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Le livre d'Eli d'Albert et Allen Hugues (2010) par Tootsif

ELI IL L'A ! TOU TOUDOU TOU DOUDOU !

Eli marche depuis 30 ans, depuis le "grand flash", l'explosion de bombes. Il a eu une voix qui lui dicta une quête : celle de faire parvenir à un peuple à l'ouest, le dernier exemplaire de la Bible.

Il croise sur sa route un homme, Carnegie. Carnegie dirige un village et tient son pouvoir de la maîtrise de l'eau potable. Comme Eli, il a connu le monde avant le flash et connaît le pouvoir de la religion. Il cherche donc à mettre la main sur une Bible, afin de l'imposer à tous les hommes devenus non-civilisés et ainsi étendre sa puissance.

Le Post-apo est de retour dans les salles obscures après une grande période de disette (depuis les ultra-flop de l'ami Costner Waterworld et Postman, c'était surtout un genre de niche) mais depuis 3-4 ans le genre connait un renouveau tant au niveau des petites que grosses productions. Bref au cinéma, le monde et le sort de l'humanité n'ont jamais été aussi mal que maintenant

Une explication à ce phénomène ? Les sociologues cinématographiques y verront un effet post 11 septembre, sorte de catharsis à ce drame (comme ils voient un message de ce genre dans quasiment toutes les productions depuis cet événement) ou le reflet du mal-être d'une société qui voit ses valeurs mises à mal, tandis que les plus mystiques y verront un effet de la proximité de l'année 2012, année qui, selon le calendrier inca/aztèque ou je ne sais quelle autre peuplade du même coin, doit annoncer la fin de notre monde (idée qui fit le bonheur du banquier de Roland Emmerich avec son film sobrement intitulé.....2012. Ben oui, pourquoi faire compliquer quand on peut faire simple !).

Mais toutes les explications du pourquoi du comment de ce phénomène, moi je m'en balance (oui je suis un petit gars pas compliqué car si on passait tout son temps à décrypter les phénomènes de mode on n'aurait pas fini) et suis plutôt content de ce retour de flamme car dit post-apo, dit monde en gros bordel où il faut se battre pour survivre et quand y a de la fight et une belle ambiance désespérée, j'applaudis des 2 mains.

Et ô joie, ô bonheur, Le Livre d'Eli c'est exactement ça et bien plus encore.

La première chose qui frappe c'est l'image. Celle-ci complètement saturée, jaune et grise comme desséchée par le soleil lourd qui frappe les différents protagonistes. On se retrouve comme engourdi par cette atmosphère pesante, accablante, pessimiste.

Et ce rythme lent va donner lieu à des affrontements d'une incroyable vitesse qui sont véritables déchainements de violence brute.

Ces combats véritables prouesses visuelles de par leur fulgurance et leur sobriété (très semblables visuellement aux gunfights des films de Johnnie To par leur côté statique) interviennent comme des coups de tonnerre traversant le film (faisant apparaître les moments contemplatifs comme le calme précédent la tempête) et sont le reflet d'un monde sans pitié où chaque coup doit faire mouche.

Le livre d'Eli est donc une réussite visuelle et de rythme mais faut il encore que l'histoire suive pour m'emporter totalement.

Et, n'y allons pas par 4 chemins, c'est aussi le cas de ce côté là.

Cette atmosphère lugubre de fin du monde dans laquelle des hommes tentent de vivre, ou plutôt de survivre, est difficilement supportable pour ces derniers.

Pourtant si certains sont devenus des pillards assoiffés de sang (dans tous les sens du terme) d'autres essaient tant bien que mal de reconstituer un semblant de civilisation en se regroupant au sein de villes dignes des pires bouges du far west.

Mais comment vouloir réorganiser un société dite civilisée quand aucune forme d'espoir ou de joie ne semblent être permis ?

Bref les hommes de ce monde ont besoin d'une lumière qui dissipe les ténèbres, de quelque chose qui les rassemble vers un but commun.

Et vers quoi se tournent les hommes quand le monde va mal ? Vers la religion.

Et Carnegie (le personnage joué par l'excellent Gary Oldman et en plus ça fait plaisir de le voir jouer autre chose qu'une bûche dernièrement) l'a bien compris. Pour que ces désirs de conquêtes puissent être assouvis, il lui faut manipuler des foules, que ceux-ci boivent et croient en ses paroles.

Et quel livre mieux que la Bible peut servir des desseins ?

Et Eli arrive dans sa ville avec une Bible ! A croire que Dieu lui-même veut qu'elle tombe entre ses mains ! Le film semble donc passer du survival au film mystique avec une forte connotation religieuse (catholique) pour être précis laissant planer l'ombre d'un message malsain.

Mais le Livre d'Eli n'est pas l'apologie de la religion catholique que nombre de critiques puants de prétention et crétins ont cru voir.

Car si on semble en effet assister à un affrontement entre le pieux Eli et le vil Carnégie les choses sonten fait beaucoup moins simplistes que cela.

Certes Carnégie est bien une pourriture qui voit dans la Bible le moyen d'assoir son autorité sur une population livrée à elle même et désespérée mais Eli n'est pas non plus le Saint qu'il semble être. Car derrière ses atours de moine-guerrier (templier ?) accomplissant une mission sacrée, il n'en reste pas moins que, obnubilée par cette dernière, il ne prête pas attention aux personnes qui l'entourent et n'hésitent pas à laisser tranquillement se faire tuer des innocents pour poursuivre son but.

Ainsi entre un Carnégie qui veut régner comme un gourou de secte et un Eli pas aussi compatissant que ce qu'ordonne les écrits qu'il protège au péril de sa vie, la vision de la religion catholique des frères Hugues n'est pas franchement rose.

Mais surtout la force de ce film c'est l'immense pied de nez final qu'il assomme, montrant ainsi le peu d'intérêt que portent les frères Hugues à la religion (dans son ensemble).

Une image et une mise en scène très travaillée, un scénario puissant, une bande-son hypnotisante, le livre d'Eli se révèle bien plus profond que la simple série B post-apo violente (ce qui aurait déjà suffit à mon plaisir), qu'il semblait être au premier abord.

Et comme à ces qualités déjà exceptionnelles s'ajoute un casting de « fou furieux » que demander de plus ?.Un Gary Oldman parfait en pourriture, un Denzel Washington impressionnant de charisme quasi-animal, des seconds rôles parfaits (avec une mention spéciale à Georges et Martha) et, cerise sur le gâteau, la somptueuse Mila Kunis, parfait équilibre entre force et fragilité.

Le livre d'Eli est donc un grand film post-apo, le digne successeur d'un Mad Max trop longtemps esseulé.Excellent, encore!!

« Le livre d'Eli » de Albert et Allen Hugues. Avec : Denzel Washington, Gary Oldman, Mila Kunis, Malcolm McDowell, Tom Waits. Distribué par Metropolitan FilmExport. Durée : 1 H 49.