrouve la Sainte Trinité du giallo : horreur, fantastique et érotisme, ces derniers sont soit pris séparément soit se mélangent.

 

L’horreur est omniprésente avec Chaco, le suivant comme son ombre car ce dernier n’hésite à commettre les pires atrocités (torture d’un sheriff d’une cruauté infinie, massacre gratuit d’un convoi…).Et avec lui violence et sexe sont tout aussi intimement mêlés lors d’une scène de viol.

 

 

Et puis va apparaître une dimension mystique quasi biblique, chacun de nos 4 protagonistes principaux en revêtant une facette particulière (prophète, Juda, rédempteur et surtout un mélange entre Marie et Marie-Madeleine) va alors dépasser la pale impression des premières minutes (et ceci est d’autant plus vrai pour les personnages de Stubby et Bunny que la rencontre avec Chaco va totalement métamorphoser, ce qui n’est franchement pas un mal).

 

Cet aspect, particulièrement prégnant, lors de la dernière partie du film, va aboutir à la scène la plus symbolique du film où, dans un petit village perdu dans les montagnes, Fulci nous livre sa réinterprétation d’un des passages les plus connus de la Bible.

 

Techniquement aussi on retrouve les codes du giallo avec ses gros plans sur des visages aux expressions (tout comme le jeu d’acteur d’ailleurs) très théâtralisées. Il est dommage par contre que le reste de la réalisation soit plutôt insipide, surtout du point de vue de la photographie, qui, bien trop lumineuse et sans étincelle, affadit la mise en scène et les émotions.

 

"Les Quatre de l’Apocalypse" est donc au final un film boiteux, où nombre de bonnes choses sont gâchées par d’autres atténuant ainsi méchamment une deuxième partie du film plutôt intéressante (par gentillesse, si si ça m’arrive, je ne parlerai pas de la première demi-heure juste indigne qui a de fortes chances de décourager les moins courageux des spectateurs).

 

 

Sinon la bande son très hippie, parfois en total décalage avec l’image est assez perturbante et contribue à accentuer le côté bancal du film. Bref, s’il est loin d’être un navet (car sauvé par son message mystique), "Les Quatre de l’Apocalypse" ne gagne pas pour autant sa place au panthéon des westerns spaghetti. D’ailleurs en est-il vraiment un ?

 

Tootsif.

 

"Les 4 de l’Apocalypse" de Lucio Fulci. Avec : Fabio Testi, Lynne Frederick, Tomas Milian. Distribué par Wild Side. Durée : 1 h 20.