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Requiem pour un massacre de Elem Klimov (1984) par Tootsif

VOYAGE AU BOUT DE L’ENFER.

 

Biélorussie 1943. Deux enfants creusent le sable pour récupérer des objets divers enfouis avec les cadavres de soldats. Le plus âgé, Fiora trouve un fusil et revenu à son domicile, malgré l'opposition farouche de sa mère, décide de rejoindre les partisans. Ceux-ci viennent le chercher et en dépit des adieux déchirants de sa maman, il part en la laissant aves ses deux soeurs car son père est sans doute au front.

  

Lors de ma chronique sur  Le Dictateur, j’encensais Chaplin pour sa vision poétique mais non exempte de dénonciations subtiles tout en fustigeant nombre de pseudos films polémiques qui n’assumaient pas jusqu’au bout leur démarche (en n’allant pas assez loin dans la dénonciation, en n’affichant pas un réel point de vue ou tout simplement en n’étant pas assez proche de la réalité de la violence).

 

Et là, avec "Requiem pour un massacre", je dois dire que je passe d’un extrême à l’autre, la fantaisie laissant ici la place à la réalité la plus brute. Je dois dire que je ne connaissais rien du film avant ce visionnage. Si il fait parti de la sélection de cette « semaine spéciale nazis » c’est parce que Bruce l’a cité dans ceux pouvant éventuellement en faire partie et que là, mon petit cerveau a eu comme une étincelle (si si ça lui arrive des fois, je vous l’assure) en faisant ressurgir une phrase de mon frangin qui l’avait précédemment visionné.  « Faudrait que tu le vois tu auras un choc » m’avait il alors déclaré et, effectivement ce fut le cas.

 

Tout d’abord le film est découpé en 2 segments. Le premier, et je vais faire simple, est tout simplement tout ce que je déteste au cinéma. Et le pire, c’est que je n’aurais pas du être surpris car la vue des critiques au dos de la jaquette aurait du me mettre la puce à l’oreille. Ben oui quoi : « un traitement esthétique d’une beauté terrifiante » selon Le Monde ça cache forcément quelque chose ! (je sais elle était facile celle-là mais on ne se refait pas que voulez-vous).

 

Effectivement c’est formidable pour un journaliste du Monde : des gros plans fixes (très, mais alors très, longs) sur des visages d’acteurs amateurs (ça au moins ils ont des vrais gueules de paysans slaves) récitant leurs répliques en grimaçant. Non y a pas c’est un vrai bonheur surtout que le tout est d’une mocheté incommensurable (à croire que le réalisateur a tourné avec la caméra de sa grand-mère) et y a vraiment de quoi faire mouiller un journaliste du Monde !

 

Et pire que tout, c’est que ça semble n’en pas finir ! Pendant environ 1 heure on suit les pérégrinations de Fiora, gosse de paysans biélorusse qui ne rêve que de rejoindre la résistance pour foutre la pâté aux nazis. Mais la guerre pour un garçon à peine entré dans l’adolescence, ce n’est finalement pas des batailles où l’on se couvre de gloire mais l’accomplissement des corvées les plus ingrates pour finalement rester à l’arrière quand le reste des troupes va au front.

 

Il rencontre alors la jeune Glacha avec qui il va se réfugier dans les bois pour échapper aux soldats allemands. Et là d’un coup on bascule dans la fable naturaliste, trip retour à la nature sous ecstasy (avec caméra aux mouvements très smooth) aussi incompréhensible qu’inutile. Malheureusement toutes les bonnes choses (enfin toutes proportions gardées car pour moi c’était plutôt un calvaire) ont une fin et le voyage vers l’enfer de Fiora va alors commencer……

 

Et pour le spectateur aussi ! Car ce qui attend le pauvre risque de choquer les âmes sensibles. Personnellement je suis habituellement peu dégoûté par des images « crades » au cinéma mais là je dois dire qu’un certain malaise s’installe assez rapidement. Nous ne sommes plus devant un film mais on a l’impression d’assister réellement au spectacle de terreur qui se passe devant nos yeux.

 

Le réalisateur fait de nous les témoins des horreurs auxquels Fiora va assister, nous plaçant ainsi dans la situation malsaine d’un voyeur qui n’arrive pas à détourner ses yeux mais, pire que tout, ne fait rien pour empêcher les abominations qui se déroule devant nous. Car c’est bien dans l’horreur la plus profonde que va plonger, sombrer, Fiora (et nous par la même occasion). Croyant se réfugier à l’abri des soldats nazis au sein d’une famille habitant un village jusque là épargné, ce dernier se retrouve pris dans une rafle qui va tourner au carnage.

 

C’est à un véritable génocide auquel nous allons assister, impuissant. On sait d’avance vers quel destin inéluctable Fiora et les villageois sont amenés mais cela n’atténue en rien les atrocités commises sous les rires des soldats allemands.

 

Et vient le moment de l’inéluctable, d’un réalisme cru, froid, saisissant. "Requiem pour un massacre" va jusqu’au bout de ce qu’il a entrepris et ne nous épargne rien des atrocités qui ont été commises à cette époque. C’est épuisé, harassé, avec un sentiment de trouble, de malaise que l’on ressort de ce visionnage et de l’enfer qu’a traversé Fiora (chapeau à ce gamin qui au début m’insupportait par son jeu d’acteur et qui lorsque l’on voit son visage à la fin quasi méconnaissable, putain on dirait un petit vieux !, on ne peut qu’être soufflé par sa performance).

 

Se pose alors une question. Qu’ai-je pensé de ce film ? Il est pour moi impossible de dire si j’ai aimé ce film car peut on « aimer» ce que nous montre le réalisateur ? Difficile de juger "Requiem pour un massacre" comme un film lambda, toute notation étant ici superflue, d’une vacuité sans nom.

                                                                                                                                                     IMPOSSIBLE A NOTER

« Requiem pour un massacre » de Elem Klimov. Distribué par Potemkine. Avec : Alexei Kravtchenko, Olga Mironova, Luibomiras Laucevitchuis. Durée : 2 H 20.