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La fiancée de Frankenstein de James Whale (1935) par Bruce Kraft

CODE LISA.   Réfugiée dans les souterrains d'un moulin, la créature crée par le docteur Frankenstein à partir de restes de cadavres, n'a pas succombée lors de l'incendie du laboratoire par les villageois révoltés. Capturé par des paysans, le Monstre parvient à s'enfuir, en semant la terreur autour de lui et trouve refuge dans la demeure d'un vieil ermite aveugle, qui lui apprend à parler. Frankenstein se voit offrir les services du docteur Pretorius qui veut créer une femme et donc....une nouvelle race d'hommes.

 

Quand on parle de vieux films d'horreur généralement il est toujours question des films de la Hammer  mais il faut savoir que les studios Universal n'étaient pas en reste entre les années 30 et 40 avec des films devenus des classiques, que dis-je, des monuments du genre comme "Dracula" de Todd Browning avec l'acteur culte Bela Lugosi, "L'homme invisible", "La momie"....ou "Frankenstein". Et ce dernier connu un tel succès qu'une suite fût décidée par les studios Universal.

Faire une suite ok mais encore fallait-il que Whale accepte....et ce n'est qu'au bout de quatre années qu'il accepta enfin de le faire et avec en plus un contrôle absolu sur le film. C'est ainsi que Whale décida qu'il était temps de faire parler le "monstre" pour humaniser ce dernier et ainsi plus coller à l'esprit originel du roman de Mary Sheilley. C'est ainsi que l'acteur culte du premier volet, Boris Karloff, rempila bien qu'il fût contre la parole que l'on donnait à son personnage de la créature. Le pauvre pouvait-il penser à ce moment que les scènes où la créature parle serait des moments inoubliables du film? C'est aussi pour cela que je vous encourage à le regarder en V.O. quitte à mettre les sous-titres en français.

 

Whale va donner une ampleur gothique au film grâce à des décors magnifiques (et quand on dit que Burton a inventé un style je me marre mes enfants!!) et va, une fois de plus, se montrer à la hauteur de sa réputation avec des plans bénéficiant d'une photographie superbe. Pour ceux qui sont "cinéphile" vous remarquerez les travellings  qui émaillent le film et renforcent l'immersion dans ces décors d'outre-tombe. Ces travellings sont, certes, tremblotants mais possèdent un charme fou.

Ceci dit la réussite du film ne repose pas que sur ses décors et son ambiance mais aussi grâce à un humour noir (le monstre qui se met à boire!!) qui s'intègre parfaitement à l'aspect tragique et horrifique de l'histoire (les meurtres perpétrés malgrè lui par le monstre) ainsi qu'à certaines réflexions qui nous sont renvoyées de manière presque innoçente (le besoin pour tout homme d'avoir une femme qui lui corresponde et dans le même temps la capacité de l'homme à créer un être humain et pouvoir se passer de cette même femme quitte à enfreindre la loi de Dieu.).

 

Ce qui est merveilleux (aussi) dans ce film ce sont les dialogues et l'interprétation des acteurs qui surjouent (surtout le docteur Pretorius qui est génial avec son accent qui roule les "r"), comme il était coutume à l'époque, pour notre plus grand plaisir sans jamais tomber dans le ridicule.

Chaque personnage est soigné et possède une fonction dans l'histoire (la gouvernante indispensable pour le côté comique, l'aveugle qui montre au spectateur la candeur du monstre, Pretorius est le mal). Le film va d'ailleurs faire naître un des personnages les plus charismatique de l'histoire du cinéma avec la  fameuse "fiancée", blanche de peau avec une coiffure improbable (une choucroute blanche et noire électrique), un regard halluciné et des mains couvertes de bandelettes.

 

Le film a traversé les époques en perdant, certes, son côté horrifique (car comme vous le savez, le public des années 30 était nettement plus impressionnable que celui d'aujourd'hui) mais c'est au profit d'un côté kitsch qui donne tout son charme au chef d'oeuvre de Whale. A voir de toute urgence. Bruce Kraft. "La fiancé de Frankenstein" de James Whale. Distribué par Universal Pictures. Avec Boris Karloff, Colin Clive, Valerie Hobson, Ernest Thesiger. Durée: 1h15.