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True Grit de Ethan et Joel Coen (2011) par Bruce Kraft

 

LE BORGNE, LA GOSSE ET LE TEXAN.

1870. Mattie Ross, 14 ans, réclame justice pour la mort de son père, abattu par Tom Chaney. Pour le retrouver et le faire pendre, Mattie engage Rooster Cogburn, un Marshal alcoolique. LaBoeuf, un Texas Ranger qui veut aussi le capturer contre une belle récompense. Ce trio improbable va donc devoir cohabiter et parcourir le territoire des indiens pour retrouver l'assassin en cavale.

Bien que les frères Coen s'en défendent «True Grit» n'est pas leur premier western puisque «No country for old men» sentait déjà à plein nez les éperons et la poussière du désert bien que l'action se déroulait de nos jours. Alors ok cette fois-ci l'histoire se déroule en 1870 et tout le monde porte le flingue à la ceinture.

«True Grit» («avoir du cran» en version U.S.!!) est l'adaptation d'un roman feuilleton de Charles Portis qui avait déjà connu une version cinéma en 1970, «100 dollars pour un shérif» avec John Wayne en tête d'affiche, et accessoirement oscarisé pour son rôle de borgne redresseur de torts, mais attention «True Grit» n'est pas un remake et le premier qui dit le contraire aura à faire avec les frangins.

Les Coen sont très productifs (15 films en 27 ans sans compter les participations et tout le toutim!!) mais le résultat peut autant toucher du doigt la perfection («No country for old men») que l'inexistant («Ladykillers») alors que pouvions nous attendre de ce western? Et bien du bon et du moins bon en fait. La faute à quoi?

Et bien certainement pas aux acteurs avec une jeune Hailee Steinfield (13 ans!?) qui en impose malgré son premier long métrage avec une assurance d'adulte (On pensera du coup à la performance de la jeune Sydney Penny dans «Pale Rider» avec Eastwood) et sa logique juridique qui déconcerte les adultes qu'elle croise. Jeff Bridges (Cogburn) et Matt Damon (Laboeuf) font aussi très bien leur job de représentants de la loi que tout oppose (l'un est dépravé et l'autre voué à son devoir) et jouant la carte du «Je te chambre parce que t'es pas de mon coin!!!». Josh Brolin (qu'on retrouve chez les Coen après le bide de «Jonah Hex»!!) endosse quant à lui le rôle de Chaney et incarne un sacré «jackass», ce qui lui change de ses rôles habituels. Impec'.

Bon alors c'est quoi le problème? Et bien y a de bons moments et on ne s'emmerde pas mais au final il n'y a pas de surprise en fait, pas de tension réelle et même pas ce grain de folie qu'on attend souvent de la part des frèrots qui nous ont habitué à de la folie soit scénaristique («Fargo»), soit au niveau des personnages («The Big Lebowski») ou soit atmosphérique («No country for old men»). Tout a le goût de «trop peu» en réalité et là où l'on pense que certaines scènes vont décoller....tout retombe trop rapidement (L'apparition du «médecin en peau d'ours»).

C'est dommage car l'univers mis en place, et bénéficiant de la géniale photographie de Roger Deakins (dont le travail sur «No country for old men» m'avait bluffé!!), était propice à un film plus culotté et grinçant. J'aurais aimé aussi qu'on développe un peu plus le personnage de Brolin et de ses comparses, véritables gueules cassées inhérentes aux westerns. Rien de tout ça mes frères!!!! Le film se cherche et les situations s'avèrent politiquement correctes, débouchant sur un final en....queue de poisson, assez frustrant même si le devenir de nos héros est assez symptomatique des films des deux frangins. En réalité, j'attendais beaucoup plus d'un film nominé 10 fois aux Oscars et c'est avec une certaine amertume que je ressors donc de la séance.....

Bruce Kraft.

Moyen, rien de plus.

"True Grit" de J.et E. Coen. Distribué par Paramount Picture. Avec Jeff Bridges, Matt Damon, Hailee Steinfield, Josh Brolin. Durée: 2h05.