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Aliens, le retour de James Cameron (1986) par Tootsif

SOS D'UN COLONIAL MARINE EN DETRESSE

Après 57 ans de dérive dans l'espace, Ellen Ripley est secourue par la corporation Weyland-Yutani. Malgré son rapport concernant l’incident survenu sur le Nostromo, elle n’est pas prise au sérieux par les militaires quant à la présence de xénomorphes sur la planète LV-426 où se posa son équipage… planète où plusieurs familles de colons ont été envoyés en mission de "terraformage". Après la disparition de ces derniers, Ripley décide d'accompagner une escouade de marines dans leur mission de sauvetage... et d’affronter à nouveau la Bête.

Comme je l'avais précédemment dit dans l'excellente critique de Retour vers le Futur 2 (oui un peu d'autosatisfaction ne fait jamais de mal à l'égo) dont notre excellent patron aura l'intelligence de mettre le lien (et un peu de léchage de bottes ne fait jamais de mal pour être dans les petits papiers du boss des lieux), une bonne suite (commercialement parlant) se doit de reprendre les éléments qui ont fait le succès de son illustre aîné.

Dans le cas d'Alien, qu'est ce qui a fait le succès du film ? Une grosse bébête qui fait flipper et un équipage (où chacun des membres a ses propres caractéristiques) qui se fait dézinguer dans un huis-clos oppressant.

Donc pour que la suite réponde correctement au standard d'une suite hollywoodienne, il faut donc donc plus de bébètes (avec plus de temps de présence à l'écran), plus de dézingage de chair à canon flippé et stéréotypé et naturellement un affrontement entre l'Alien et Ripley, celle-ci étant devenu le symbole, pour finir le film.

Et bien dans Aliens, le Retour, il y a effectivement tout ça comme si on assistait à une version sous stéroïdes du premier film.

Ainsi le pauvre petit Alien esseulé du premier opus, laisse la place à tout une colonie qui a justement ravagé, ben euh, tout une colonie (comme quoi les choses sont bien faites) et qui a décidé pour le 4 heures de se bouloter tout un bataillon de marines bien trop sûr de lui.

Car du côté de la chair à canon, là aussi on dynamise le genre : notre pauvre petit équipage du 1 composé de mécanos, cuistots et pilotes laisse ainsi la place à un bataillon de soldats dont le sort sera, malgré leurs gros fusils et leurs vannes à 2 balles tout aussi funeste.

Et, tout comme dans le premier épisode, la poignée de héros se doit d'être suffisamment caractérisée pour répondre aux codes du genre et que chaque spectateur puisse trouver le personnage qui lui ressemble. Donc ici, outre Ripley (je reviendrai plus tard sur son cas), on a le droit à une gosse débrouillarde, un androïde placide, le vil lâche,le chef inefficace mais qui fera preuve de courage au final, la soldate forte en gueule et adepte des gros flingues (personnage que reprendra Cameron avec le rôle de Michelle Rodriguez dans Avatar, mais bon c'est pas le seul emprunt d'Avatar à Aliens, le Retour), etc, etc.

C'est cliché mais diablement efficace grâce aux punch line bien senties que s'envoient les personnages.

Donc plus de bébêtes et des marines en face, on est en droit de s'attendre à de la grosse fight. Surtout que ces derniers bien sûrs d'eux et armés jusqu'au dents ne demandent qu'à en découdre. Aliens ne serait il donc qu'un bête actionner oubliant l'aspect tension du 1 ?

Et bien, si effectivement on a le droit à quelques confrontations d'anthologie (dont un combat final à coup de mécha, tiens, un autre élément que reprendra Avatar) tranchant ainsi radicalement avec le premier, Cameron n'oublie pas l'héritage d'Alien puisque nos braves space marines sont rapidement décimés et seuls quelques membres arrivent à se carapater.

Et, alors que dans le premier opus notre brave (mais pas costaud pour un sou) équipage flippait sa mère et se faisait laminer par un seul Alien, là c'est devant tout une tripatouillée qu'il faut tenir donc ici la flippe est d'autant plus grande !

Surtout que le père Cameron sait s'y prendre pour faire monter la tension. Entre la reprise des fameux détecteurs de mouvement qui bipent de partout alors qu'on ne voit rien à l'écran, les couloirs obscures et étouffants, les portes à sceller à toute berzingue sous peine de mort instantanée et surtout la séquence des robots mitrailleurs, la tension est permanente.

Donc Aliens, le retour suite sous stéroïdes diablement efficace d'Alien, le 8ème passager ?

Affirmatif mon colonel, mais pas que !

Car c'est là, toute l'intelligence de ce film. S'il reprend avec brio et plus de rythme la formule du premier épisode, il y incorpore suffisamment d'éléments pour avoir une identité propre et apporter sa contribution à la mythologie Alien.

La plus évidente de ces contributions est naturellement la Reine. Belle, terrible, majestueuse, elle participe grandement à la fascination que l'on éprouve vis à vis de l'Alien, créature pourtant ô combien mortelle.

Et, plus fin et peut être moins perceptible, il y a l'évolution du personnage de Ripley.

En effet, alors que cette dernière subissait les évènements dans le premier opus, et même si cela semble encore être le cas dans celui-ci au départ, la fin du film voit Ripley prendre les choses en mains, devenir une véritable soldate prête à se battre.

Si cette aspect guerrier de Ripley était un peu esquissé dans Alien motivé qu'elle était par le fait d'assurer sa propre survie, une tout autre cause en est ici à l'origine, faisant ainsi que cet aspect guerrier est maintenant au service des autres et non de sa propre personne.

 

L'origine de ce changement radical chez Ripley ? Une simple petite fille, Newt. Cette dernière devient l'élément moteur des choix de Ripley et de son affirmation en tant que soldat.

Car en découvrant Newt, Ripley voit ressurgir en elle un instinct maternel qu'elle croyait définitivement disparue, elle fera donc tout pour cette petite fille, pour ne pas la perdre et la voir grandir, chose qu'elle n'a pas pu faire avec sa propre fille. Cependant pour cet éclairage nouveau sur la personnalité de Ripley, il faut regarder la version longue du film qui, dans son début, nous apprend que pendant ses plus de 50 ans d'errance dans le vide intersidéral sa fille qu'elle n'avait plus vu depuis ses 10 ans est décédée.

C'est donc une Ripley qui reporte sur Newt ce qu'elle n'a pas pu vivre avec sa fille. La scène où Ripley couche Newt est ainsi très poignante, faisant entrer de l'amour et de l'espoir dans une situation qui en semble dépourvue.

Alors quand celle-ci lui est enlevée, Ripley qui ne pensait alors qu'à survivre décide de se battre pour ne pas connaître une deuxième fois le sentiment d'abandonner son enfant.

 

Ainsi derrière son allure de suite épique, Aliens, le Retour ne néglige pas la dimension humaine, faisant ainsi penser à L'Empire contre-attaque, qui reprenait avec brio la formule de Star Wars, Un nouvel espoir, tout en y ajoutant une dimension humaine plus profonde.

Et c'est pour moi le compliment ultime.

 

« Aliens, le Retour » de James Cameron. Avec : Sigourney Weaver, Lance Henriksen, Michael Biehn, Bill Paxton, Paul Reiser. Distribué par 20th Century Fox. Durée : 02 H 17 (version courte) – 2 H 34 (version longue).

Aliens, le retour (1986) (Bande annonce) par Fantastic-Films