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La Chute du Faucon noir de Ridley Scott (2001) par Tootsif

 

UN BEAU JOUR, OU PEUT ÊTRE UNE NUIT

PRES DE MOGADISCIO JE M'ÉTAIS ENDORMIS QUAND.....

Le 3 octobre 1993, avec l'appui des Nations Unies, une centaine de marines américains de la Task Force Ranger est envoyée en mission à Mogadiscio, en Somalie, pour assurer le maintien de la paix et capturer les deux principaux lieutenants et quelques autres associés de Mohamed Farrah Aidid, un chef de guerre local. Cette opération de routine vire rapidement au cauchemar lorsque les militaires sont pris pour cibles par les factions armées rebelles et la population, résolument hostiles à toute présence étrangère sur leur territoire.

Après avoir connu la gloire et les louanges de la fin des années 70 au début des années 80 (allez pour les ultra-fans du Monsieur, on va être sympa et inclure Thelma et Louise.) (Mais c'est vraiment pour vous faire plaisir car c'est quand même bidon comme film. Oui, je sais pour les midinettes qui chouinent y a Brad Pitt jeune), la fin des années 80 et les années 90 vont faire de Ridley Scott un tricard.

Il était donc quasiment acquis au début des années 2000, que le réalisateur de 3 de mes 10 films cultes (quand vous pensez que ce gars a sorti en l'espace de 5 ans Les Duellistes, Alien, le 8ème passager et Blade Runner) était définitivement fini, se rapprochant ainsi lentement et sûrement du niveau de son petit frère, comme si finalement le fait de fonder un studio de production avec ce dernier avait fait déteindre le talent du moins doué des 2 sur son aîné.

Et pim badaboum ! Voilà t-y pas que le père Ridley Scott nous sort en 2000 Gladiator, succès tant critique que public (et plutôt mérité d'ailleurs malgré un final larmoyant et tiré par les cheveux : ben ouais un empereur qui descend dans l'arène pour se fighter avec un gladiateur on y croit tous) !

Alors simple état de grâce ou véritable renouveau ?

Et si Hannibal peut passer pour une commande correctement effectuée, Ridley Scott semble décidé à confirmer son retour au premier plan. Pour beaucoup, ce qui a fait le succès de Gladiator c'est ses combats portés par leur violence et leur maestria visuelle donc quoi de mieux que d'adapter cette réalisation à un film de guerre ? Ainsi, 5 ans après le nanardesque A Armes Egales (« Suce ma bite Colonel » si ça c'est pas culte) qui surfait sur la vague Demi Moore, Ridley Scott remet les compteurs à zéro en réalisant un vrai film de guerre.

Actuellement 2 écoles du film de guerre s'affrontent : la politique née du 11 septembre et de la politique militaire de Bush où l'on s'interroge sur le bien fondé des interventions et sur les états d'âme des braves petits soldats (enfin pas si braves petits car on ne nous cache pas les saloperies qu'ils commettent) et la grand spectacle où ça pète de partout et on laisse notre cerveau de côté.

Or, comme le film se passe avant ce fameux 11 septembre (date à partir de laquelle tout film de guerre se doit d'avoir un message critique) et qu'en plus nous avons ici affaire à un film réalisé par Ridley Scott, roi de la belle image et avec Gladiator seigneur des combats épiques donc pour le regard critique sur l'Amérique et ses boys on repassera. Cependant ce n'est parce qu'un film n'est pas une dénonce de l'interventionnisme américain et des exactions de son armée qu'il doit sombrer dans l'exact contraire. Car c'est un peu (beaucoup) dans ce quoi tombe le film. Ici pas de dénonce d'un interventionnisme forcené des américains, au contraire, on a droit à une glorification en règle de ces gendarmes du monde.

Pourtant le cadre historique choisi par Ridley Scott laissait supposer le contraire : En effet, Ridley Scott choisi comme théâtre de son film la Somalie qui, en 1993, fut le cadre d'un véritable camouflet pour l'armée américaine qui du batailler sévère pour récupérer ses boys éparpillés dans la ville de Mogadiscio à la suite d'une opération ayant mal tourné.

A vouloir la jouer solo et sauveur du monde, les rednecks s'étaient plantés sévères et étaient passés à deux doigts d'un mini Vietnam. Mais, manque de courage ou pur opportunisme, Scott ne fait pas pencher son film vers la dénonciation et nous en convainc dès les premiers instants à travers un simple texte qui, outre le fait d'exposer le contexte géopolitique du film (ce qui évite ainsi de fastidieux moments d'introduction avant d'arriver à la bataille proprement dite), indique surtout que sans ces braves ricains (et pas l'O.N.U attention) on aurait un génocide en Somalie. Et ce sentiment de propagande pro-américaine va se renforcer au fur et à mesure du déroulement de la mission car Scott va réussir à glorifier ces soldats acculés, transformant ce fiasco américain en mission de sauvetage héroïque.

Bref, tout semblait faire de ce film une flatterie patriotique nauséabonde, mais.....

Car oui, il y a un mais ! Un mais énorme, un mais qui vous fait oublier tous ces sentiments nauséabonds pour vivre à fond le film !

Ce mais, c'est le savoir – faire, la maestria visuelle, le sens du rythme et de l'intensité de Ridley Scott.

La Chute du Faucon Noir (putain quelle traduction française de merde) dépote tant du point de vue visuelle que de l'intensité. Ça commence tout doucement avec la planification et la préparation de l'opération puis ça monte en puissance avec le début de celle-ci. On sent la tension, que tout peut déraper à n'importe quel moment et de n'importe quelle manière et c'est le cas. Un accident, une erreur, puis c'est la chaos et ces soldats si sûrs d'eux mêmes et de leurs forces se retrouvent au cœur d'évènements qu'ils ne contrôlent plus.

Et l'on n'est avec eux. On flippe comme eux à chaque traversée de zone dégagée, on se demande ce qui nous attend au coin de la rue, on n'est à fond dedans.

Bref d'un coup on oublie totalement le message nauséabond pour se concentrer totalement sur la mission de sauvetage de ces soldats acculés, bien plus immersive que nombre de jeux vidéos (dont les call of duty qui peuvent lui dire merci pour leurs nombreux « emprunts »).

Oui, on est à fond dedans, à se demander quelle merde il va encore arriver à nos braves petits soldats, complètement hypnotisé par la violence jusqu'à en oublier que l'adversaire est lui aussi humain, jusqu'à en oublier le décompte des morts comme si cela n'avait pas d'importance (décompte que l'on nous rappelle à la fin du film comme une fiche de score dans un jeu vidéo : 18 morts côté US contre plus de 1000 côté africain. Et, pour rajouter à l'aspect malsain de la chose, on égraine seulement le nom des soldats américains)

Alors, je sais c'est moche, malsain, dégueulasse et tous les autres qualificatifs du même genre que vous pourrez trouver et je comprends parfaitement que nombre d'entre vous puisse détester ce film, mais moi, le rythme, la tension, la puissance de la mise en scène et l'intensité des combats m'ont fait faire totalement abstraction du contexte politique.

J'étais captivé par cette guérilla urbaine, par cette mise en scène virevoltante, par cette montée en puissance aboutissant à un chaos total.

Alors il est clair que le cadre géopolitique choisi par Scott aurait pu donner lieu à une diatribe antimilitariste et qu'au final on assiste à tout le contraire. Mais le résultat est si putainement efficace que si l'on parvient à faire abstraction à cette propagande malsaine on a droit à un spectacle d'une puissance rare.

 

 

« La Chute du Faucon Noir » de Ridley Scott. Avec : Josh Hartnett, Ewan McGregor, Tom Sizemore, Eric Bana, Orlando Bloom. Distribué par Columbia Tristar Films. Durée : 02 H 23.