Le dictateur de Charlie Chaplin (1940) par Tootsif
GLUCKWUNSCHE HERR CHAPLIN !
Dans le ghetto juif vit un petit barbier qui ressemble énormément à Adenoid Hynkel, le dictateur de Tomania qui a décidé l'extermination du peuple juif. Au cours d'une rafle, le barbier est arrêté en compagnie de Schultz, un farouche adversaire d'Hynkel...
La critiques est facile, l’art est difficile » dit on fréquemment à propos des enfoirés qui, comme moi, se contentent de regarder une œuvre de quelque nature que ce soit et donnent ensuite leur avis en abusant de bons mots et de formules lapidaires pour se faire mousser et avoir une réputation d’esthète cinéphile à 2 balles. Mais il faut dire que devant la médiocrité et le peu de prise de risques du cinéma actuel l’envie de se lâcher dans nos avis.
Alors certes, certains films abordent des thèmes soit disant un peu plus couillus que la normale, mais où est vraiment la prise de risques dans des films tels que Amen, Indigènes ou Des hommes et des dieux ? Car au final ces films parlent d’événements passés et leur positionnement ne fait que reprendre des positions existantes et généralement acceptées. Et, à côté de ces films faussement polémiques à faire bander les Cahiers du Cinéma ou Télérama (oui moi aussi je vous aime) il y a dans l’Histoire du Cinéma (oui avec un grand H et un grand C, parce que cet art le mérite amplement) des films à la fois drôle, critique, acerbe, tendre et qui n’ont pas peur d’aller à contre courant des mentalités de leur époque !
Et pour moi le film qui symbolise le mieux toutes ces qualités n’est autre que le chef d’œuvre de Chaplin, Le dictateur. Nous sommes en 1940 et la seconde guerre mondiale a débuté depuis septembre 1939 tout comme la concentration des juifs dans des ghettos, et, de l’autre côté de l’Atlantique, dans une Amérique qui ne rentrera en guerre qu’en 1941, Charles Chaplin, génie éclairé et plein de lucidité, réveille les consciences.
Mais il le fait à sa manière, avec humour et tendresse. Car certes, le contexte historique et le caractère prophétique du film (Chaplin ne savait pas à l’époque ce que le régime nazi et lui-même a indiqué que, s’il avait su les horreurs qui allaient être commises, il n’aurait jamais tourné ce film) jouent pour beaucoup dans l’impression générale de chef d’œuvre que laisse ce film, mais ce dernier est aussi du grand cinéma en tant que tel, de par sa réalisation et les messages qu’il diffuse.
Plus qu’une critique du nazisme, Le Dictateur est une réflexion sur le racisme et la tyrannie et ce quelque soit la forme que ceux-ci prennent (le discours final que tient le barbier est à ce point de vue magnifique, certes naïf mais emprunt de poésie et d’espoir). Mais la grande force du film de Chaplin c’est le ton et la forme que l’artiste utilise pour les faire passer.
Ici pas de grandiloquent et de prétentieux comme dans bon nombre de films dénonciateurs contemporains ; Chaplin garde ici son style de saltimbanque, jonglant avec l’humour et la poésie pour appuyer ses messages. Le décalage entre le message général du film et les situations à l’écran ne fait que renforcer l’impact de ce que veut nous dire Chaplin (comme lorsque qu’au cours d’une discussion sur le futur emprunt pour renforcer l’armée Hynkel dit qu’ils seront sympa avec les juifs………….le temps d’obtenir le prêt !) et surtout prouve que l’on peut rire de tout lorsque c’est fait avec talent (les comédies actuelles feraient bien d’en prendre de la graine avec leur surenchère de pseudos gags graveleux).
Comment ne pas rire devant la caricature à peine déguisée d’Hitler lorsque Hynkel prononce ses discours (et tout ceci avec finesse puisque au beau milieu de ces discours incompréhensibles jaillissent des mots comme « Blitzkrieg », « Juden »), ou devant cette séquence hallucinante où notre génocidaire en puissance jongle avec le monde.
Car là est la force de Chaplin de rendre au gré des situations le pire des personnages tout aussi bien drôle, attachant que pathétique ou détestable. Ce grand écart permanent n’est à aucun moment casse gueule et donne lieu à des scènes formidables de créativité (la rencontre entre Hynkel et son homologue Napoleoni est à hurler de rire, chacun cherchant à impressionner l’autre par n’importe quel moyen et se traduit par une course à la chaise de barbier la plus haute pour pouvoir toiser son rival).
En prenant le pari de jouer la carte de l’humour et de la poésie pour dénoncer les pires horreurs et les comportements les plus abjects, Chaplin réussit là un chef d’œuvre du septième art, bien plus efficace que toutes les dénonciations frontales et grandiloquentes dont nous affligent bon nombre des films pseudo contestataires actuels. Simplement magistral.
Tootsif.
"Le dictateur" de Charlie Chaplin. Distribué par Warner home video. Avec Charlie Chaplin, Paulette Goddard, Jack Oakie, Henry Daniell. Durée: 2h06.
















Bah voilà, tout est dit je crois !
Il faut vraiment que je le vois, ta critique donne envie!
WTF Flow !!!! T’as jamais vu ce chef d’oeuvre du 7eme art ????
Et non je ne suis encore jamais remonté aussi loin dans le temps mais Chaplin m’intéresse vraiment.
Indispensable, essentiel ce film, malgrè les atrocités commises Chaplin n’ aurait pas du le regretter, c’ est le meilleur film sur le sujet, peut être utopiste mais y a des moments où c’ est
indispensable d’ être utopiste….
Tellement évident ce film que pas une seconde j’ y ai pensé pour cette semaine, heureusement que super Tootsif est là
ta petite salve du début n’est pas très juste. Par exemple, il est délicat de parler des évènements algériens de des hommes et des dieux. Et on pourrait arguer que Chaplin se moque des nazis au
chaud aux USA (bon je ne le pense pas Chaplin est mon idole). Et puis, il y a un cinéma qui ose la dénonciation du présent. Regarde tous ces films sur l’Irak. Et les coréens qui n’ont de cesse de
taper sur leur gouvernements (The Host qui se moque d’une société hygiéniste en pleine grippe aviaire) ou un docu comme Draquila qui tape sur Berlusconi. Ou Gomorra sur la mafia camoraise. Donc
cette attaque est un peu facile non?
Ma petite salve du début n’a pour vocation que de créer la réflexion en choquant nos petits esprits, dont le mien, bien pensants.
Par ailleurs certains films que tu cites, tels Draquila, The Host, s’ils dénoncent certes les systèmes en place sont quand même des prises de risques limitées. A ma connaissance la Corée du Sud,
l’Italie sont des démocraties où la liberté de ton est encore possible.
Il est toujours plus facile d’être critique sur un régime où la liberté de ton est envisageable. Ainsi il est plus facile de critiquer aussi l’Eglise catholique qui ne réagit pas au 1/4 de tout
et ne vous balance pas un fatwa sur la gueule comme lorsque l’on s’attaque à l’Islam.
J’ai plus de respect pour les oeuvres sur la mafia ou le cinéma iranien (quoique la plupart des réalisateurs dénoncent le système depuis un pays extérieur).
Donc oui Chaplin était aux USA quand il a critiqué l’Allemagne nazie mais il le fait à un moment où certains régimes copinaient avec cette dernière et qu’encore peu de voix s’élevaient.
Quand aux films sur l’Irak, j’aurais bien des choses à dire mais je me réserverai pour une critique d’un de ces fameux films