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The Prodigies d'Antoine Charreyron (2011) par Tootsif

VOUS N'ETES PAS SEULS.

Imaginez-vous doté d’une intelligence surhumaine, du pouvoir de contrôler les autres par la force de l’esprit, de les transformer en marionnettes dépourvues de volonté, obéissant à vos ordres les plus fous… Ce don fascinant et terrible Jimbo Farrar le connaît bien car depuis son enfance, il le possède. Brillant chercheur à la tête de la Fondation Killian pour enfants surdoués, très amoureux de sa femme Ann, Jimbo n’a qu’un but : trouver d’autres prodiges comme lui. Il imagine alors un jeu en ligne d’une complexité extrême et finit par découvrir cinq adolescents qu’il décide de réunir à New York. Conscients de leur différence, isolés et incompris, ces prodiges se retrouvent un soir à Central Park. Enfin, ils ne sont plus seuls. Mais ils sont alors sauvagement agressés et leur destin bascule.

L'animation actuelle m'emmerde !

Voilà, c'est fait, c'est dit !

Entre les Pixar qui ont le cul entre 2 chaises en n'allant pas jusqu'au bout de leurs intentions à chaque fois, les Age de Glace et Shrek à l'humour lourdingue et sans scenar et une production japonaise bien loin de sa gloire passée (Où sont passées les prises de risque comme Akira, Ghost in the Shell ? Le studio Ghibli retrouvera t'il sa poésie ?), ça fait bien longtemps que j'ai décroché, le genre ne répondant plus à mes espoirs et mes attentes cinéphiles.

Dans ce marasme ambiant, seul la production française par le biais du polar Renaissance avait trouvé grâce à mes yeux malgré nombre de défauts. Ainsi, l'annonce de la mise en chantier d'un nouveau film d'animation où l'on retrouvait les scénaristes de ce dernier m'a fait m'intéresser au cas The Prodigies, surtout qu'il semblait que là aussi il y avait de faire de l'animation sur un sujet mature avec un traitement qui sort de l'ordinaire.

Et ces intentions de faire de l'animation différemment sont belles et bien présentes dans The Prodigies.

Déjà par le sujet choisi. En s'attaquant (très librement au niveau de l'histoire, mais très fidèlement au niveau de l'esprit) au formidable livre La Nuit des Enfants Rois de Bernard Lenderic (dont je vous recommande plus que fortement la lecture, Charreyron (le réal, ex-créateur de cinématiques pour Tomb Raider) et ses 2 acolytes au scénar (De la Patellière et Delaporte, les scénaristes de Renaissance) nous livrent une histoire mature à mille lieux de la production d'animation actuelle.

Alors, certes le script est parfois bancal avec une intrigue très concentrée (avec des personnages secondaires sous exploités) qui n'évite pas certains raccourcis et une sensation de trop plein (de noirceur, de violence, d'idées), comme si Charreyron avait peur de ne pas pouvoir tout mettre, que renier une seule de ses idées équivalait à renoncer à son âme, mais tout cela n'enlève rien à la puissance et à l'émotion qu'il provoque !

Cette volonté de nous raconter une histoire sans concession, d'une incroyable noirceur est comme une bouffée d'oxygène dans l'univers aseptisé des productions d'animation actuelles.

Voir comment la destinée de 5 super-enfants, qui auraient pu changer positivement le monde, vont finalement se liguer contre ce dernier à la suite d'un événement tragique (un viol dont la sauvagerie va faire ressortir toute la colère et la frustration qu'ils contenaient jusque là) vous prend pour ne jamais vous lâcher.

D'autant que la mise en scène de Charreyron se met au diapason du récit pour nous livrer des idées graphiques tout aussi inventives (les adultes menaçants perçus comme des monstres par les enfants, la mise en scène des meurtres....) que sublimes dont le point d'orgue est la scène finale où les divers protagonistes se battent à coup de « pantins » interposés.

 

The Prodigies est donc un film terriblement excitant, dont, hélas, je suis ressorti frustré !

Pourquoi ? Parce que toutes ces bonnes intentions sont parasitées par une technique plus que défaillante qui fera que nombre de spectateurs passeront leur chemin dégoutés qu'ils seront par la laideur du résultat technique.

En effet, le résultat graphique est en effet à mille lieux de la perfection atteinte par les artistes de Pixar (en même temps c'est pas le même budget ni le même temps de développement) et pour pleinement s'immerger dans l'histoire il faudra que le spectateur passe outre un clipping (c'est à dire des éléments de décors qui apparaissent d'un coup) très présent, des animations faciales souvent désastreuses, des collisions d'éléments assez spéciales (des parties de personnages traversent les décors) et malheureusement la liste est encore longue.

Excitation et frustration sont donc les 2 éléments qui ressortent à la vue de The Prodigies.

Et, pour moi, le premier l'emporte largement sur le second, tellement je suis heureux de retrouver un film d'animation « différent » où transparaît nombre de fois, à travers certains plans ou idées le fantôme de Akira et des X-Men (en visionnant juste derrière X-Men : le commencement, dont l'ami Flow a fait la critique ici, c'est fou comme je n'ai pu m'empêcher d'établir une comparaison entre les 2 tellement ils sont proches sur des thèmes comme le sentiment de solitude d'individus se sentant hors-normes et la joie de se rendre compte que l'on n'est plus le seul, sur la difficulté, sur l'acceptation de soi et des différences....), ainsi qu'une histoire et une réalisation qui ne fait pas de concessions (outre graphiques) pour porter son récit.

Alors faites un effort pour passer outre les errements techniques et vous découvriez un film noir, profond, violent qui est une vraie prise de risque (réussie) qui nous sort pendant 1 h 27 du brouillard du reste de la production d'animation et du reste de la production française.

 

« The Prodigies » d'Antoine Charreyron (2011). Avec les voix de : Mathieu Kassovitz, Féodor, Atkine. Distribué par Warner Bros. Durée : 01 H 27.