Le Prestige de Christopher Nolan (2006) par Tootsif
MAGIE, MAGIE...ET VOS IDEES MANQUENT DE GENIE
Londres, au début du siècle dernier...
Robert Angier et Alfred Borden sont deux magiciens surdoués, promis dès leur plus jeune âge à un glorieux avenir. Une compétition amicale les oppose d'abord l'un à l'autre, mais l'émulation tourne vite à la jalousie, puis à la haine. Devenus de farouches ennemis, les deux rivaux vont s'efforcer de se détruire l'un l'autre en usant des plus noirs secrets de leur art. Cette obsession aura pour leur entourage des conséquences dramatiques...
Un tour de magie; selon Nolan, se décompose en 3 actes et si l'un d'eux est raté tout s'écroule.
Le premier, c'est la « promesse ». Le magicien vous présente quelque chose d'ordinaire qui est bien sûr loin de l'être.
Le second acte est le « tour ». Le magicien a le don de transformer une chose ordinaire en quelque chose d'extraordinaire. Alors on cherche le secret. Mais en vain.
Et le troisième et dernier acte, le plus important, c'est le « prestige ». C'est celui des rebondissements imprévus, des choses que l'on n'a jamais vu.Pour un film c'est finalement la même structure.
Et, jusqu'à l'année dernière j'étais plutôt réfractaire aux réalisations du sieur Christopher Nolan. Certes les films que j'avais vu de ce dernier n'étaient pas dénoués de qualités (notamment un certaine maîtrise visuelle et un idée de départ à chaque fois intéressante) mais nombre d'éléments en amoindrissait au fur et à mesure du visionnage l'impact.
Donc pour moi, Christopher Nolan ratait toujours son « prestige ». La « promesse » était belle, le « tour » bien exécuté mais le « prestige » absent.
Puis est arrivé Inception. Et, alors que nombre de fans de Nolan l'ont critiqué, celui-ci m'a permis de me réconcilier avec ce dernier. Enfin, un film de Nolan qui se tenait du début à la fin, où toutes les trouvailles scénaristiques et visuelles aboutissaient à un résultat qui se tenait de bout en bout.
Peut être devais-je donc laisser une nouvelle chance à la filmographie de Christopher Nolan. L'heure était donc venue pour moi de visionner Le Prestige, de voir si Nolan mettait en application au film sa définition d'un tour de magie. Malheureusement au final ce n'est pas le cas.
Car comme d'habitude chez Nolan, la « promesse » est belle :un film se déroulant dans l'univers de la magie propice à mille illusions et fausses pistes, un casting des plus alléchants (malgré la présence du toujours aussi peu expressif Christian Bale), la réalisation toujours inspirée de Christopher Nolan.... Tout cela est plutôt tentant.
Et au début, effectivement ça l'est.
L'histoire nous conte la confrontation entre 2 magiciens qui cherchent à devenir le meilleur : Angier (Hugh Jackman) et Borden (Christian Bale). Tout commence avec la mort d'Angier sous les yeux de Borden, ce dernier étant accusé de l'avoir tué. Le film remonte alors dans le temps pour revenir à la naissance de cette rivalité et son développement jusqu'à ce drame.
Chacun des 2 cherchant à trouver le tour qui le rendra célèbre tout en perçant le secret de son adversaire voire à nuire à sa carrière, on assiste donc à une véritable joute entre 2 adversaires différents.
Car c'est là l'un des points forts du film. Angier et Borden sont 2 personnages aux personnalités fortes et contrastées : alors qu'Angier semble être attiré par les lumières du succès, Burden lui semble se consacrer totalement à son art mais les 2 sont réunis par un seul but : être meilleur que l'autre et trouver le tour de magie qui les rendra célèbre.
Ainsi se livrent ils une lutte à mort où tous les coups sont autorisés : faire rater le spectacle de l'adversaire, lui voler ses secrets et même ses tours.
Cette confrontation est donc rythmée et entraîne facilement le spectateur grâce à la fascination découlant de la magie et de ses « trucs et astuces ». Les divers protagonistes étant en plus servis par des interprètes de grandes qualités (même si comme d'hab, le jeu très monolithique de Christian Bale m'agace), on est très vite embarqué par l'histoire et l'on se met à espérer à un final, ben euh, magique.
Hélas, trois fois hélas, les prémices d'un « prestige » raté sont déjà présents et ces sombres craintes vont malheureusement se confirmer.
Un prestige repose sur un élément de surprise, sur une révélation que l'on espère mais que l'on croit impossible à réaliser.
Or ici il est quelque peu éventé et donc l'élément de surprise fortement amoindri.
En effet, même en suivant le film d'un œil lointain, le secret des tours de Borden est facilement décelable, le film regorgeant de sous-entendus et petites phrases trop appuyées et donc au final c'est sans surprise que la révélation, qui n'en n'est plus une, nous apparaît (que par respect je vous laisse découvrir de vous-même).
Christopher Nolan semble ici avoir peur de perdre son public mais pour moi il l(nous)'infantilise de trop comme s'il le (nous) pense incapable de saisir de fines allusions qui l'amènerait sur la voie de la résolution du mystère, sentiment autrement plus jouissif que de se voir balancer à la gueule la solution (erreur qu'il commettra aussi dans Inception avec le rôle très (trop) didactique d'Ellen Page).
Mais bon, vu le nombre de crétins qui vont au cinéma, si on les prend pas par la main ils ne captent rien au film, Nolan ne fait qu'anticiper les questions connes du public et leur livre donc le film clefs en mains.
Mais, si la révélation anticipée du secret de Borden nuit finalement peu au film, ce dernier tirant sa force de la confrontation entre nos 2 magiciens, celle du tour d'Angier est beaucoup plus discutable et a eu pour effet de me sortir totalement du film.
En voulant créer un parallèle constant entre ses 2 protagonistes, Nolan justifie de manière totalement irréaliste le tour final d'Angier. Et surtout cela alourdi le message latent du film qui est que pour être au sommet de son art, il faut être prêt à tous les sacrifices et souffrances, chose qu'Angier ne comprend que bien tard.
Ce message déjà très rebattu pendant toute la durée du film devient franchement lourd avec la découverte du secret du tour d'Angier. La dernière partie du film m'a donc semblé d'une lourdeur incommensurable et surtout la révélation du tour d'Angier complètement farfelue.
Mais une autre interprétation du tour d'Angier est possible si l'on sous-entend que le film lui-même est un tour de magie. Dans un tour de magie tout est faux car la vraie magie n'existe pas Dans ce cas-là alors le secret du tour d'Angier se doit d'être analysé de manière rationnelle et donc être le fruit de trucage.
Ce que l'on sait de son tour et de la machine qu'il utilise, on l'apprend par le biais de son journal intime qui est entre les mains de Borden. Or Angier s'est précédemment fait rouler par Borden (ce dernier savait qu'Angier voulait percer le secret de son tour, il a donc truffé son journal de fausses pistes) et il donc très bien pu faire la même chose et ainsi faire croire que son tour de « l'homme transporté » était bien de la vraie magie alors que ce n'est pas le cas.
Mais là aussi cette interprétation n'est pas concluante car elle laisse une impression de film bancal où nombre d'éléments s'imbriquent mal.
Et il faut ajouter à cela le fait que Nolan a laisser nombre de zones d'ombre préjudiciables car laissant un peu plus le spectateur dans l'expectative : d'où Angier tire son argent ? Quelle machine a construit Tesla pour Borden ? Tout cela est abordé mais pas expliqué.
La fortune d'Angier a en effet une place importante dans la dernière partie du film et l'on ne sait rien de son origine. En outre le début du film laissant à penser que, comme Borden, Angier ne roule pas sur l'or on est assez intrigué par ce qui semble être une soudaine fortune (alors que dans le bouquin l'on apprend qu'il est en fait issu d'une famille noble).
Quand à la machine que Tesla a conçu pour Angier on ne la voit a aucun moment dans le film donc pourquoi en parler ?
Pourquoi avoir à peine esquissé ces pistes alors qu'elles ont de l'importance dans le récit ?
Nolan n'est donc pas un bon magicien, laissant des zones d'ombre dans son histoire, ne réussissant pas l'acte final de son film, donnant ainsi l'impression d'un immense gâchis à une confrontation pourtant jusque là de haut vol. En multipliant les twists finaux (dont celui de Borden facilement « éventable »), il abuse d'effets de manche qui amoindrissent grandement la tension et tout simplement la magie du film.
Dommage, car la promesse d'un face à face prenant dans un univers par trop rare était belle et presque tenue.
«Le Prestige » de Christopher Nolan. Avec Hugh Jackman, Christian Bale, Michael Caine, Scarlett Johansson. Distribué par Warner Bros. Durée : 2 H 08





























J’avais plutôt bien aimé le film (que j’ai largement oublié depuis) mais je suis tout de même globalement d’accord avec cette approche du film (par contre, je pense exactement la même chose d’Inception) : Nolan joue toujours (y compris dans The Dark Knight) de la mise en abyme du cinéma dans ses films et voudrait signer des oeuvres à double ou triple fond mais le problème est que, contrairement à un David Lynch par exemple (qui est l’une de ses évidentes références), il tient toujours trop la main du spectateur et révèle toujours tout de manière assez lourde pour être sur que le spectateur ait bien compris (d’ailleurs, le personnage le plus réussi de son oeuvre est le Joker qui, lui, n’a aucune rationalité donc il n’y a nul besoin d’expliquer quoi que ce soit). Manque de talent par rapport à ses ambitions ou certitude que le spectateur est un imbécile et volonté d’attirer le plus large public ? Un peu des deux, je pense, et il y a une incapacité chez lui à faire coïncider art et machine commerciale. Loin de Kubrick, donc, un autre de ses modèles…
Bizarrement Inception est pour moi le seul film de Nolan auquel j’accroche (Memento a une idée qui s’essoufle au bout de 10 minutes, le 1er Batman est mauvais et Dark Knight est bien trop inégal) (et pour moi la prestation de Heath Ledger over hypée par son décès).
Sa relation avec le public est en effet assez spéciale : il essaie de faire des scénars qui prennent pas le spectateur pour des cons mais il met dedans des éléments (parfois trop présents) pour expliquer l’histoire à ces derniers. Schizophrène le gars ?
Quand à la comparaison avec Kubrick et Lynch, je me montrerai moins dur car Lynch n’est pas spécialement ma came et Kubrick a pour moi pas fait que du bon
Je suis d’accord, il y a une sorte de schizophrénie. Sur The Dark Knight, j’aime beaucoup la prestation de Ledger même si je trouve également le film inégal (j’avais eu l’occasion d’écrire deux textes là-dessus) et considère que le battage lié au décès de l’acteur était gonflant. Sinon, j’aime beaucoup Lynch et je révère Kubrick – sans aucune réserve ou presque – mais j’en parlais surtout parce qu’ils sont deux références pour Nolan qui cite ceux-ci abondamment (voir Inception).
J’aime beaucoup le Prestige et je reprends l’analyse de Ran (qu’il a oublié depuis il me semble), c’est que l
Pardon, une fausse manip.
Je reprends :
Ran disait à l’époque que la principale qualité du film est aussi son principal défaut : en donnant habilement les clés de compréhension tout au long du déroulement, la dernière partie est superfétatoire et vient malheureusement alourdir le film.
Cela traduit assez bien mon ressenti : on comprend le secret des magiciens aux deux tiers du film (ce qui était cohérent avec le propos : nous avons bien vu mais nous ne voulons pas l’admettre). En accélérant le dernier tiers et en coupant le film après le meurtre d’Angier par Borden, l’affaire était dans le sac. Il suffisait au spectateur d’un peu de concentration pour reconstruire le film et rallier les bouts manquants, ce qui était plus excitant que d’avoir de la parlotte pendant 5 minutes (comme un tour de magie en somme : le magicien ne revient nous expliquer son tour, il s’en va et Patrick Sébastien vient chanter une chanson sur les merguez et les politiciens).
Mais je trouve que le reste du film est très bien exécuté : cette histoire de rivalité avec la métaphore du cinéma, la dimension fantastique bienvenue… Petite précision sur ton article : lorsque Hugh Jackman essaie de reproduire le tour de magie avec le bocal, il discute avec sa fiancée : c’est là que nous apprenons qu’il ment sur ses origines et qu’il est très riche. Et justement les zones d’ombres sont tout de même assez rares (mais je n’ai pas vu le film depuis 2 ans, je me trompe peut-être).
Sur Nolan en général, je suis assez d’accord. C’est un réalisateur que j’aimais beaucoup et jusqu’à Inception, ses films (à l’exception notable de Batman Begins) prenaient une courbe ascendante et Inception aurait pu et du être l’œuvre dans laquelle il lâchait la bride du spectateur. Ce ne fut pas le cas à mon avis même si j’ai passé un agréable moment. Encore une fois, c’est la dernière partie – celle dans la neige – qui plombe conséquemment le film au moment où il devait s’envoler : Nolan ferme peu à peu l’espace – le monde, une ville, un immeuble – puis soudain l’ouvre conséquemment pour faire un James Bond, c’est pas très clair.
Je suis entièrement d’accord sur l’appréciation faite sur Nolan, qui reste sympathique mais pas exceptionnel.
Quant au Prestige, son gros problème c’est qu’un gamin de deux ans capte le twist au bout de 20 minutes (je ne spoil pas mais merci le chinois) donc après on ne voit qu’un réalisateur qui insiste bien pour qu’on devine mais garde quelques fausses pistes bien inutiles vu le côté didactique.
Et si ça aurait pu passer avec un film qui ne fait pas de la révélation finale son seul et unique motif, c’était bon !!
Ben c’est là le problème, hormis la révélation, y a rien.
Le côté compétition n’est qu’un détail, l’évolution de la société aussi, seul compte la révélation rendant le film futile.
Une belle coquille vide, juste agréable alors qu’il aurait pu être excellent.
Plutôt d’accord avec ton analyse et celle de Ran : le dernier tiers ne fait que confirmer les indices dont Nolan parsème son film, il est donc totalement inutile (surtout qu’en plus il est lourd du point de vue de la réalisation).
Mais je mettrai quand même un bémol sur le reste quand même car les indices de Nolan sont quand même un peu trop appuyés pour être honnête (comme dit Gropichu la scène du magicien chinois est pour moi trop explicite sur le fait que l’on doit admettre ce que l’on a vu).
Sinon comme je l’ai déjà dit, étrangement Inception est mon Nolan préféré car je le vois d’abord comme un film d’action plutôt que de réflexion contrairement aux autres films de Nolan qui sont d’abord dans la réflexion
Je trouve Nolan assez intéressant bien qu’inégal. Je suis d’accord avec ce que vous dîtes et le Prestige en est le manifeste. Sa roublardise fait tâche tant il essaie de l’expliquer, de la justifier. Et Inception était plus que gangréné par ce trait décevant de sa filmographie. Et le film qui nous occupe ici souffre évidemment de ce problème.
En fait, il n’y a que les Batman qui évite d’être trop didactique. Après, le premier est trop présomptueux mais c’est une autre histoire. Quant à The Dark Knight, je pense que c’est son plus réussi. Je l’adore et Ledger y est parfait, mort ou vif…
Je dois pas être normal les Batman étant ce que j’aime le moins de la filmo de Nolan : le 1er étant pour moi ridicule et le 2nd très inégal