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Immortel Ad Vitam d'Enki Bilal (2002) par Tootsif

RESPICE POST TE ! HOMMINEM TE ESSE MEMENTO!

 

 

2095, dans un New York futuriste et sinistré, peuplé d'humains normaux, d'humains génétiquement modifiés et de mutants. La ville subit le joug d'une dictature et, telle Metropolis, est divisée en trois zones stratifiées. Les conditions ambiantes dans Central Park sont  incompatibles avec la vie d'un mortel et le parc est déclaré « zone interdite » cependant, une pyramide mystérieuse apparaît au dessus. À l'intérieur, les dieux égyptiens jugent l'un des leurs, Horus. Avant que celui-ci ne perde son immortalité, il lui est accordé sept jours sur Terre.

  

BD et ciné font plutôt bon ménage (surtout en ce moment) mais, ironiquement, les créateurs de ces bandes-dessinées ont souvent qu’un faible droit de regard sur le devenir cinématographique de leur bébé, voire pas du tout. Alors quand le réalisateur est un fan de l’œuvre originel et est à peu près talentueux ça va sinon bonjour les dégâts ("Daredevil", "Spawn", "Iznogoud", "Catwoman","Judge Dredd", "Barb Wire",  "La ligue des gentlemen extraordinaires" et la liste est encore bien longue d’adaptations de bédés foireuses). 

 

Globalement les auteurs de bédés sont plutôt laissés de côté quand on adapte leurs œuvres parfois volontairement (Alan Moore se contrefout du sort de ses œuvres), le plus souvent à l’insu de leur plein gré, comme dirait mon ami Richard Virenque (Frank Miller avec "Sin City" peut s’estimer très heureux).

 

Pourtant leur apport au cinéma n’est pas négligeable quand on pense au travail graphique d’un Giger (certes pas auteur de bédé, mais créateur graphique sur "Alien") ou d’un Moebius (sur "Le 5ème Elément" et "Alien"….). Mais, comme le dit le bon sens populaire, on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même. Donc nos amis bédéphiles se sont lancés dans la réalisation.

 

Et bizarrement ils ont souvent réalisé autre chose que l’adaptation de leurs propres œuvres ! Jodorowsky ("La caste des Méta-barons", "L’Incal", "Juan Solo"….) nous a sorti des trips hallucinants ("La Montagne Sacrée"), Frank Miller ("Sin City", "300"…) a adapté le père fondateur du comics (Will Eisner avec "The Spirit"), Enki Bilal a certes repris les influences SF de ses œuvres mais pour des œuvres différentes ("Bunker Palace Hôtel", "Tykho Moon")…..

 

Au final, peu d’auteurs de bandes-dessinées ont réalisé des films et encore moins ont adapté leurs propres œuvres. Enki Bilal est donc une double exception avec son film "Immortel Ad Vitam". Enki Bilal ici adapte librement deux de ses œuvres "La Foire aux Immortels" et La "Femme Piège" et se pose déjà un des gros problèmes du film. Les bédés de Bilal sont déjà un trip en soi, qui partent souvent dans tous les sens, assez abscons parfois alors quand on en mélange deux attention au mal de crâne !

 

 

Donc ici on a un dissident politique de retour sur Terre après avoir été cryogénisé, une femme ( ?) mystérieuse qui pleure des larmes bleues, un politique magouilleur, une firme pharmaceutique se livrant à des expériences douteuses et surtout une pyramide égyptienne surplombant la ville et remplie de dieux ! Et tout ce beau monde se croise, a des motivations plus ou moins obscures. L’histoire en outre très barrée peut vite perdre le spectateur avec la désagréable impression d’être laissé de côté.

 

Mais bon, c’est le style Bilal et ceux qui adorent en bédé seront finalement en terrain connu. Mais plus, que le scénario, le véritable point noir de ce film est la réalisation, tout du moins sur un angle purement technique. Il faut le dire la 3D est plutôt moche. Alors certes pour les décors on reconnaît la patte visuelle Bilal et c’était plutôt cool mais pour la personnage c’est la cata. Et ce d’autant plus que Bilal a eu, à mes yeux, la mauvaise idée de faire en 3D des personnages purement humains !

 

Alors si le choix full 3D est acceptable pour les dieux égyptiens (même si perso je pense qu’il aurait pu garder des corps humais et juste implanter les têtes animales, m’enfin le choix du tout 3D permet de montrer leur « différence » avec des corps différemment proportionnés) cela l’est beaucoup moins quand cela concerne un véritable humain. Pourquoi ce choix ? Je ne sais pas mais en tout cas cela jure vraiment quand on a dans le même plan un humain de chair et de sang et un humain de synthèse. A croire que Bilal a hésité entre le film d’animation et le film live et que n’arrivant pas à se décider il a opté pour les deux techniques.

 

Ce qui donne la désagréable impression que prises de vue réelles et images de synthèse ne fusionnent pas comme elle le devrait empêchant ainsi le spectateur de s’immerger totalement dans l’univers créé. A ces défauts s’ajoute le jeu désastreux de Linda Hardy dans le rôle Jill, le personnage pivot du scénar. Non mais quelle idée d’embaucher une ex-miss France ! Fallait se douter qu’elle ne saurait pas jouer et que sa, certes jolie, moue boudeuse véhiculerait mal toutes les émotions qui habitent le personnage.

 

Même les personnages en 3D sont plus crédibles qu’elle (d’ailleurs  c’est le grand Féodor « Dr House » Atkine qui double Horus). C’est con, car à côté le reste du casting (de véritables acteurs) est plutôt pas mal (mention spéciale à Thomas Kretschmann est impeccable dans le rôle de Nikopol). Donc une histoire très space, une réalisation hasardeuse et souvent techniquement à la ramasse, un premier rôle dans les choux et…………pourtant j’ai aimé. Ben oui, je sais pas, j’ai bien vu tous ces défauts mais je suis rentré dans ce film dès les premières images pour ne pas en ressortir. La relation/fusion Nikopol/Horus et tout ce qu’elle entraîne m’a emballé, le fait de retrouver dans quelques fulgurances la folie créatrice, visuelle, de Bilal m’a transporté et fait passer outre tous ces défauts.

 

Quand je vois ce film je ne peux être objectif sur mon ressenti final, désolé je ne peux pas vous dire pourquoi j’aime ce film, c’est comme ça, c’est un phénomène inexpliqué. Il s’en dégage une atmosphère particulière et  une mélancolie (sublimée par les teintes de couleur où l’on retrouve le style Bilal dans ces gris/bleus omniprésent et par une bande-son) (putain c’est Sigur Ros bordel !!!!) qui me prennent et me transportent dans un état second. Les fans de Bilal peuvent se jeter dessus ils comprendront ce « truc » qui t’embarque, les autres peuvent passer leur chemin car ils n’y verront qu’un trip arty.

 

Tootsif.

 

« Immortel Ad Vitam » d’Enki Bilal. Avec Thomas Kretschmann, Linda Hardy, Charlotte Rampling. Distribué par UFD. Durée : 1 H 42.

  Un film moyen