Gladiator (2000) de Ridley Scott par Bruce Kraft
QUEL EST TON MÉTIER?
Le général romain Maximus est le plus fidèle soutien de l'empereur Marc Aurèle, qu'il a conduit de victoire en victoire avec une bravoure et un dévouement exemplaires. Jaloux du prestige de Maximus, et plus encore de l'amour que lui voue l'empereur, le fils de Marc Aurèle, Commode, s'arroge brutalement le pouvoir, puis ordonne l'arrestation du général et son exécution. Maximus échappe à ses assassins mais ne peut empêcher le massacre de sa famille. Capturé par un marchand d'esclaves, il devient gladiateur et prépare sa vengeance.
Alors que le genre "péplum" coulait une retraite paisible, après avoir connu son dernier grand succès avec le "Spartacus" de Kubrick en 1960, les producteurs d'Universal allèrent taper à la porte de Ridley Scott, en hibernation pour cause de mauvais résultats, pour qu'il réalise un péplum écrit par David Franzoni. Après avoir fait réécrire le scénar', jugé sans consistance par Scott, le réalisateur britannique lança le tournage qui allait être aussi grandiloquent que le film lui-même. Parce qu'en effet le Ridley Scott va mettre les grands plats dans les énormes plats et ainsi livrer un film qui va faire plus que rendre honneur au genre.
Scott va bénéficier de moyens financiers énormes (103 millions de dollars) afin de faire de "Gladiator" un film unique et grandiose qui sera susceptible de plaire à un large public en y incorporant tous les ingrédients du succès.
2 heures 30 (ou presque 3 heures pour la version longue!!) pour raconter l'histoire de Maximus qui, après connu la gloire et le respect des militaires, va connaître le monde aussi injuste que violent des gladiateurs, combattants/esclaves qui combattaient pour le plaisir d'un public avide de sang.
Autant le dire de suite, Scott va tout miser sur les effets spéciaux (Rome et son Colisée sont absolument magnifiques), les combats intenses et violents, et sur les relations entre les différents protagonistes au détriment d'une réalité historique qui doit donner des sueurs froides à Alain Decaux (ou Franck Ferrand pour les plus jeunes!!). Erreur sur les dates (mettre "avant J.C" au lieu de "après J.C" c'est quand même très con!!), les situations (la mort de Marc Aurèle et celle de son fils ont été complètement réinventées.), la politique de Rome à cette époque (le Sénat n'était pas pour le peuple mais pour l'aristocratie) et la réalité des gladiateurs et de leurs combats (Il n'y avait en réalité quasiment jamais de morts et ne parlons pas de cette histoire de "pouces levés" complètement ridicule!!).
Mais alors on nous arnaque d'un bout à l'autre? Historiquement oui mais le simple fait de prendre le film pour ce qu'il est, c'est à dire un grand spectacle à l'esthétisme ultra fouillé et au lyrisme unique, suffit à passer un moment fantastique aux innombrables qualités.
Tout d'abord un casting 5 étoiles avec un Russell Crowe en pleine forme dans le rôle de Maximus (un personnage fictif s'inspirant de plusieurs personnages réels) le général déchu remplit de haine et désireux de tuer le responsable de la mort de sa femme et de son enfant, qu'il revoit au travers de visions, et dont l'honneur provoque systématiquement l'empathie chez ceux qui l'approchent. L'acteur Joaquin Phœnix se retrouve lui face à Maximus en endossant le rôle de Commode, un mec atteint de troubles psychologiques se rapprochant du complexe d'œdipe (lui ne veut pas coucher avec sa mère et tuer son père mais coucher avec sa sœur et tuer son père!!) et de la mégalomanie. Avouons que le personnage de Commode est le plus intéressant et que sa psychologie est la plus travaillée par Scott.
En plus de ces deux formidables acteurs on retrouve la magnifique Connie Nielsen (Lucilla, la sœur de Commode), Richard Harris ( Marc Aurèle), Djimoun Hounsou (Juba, le compagnon de Maximus) et surtout Oliver Reed (Proximo, propriétaire de Maximus) qui décédera pendant le tournage.
Tout ce beau monde va donc s'affronter au mileu de combats, de complots politiques et de trahisons au rythme d'une musique grandiose de Hans Zimmer permettant de donner au film la grandeur nécessaire à cette épopée. D'ailleurs Scott dit lui même qu'un réalisateur qui pense que la musique n'est pas si importante que ça dans un film n'a rien compris au cinéma. Ici, il faut bien avouer que le britannique a raison puisqu'elle participe activement à la réussite du film insufflant le côté épique ou nostalgique au long métrage.
Vous vous en doutez le film se terminera avec toute la dramaturgie inhérente au genre et mettre certainement les larmes aux yeux aux plus sensibles d'entre vous. Une fin à la hauteur du film qui gagne toutes ses lettres de noblesse dans sa version longue. Un spectacle grandiose et inoubliable qui relança la carrière de Ridley Scott et qui sera le premier acte d'une collaboration durable entre lui et Russell Crowe. Indispensable.
"Gladiator" de Ridley Scott. Distribué par Universal Pictures. Avec Russell Crowe, Joaquin Phoenix, Connie Nielsen, Oliver Reed. Durée: 2h35.



























La réalité historique je m’en tamponne le coquillard si les trahisons faites à cette dernière passent bien à l’écran et sont plausibles et servent bien l’histoire que l’on me conte. Ce qui est le cas ici sauf dans la dernière partie où l’empereur descend carrément dans l’arène se fighter avec un gladiateur. WTF ! Là c’est franchement too much et a amoindri le plaisir que j’ai tiré du film.
Reste un putain de souffle épique avec des combats nerveux et sanglants, des putain d’acteurs, des plans à couper le souffle pour un spectacle franchement haut de gamme
Moi j’ai même envie de dire que c’est culte, tout simplement !
Alors dit comme ça je ne peux que m’incliner!!!lol!
Bon, d’abord sur Blade Runner (qu’on ne peut pas commenter ; il y a un problème !), j’avais il y a quelques mois pondu un long double texte sur le film (ça commence ici si tu veux jeter un œil : http://desoncoeur.over-blog.com/article-blade-runner-1ere-partie-53884886.html ) et je constate qu’on est d’accord sur les immenses qualités de l’oeuvre (par contre, j’aime beaucoup les Star Wars et je ne parle même pas de 2001, L’Odyssée de l’espace). Mais le vrai personnage principal, c’est Deckard, Batty ou le Los Angeles futuriste inventé par Scott.
Sur Gladiator, je suis, à l’inverse, moins enthousiaste. J’y avais vu un très bon divertissement mais pas une renaissance complète de Scott ou du péplum (genre pour lequel je n’ai qu’une sympathie limitée d’ailleurs ; notons tout de même que ce n’est pas Spartacus qui a clôt le cycle – fin des années 1950 et début des années 1960 ; ère des immenses superproductions réalisées pour contrer la télévision – des grands péplums hollywoodiens mais plutôt Cléopâtre).
Salut,
Tu peux désormais répondre sur “Blade runner” (merci pour m’avoir signaler le bug!!). Spartacus n’a pas clôt le cycle mais reste un des derniers (voir LE dernier) péplums à grand succès. Je reste sur ma position de dire que Gladiator est essentiel pour plusieurs raisons: il a remit un genre au goût du jour, il est d’une densité artistique impressionnante (scénar’ pas si simpliste qu’il n’y paraît, effets spéciaux invisibles mais biens présents, personnages denses et complexes….). Ce qui me dérange (sûrement à cause de mon cursus scolaire!!) c’est la cohérence historique encore bafouée…
Pour la cohérence historique, j’avais placé la citation d’Alexandre Dumas dans un commentaire sur Robin des bois. Je partage, malgré mon activité d’historien, sa position.
Historiquement crétin, ok !
Epique, oui !
Emouvant, par moment !
Mais bord…, la fin et la main dans les champs au secours !
C’est balot de pourrir un film avec des élans de sentimentalisme faisant basculer un film épique en semi-guimauve.
Disons que c’est celui que je supporte le plus! Epique oui mais surtout grandiloquent… Et Commode était pire en vrai, ils auraient pu en tirer bien mieux!
Grandiloquent!! Mdr!! Le genre de terme qui me fait bien marrer…En tout cas c’est vrai que pour Gladiator on peut presque parler de “too much” mais pas ridicule du tout.