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Black Death (2011) de Christopher Smith par Bruce Kraft

YERSINIA PESTIS.

Alors que la première épidémie de peste bubonique ravage l'Angleterre, un jeune moine nommé Osmund veut accompagner un groupe de chevaliers, menés par Ulric, dans leur enquête sur un étrange mystère dans un petit village reculé: les gens n'y seraient pas touchés par la peste. Sorcellerie? Œuvre de satan? C'est un voyage au bout de l'enfer qui les attend.

"Black death"? Punaise, c'est tellement original comme titre que si je n'avais pas vu Sean Bean dans le casting je ne me serais même pas attardé dessus, et pourtant....Après trois films de bonne facture (Creep, Triangle et Severance), Christopher Smith nous revient avec film sur le moyen âge et plus précisément lors de la période de la grande peste noire en 1348. Une époque où les populations pensent que cette peste est une punition divine pour leurs pêchés...Seulement voilà, les gens ont commencé à se poser des questions quand ils ont vu que même les enfants mourraient alors que par définition un enfant est innocent. Voilà sur quel constat démarre "Black death" et déjà à ce moment on sait que le film va être bien plus profond et fouillé que pourrait le laisser suggérer l'affiche du film un tantinet...naïve et banale.

Tout démarre avec le jeune Osmund, Eddie Redmayne qui reprend presque trait pour trait le rôle de Christian Slater dans "Le nom de la Rose", qui, après avoir rencontré une jeune villageoise, voit son cœur partagé entre Dieu et la belle blonde. Il décide de la faire partir, à contre cœur bien sûr, du village pour qu'elle n'attrape pas la peste et reste donc au monastère. La venue d'un groupe de chevaliers, œuvrant pour l'évêché, voulant un guide parmi les moines pour trouver le village "pas encore considéré comme diabolique mais c'est tout comme" est donc une  véritable bénédiction (et oui j'ose!! Ah ah!) pour Osmund qui pense alors trouver sa promise sur lors du voyage.

Un bien sombre voyage que nous propose Smith à travers une Angleterre au paysage funèbre voyant les cadavres s'accumuler le long des routes et des populations cherchant et exécutant toute personne susceptible d'être responsable de leurs malheurs (bizarrement ce sont toujours des femmes plus particulièrement appelées sorcières par certains ou suppôts de satan par d'autres). Un monde au bord du gouffre filmé magnifiquement et qui nous immerge très rapidement dans ce parcours initiatique pour Osmund au milieu de chevaliers aux mœurs plutôt paradoxales et d'un Ulric en mission (on pense alors à "Apocalypse Now" et le voyage en enfer du capitaine Willard pour remplir sa mission).

La force du film de Smith, mis à part son ambiance et son réalisme historique (rien que le fait de montrer que tout le monde n'avait pas un cheval pour voyager me remplit de joie!!), réside en ses personnages et leur perpétuelle ambiguïté avec par exemple Ulric, interprété par le charismatique Sean Bean, en tête de liste, un chevalier qui prend cette mission comme une rédemption car si sa femme et son enfant sont morts c'est la punition de Dieu pour ses fautes et donc le rachat lui paraît inévitable. Un homme déterminé, et au premier abord froid, qui n'a qu'une mission: servir Dieu et punir ceux qui y seraient opposé. Une position extrême que ne juge jamais Christopher Smith (d'ailleurs aucun des personnages du film n'est coupable ou innocent, il n'y a que des victimes!!) qui en fait même un personnage attachant tout comme ses compagnons route.

Félicitations à ceux qui ont fait le casting car chacun de ses hommes possède une gueule (et un charisme qu'on oublie pas. On ressent alors le même attachement que l'on pouvait éprouver pour les vikings du "Treizième guerrier" mais au contraire des braves scandinaves ces hommes là ne sont franchement pas des enfants de coeur: Bourreau adepte de la torture (un Andy Nyman transcendé par son rôle!!), voleur, assassin et vétérans au lourd passé.

Quand on se demande pourquoi "Black death" n'est pas sorti au cinéma il suffit de voir les séquences de combat (ou de torture) pour comprendre qu'il aurait été difficile de montrer par exemple une tête explosée en trois fois avec un fléau ou un bras désireux de quitter le corps qu'il squattait depuis de nombreuses années ou un homme se faisant ouvrir le bide en révélant au monde entier qu'en fait il avait bien des intestins. Des séquences sans concessions et révélatrices d'une réelle violence dans cette société en perdition.

Quand, enfin, nos amis arrivent au village perdu on pense alors qu'il y un espoir mais ce n'est en réalité que le début de la véritable horreur pour eux  et Osmund manipulé par l'inquiétante maîtresse des lieux, interprêtée par une Carice Van Houten inspirée, qui remet l'existence de Dieu en question et tient d'une main ferme sa congrégation. Smith montre par a+b comment, dans les moments de crise, certains arrivent au pouvoir en manipulant les masses (au hasard on pense à Hitler). La religion devient alors le véritable combat entre les chevaliers  et la population du village.

Le film gagne alors une intensité et une dimension inattendues prenant aux tripes le spectateur qui n'en demandait pas autant au début du film et offre, au terme d'un dernier acte de bravoure et de don de soi, un épilogue narré, sombre et désespéré. On peut dire que Christopher Smith frappe ici un grand coup avec ce "Black death" en le propulsant dans la liste des "indispensables à voir" des films sur le moyen-âge. Sombre et violent.

Excellent, encore!!

"Black death" (2011) de Christopher Smith. Distribué par Revolver Entertainment. Avec Sean bean, Eddie Redmayne, Carice Van Houten,. Durée:1h37.