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Never let me go de Mark Romanek (2011) par Bruce kraft

 

FAIRE LE DON DE SOI.

Dans une Angleterre parallèle, depuis l'enfance, Kathy, Ruth et Tommy sont les pensionnaires d'une école en apparence idyllique, une institution coupée du monde où seuls comptent leur éducation et leur bien-être. Devenus jeunes adultes, leur vie bascule : Ils apprennent qu'ils ont été créé pour le don d'organes.

Adapté d'une nouvelle de Kazuo Ishiguro (auteur anglais d'origine japonaise!!) «Never let me go» propose au spectateur de suivre la vie de trois personnages dans un monde parallèle où des institutions ont été créées pour «éléver» des donneurs d'organes à l'espérance de vie courte. Mark Romanek installe donc une atmosphère douce et nostalgique en prenant le temps de filmer ses acteurs et s'éloigne ainsi des habituels films de science fiction bourrés d'effets spéciaux et d'action. Nous ne sommes pas ici dans le grandiose , la démonstration et le pathos mais bien dans le naturel, le réalisme et la sensibilité.

Le film, comme le livre, est ainsi donc découpé en trois parties distinctes: enfance, adolescence et vie d'adulte et Romanek en rajoute une couche en choisissant de donner trois teintes diffèrentes au visuel marquant bien chaque époque de la vie de nos «héros malgrè eux». La B.O. se veut aussi discrète que poignante mais n'intervient jamais pour «obliger» le spectateur à pleurer ce qui est assez rare dans les films dits «tristes» pour être signalé.

Des «héros» qui apprennent accidentellement très jeune ce qui va advenir d'eux, et en même temps leurs origines, et qui essaient tant bien que mal de vivre le temps qui leur est donné. Pour rendre l'histoire réaliste, il était donc indispensable que le trio d'acteurs en tête d'affiche se devait d'être crédible et simple. Mission remplie. Tout d'abord avec Carey Mulligan, également narratrice du film, qui habite littéralement son personnage, Kathy, avec son regard rempli de compassion et de tristesse de bonne copine. S'ajoute ensuite Keira Knightley, jouant la jalouse et garce Ruth. Puis Andrew Garfield réussissant avec brio à interprêter Tommy un jeune garçon qui vit tout avec son coeur plutôt qu'avec sa tête. Un triangle de personnalités diffèrentes vivant les mêmes doutes.

Romanek leur donne tout le loisir de donner de leur talent au travers de tableaux qui expliquent au spectateur la dureté d'un tel destin et alors que le don d'organes devrait être la célébration de la vie le réalisateur prend le parti de ne pas évoquer (ou presque!!) ceux qui vont bénéficier des organes. Egoïsme? Non, simplement l'injustice de devoir mourir pour que d'autres vivent.

Et c'est là tout l'intérêt du film: placer le spectateur dans la peau de «sacrifié» pour la bonne cause et on est bien obligé d'admettre que Romanek livre un film beau, sincère et poignant d'un bout à l'autre de la pellicule et qui, à l'instar du personnage de Tommy, nous fait réagir avec le cœur plutôt qu'avec la tête.

Bruce Kraft.

«Never let me go» de Mark Romanek. Distribué par Twentieth Century fox. Avec Carrey Mulligan, Keira Knightley et Andrew Garfield. Durée: 1h43.

Excellent, encore!!