Les Duellistes de Ridley Scott (1977) par Tootsif
FACE A FACE MORTEL
Deux lieutenants de l'armée napoléonienne, d'Hubert et Feraud, vont poursuivre une querelle pendant quinze ans à travers toute l'Europe et se provoquer régulièrement en duel.
Les Duellistes est le premier long métrage de Ridley Scott et sans doute son meilleur.
Prenant place dans l’Europe napoléonienne, Les Duellistes est d’une beauté visuelle extraordinaire. Chaque plan est à lui seul un tableau magnifique où s’ajoutent aux paysages somptueux (moulin au milieu d’une prairie, ruines ensevelies sous la végétation....) des éclairages fantastiques (frémissement des lumières changeantes, force des effets d’ombre).
A part Barry Lyndon aucun autre film n’atteint une telle splendeur visuelle !
Cette magnificence visuelle est sublimée par l’art de la mise en scène de Ridley Scott. Quelle maturité et quel talent dès un premier film !
Chaque plan est travaillé à l’extrême faisant des duels entre Carradine et Keitel des sommets de tension et d’intensité dramatique. On ressent, tant par l’intensité de leur jeu (Keitel est sublime de folie, de violence prête à exploser et Carradine excellent, plus en retenu et plus rationnel) que par la qualité de la mise en scène les sentiments qui les habite et le caractère violent, total de leurs duels.
Cette mise en scène ne se veut pas flamboyante, elle est ici au service des personnages et de l’histoire qu’ils vivent. Ainsi les duels sont filmés avec élégance et intensité nous faisant ainsi ressentir que chaque touche peut s’avérer mortel. De ce fait ces derniers ont des chorégraphies très simples, se faisant ainsi le plus réaliste possible : on attend à la recherche du point faible, de l’ouverture qui permettra de faire mouche car ne pas tuer/toucher du premier coup vous place en situation de faiblesse.
En outre, pour éviter un effet de répétition, chacun des duels entre Carradine et Keitel se fait avec des éléments nouveaux : l’arme ou le cadre du duel changeant à chaque fois remettant ainsi en cause le résultat du duel précédent et l’avantage psychologique qui pourrait en résulter. Ceci permet de maintenir éveillé en permanence l’attention de spectateur car on ne sait jamais comment un duel va se terminer.
A ceci s’ajoute une histoire simple ; deux hommes s’affrontent dès qu’ils se rencontrent ; La raison ? Tout le monde l’ignore et même eux diffèrent sur la cause de leur inimitié. D’ailleurs est-ce important ? Non.
Les duellistes c’est avant tout l’exploration de thèmes tels que l’honneur, de la haine et de la violence. Peu importe pourquoi l’on se bat. Refuser reviendrait à voir son honneur bafoué et tant Carradine que Keitel ont élevé ce dernier à un tel niveau qu’ils préfèreront mourir plutôt que d’admettre leurs torts ou excuser leur adversaire.
Les Duellistes c’est donc la quintessence du film de chevalerie, se rapprochant ainsi du Wu Xia (film de chevalerie asiatique) : nous avons ici affaire à deux hommes qui ont élevé l’honneur comme vertu à un tel niveau qu’il leur est impossible de faire machine arrière, tant pis s’ils doivent laisser de côté amour ou carrière. Mais à la différence du Wu Xia, Carradine et Keitel ne se soucient que d’eux-mêmes, ils n’ont pas la prétention d’être des justiciers.
Pourtant cette roue infernale va se briser, la vie leur fera découvrir des sentiments, des valeurs qu’ils pensaient avoir définitivement abandonnés.
Les Duellistes se montre alors comme un cheminement intérieur de deux hommes qui pensaient que leur vie n’avait qu’un seul but.
Film passionnant, habité par ces interprètes, épique, Les Duellistes est un chef d’œuvre par trop méconnu. Le mettre en pleine lumière n’est alors que justice.
« Les Duellistes » de Ridley Scott. Avec : Harvey Keitel, Keith Carradine, Albert Finney. Distribué par : Solaris Distribution. Durée : 01 H 35.


























Je n’en avais jamais entendu parler de celui-ci. Je vais me laisser tenter, surtout si tu le place au dessus d’Alien et Blade Runner…
Je sais que l’on a pas spécialement les mêmes goûts mais je te le recommande plus que chaudement. C’est vraiment un film épique sur la conception de l’honneur dans un cadre historique (les guerres napoléoniennes) que j’adore
J’ai l’impression que c’est un peu le genre “Soulcalibur” mais en film!!! lol!
Je n’ai pas vu le film – ce que je déplore – mais sur le coup (il suffit de voir la première photographie) que Kubrick ait beaucoup influencé Scott !
C’est pas compliqué si tu aimes (comme moi) Barry Lyndon, il est clair que tu dois voir ce film
Oui, il va falloir que je le dégote.