Public Enemy de Woo-Suk Kang (2002) par Tootsif
POLAR BATARD.Kang est un policier véreux qui raquette et vole les dealers et les suspects. Cho est quand à lui, un homme d'affaires riche et posé, pourtant c'est un dangereux criminel. Lors d'une confrontation entre les 2 hommes, Cho blesse Kang au visage qui ne souhaite dès lors, qu'une chose : se venger.
Coincée entre les 2 super-puissances cinématographiques du continent asiatique, le Japon et la Chine (par le biais de Hong Kong), la Corée du Sud a longtemps fait figure de parent pauvre du genre.
Coincé entre une censure omniprésente et un faible nombre de salles de cinéma, rien n'était fait pour développer cet art dans ce pays.
Mais le déclin artistique de Hong Kong et du Japon dans le milieu des années 90 couplé à une prise de conscience des politiques sud-coréen de l'importance de cet art (par le biais d'aides financières à la production et de quotas garantissant une visibilité des productions nationales) et à l'apparition de réalisateurs de génie (Kim Ki Duk, Park Chan Wook, Bong Joon Ho) ont permis l'émergence d'un cinéma coréen de grande qualité.
Ce cinéma puise son inspiration dans celui de ces 2 illustres voisins avec, comme pour ses derniers, une forte place pour lepolar.
Et bien lui en a pris puisque le cinéma coréen a donné naissance au cours de ces 10 dernières années à de véritables chefs d'œuvre du genre : le complètement barré Old Boy (et ses frères et soeurs Sympathy for Mr Vengeance et Lady Vengeance), le politiquement engagé Memories of a murder, l'esthétisant A Bittersweet Life, le tendu The Chaser....
Tous ces films ont donné à penser qu'après Hong Kong à la fin des années 80, la Corée du Sud était la nouvelle Terre Sainte du polar.
Cependant tout ce qui vient de Corée n'est forcément bon à classer comme futur chef d'œuvre et si Public Enemy est loin d'être un mauvais film, il n'en reste pas moins qu'il est un ton en dessous de ses illustres compatriotes.
Car oui, Public Enemy n'appartient pas à la grande confrérie des talentueux polars asiatiques.
Pourtant il y avait de quoi nous faire un polar urbain bien tendu avec le matériel de départ !
Car en effet le potentiel était là mais il est hélas très mal exploité.
Ainsi du côté des points positifs, on trouve les 2 protagonistes principaux qui sortent une chouille des sentiers battus. Certes, de prime abord le flic ripou mais avec un bon fond et le salary-man tueur c'est un combo assez lambda, mais ces derniers ont assez de petits trucs en plus pour que l'on n'est pas une impression de déjà-vu.
En effet, notre flic pourri est à la fois un parfait crétin tire-au-flanc qu'un ancien boxeur inconscient du danger et doté d'un sens moral à géométrie variable tandis que notre salary-man propre sur lui qui semble toujours tout contrôlé pète littéralement les plombs quand on le contrarie.
Ces 2 personnalités fortes et variées donnent donc lieu à de jolis scènes d'autant plus que les 2 interprètes sont très bons. Les scènes où ces deux protagonistes se rencontrent sont donc autant de temps forts qui dynamisent le film, le point culminant étant atteint lors d'un interrogatoire musclé.
Malheureusement ce passage qui devrait être la charnière sur laquelle le film s'articule intervient hélas bien trop tard et surtout ne fait pas basculer le film vers des sommets de tension, celle-ci ne surgissant que par à coups.
Et oui car avant ce passage on suit l'histoire d'un œil plutôt morne, le film narrant les aventures comico-bastonneuses de notre policier ripoux.
C'est pas très intéressant malgré le petit côté critique du système policier (rejoignant un petit peu sur ce plan l'excellent Memories of Murder), c'est filmé mollement et le reste du casting surjoue (certes le jeu asiatique a souvent un côté théâtral mais là ça va au-delà). Bref c'est pas la joie.
On espère que les confrontations entre les 2 personnages principaux vont devenir plus fréquentes, que la tension jusqu'ici présente par intermittence va définitivement s'installer et que le film va enfin démarrer.
Et l'on croit que ça va être enfin le cas après cette interrogatoire et bordel de merde c'est pas le cas !!!!
Alors que là le film devait s'emballer il bascule dans la comédie ! Fais chier c'est pas ça que j'attendais moi ! Oui le passage est marrant et trahit les attentes du public, ce que certains apprécieront peut-être, mais il coupe putainement le rythme du film qui était déjà pas bien trépidant !
Le film a beau se reprendre dans son dernier quart d'heure, c'était trop tard pour moi car après avoir lutté tout du long en espérant une montée en puissance, on assiste à un yo-yo permanent.
A trop vouloir mélanger les genres (polar, dénonciation politique, comédie), à trop s'éparpiller, Public Enemy perd de vue l'essentiel : ce qui aurait pu être une confrontation tendue entre 2 fortes personnalités.
Reste au final un film certes sympathique mais bancal. Frustrant.
« Public Enemy » de Woo-Suk Kang. Avec :Sol Kyung-Gu, Sung-Jae Lee, Shin-Il Kang. Durée : 02h18.


























