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Les Dents de la Mer de Steven Spielberg (1975) par Tootsif

COMME UN POISSON DANS L'EAU.

A quelques jours du début de la saison estivale, les habitants de la petite station balnéaire d'Amity sont mis en émoi par la découverte sur le littoral du corps atrocement mutilé d'une jeune vacancière. Pour Martin Brody, le chef de la police, il ne fait aucun doute que la jeune fille a été victime d'un requin. Il décide alors d'interdire l'accès des plages mais se heurte à l'hostilité du maire uniquement intéressé par l'afflux des touristes. Pendant ce temps, le requin continue à semer la terreur le long des côtes et à dévorer les baigneurs...

A film culte, critique culte ! (et ouais je me la pète, et je vous emmerde !) Et pour cela votre humble serviteur n'a pas hésité à mettre sa vie en péril en partant à la pêche 'et c'est vraiment le mot) à l'interview. Pour cela il m'a fallu prendre l'avion direction l'Australie puis de là-bas faire 2 heures de bateau pour rejoindre la grande barrière de corail.

Et c'est ainsi, qu'après moults vomissements dus à un mal de mer apocalyptique, une tronche de déterré à cause du décalage horaire, que j'arrivais sur les lieux de mon futur entretien.

Et, oui, c'est ici, au milieu de nulle part que tout allait se passer. Mais, avant cela il me fallait encore enfiler une combinaison de plongée et me glisser à l'intérieur d'une cage d'acier avant d'être expédié par 20 mètres de profondeur.

Car c'est dans ses conditions et, ici, au milieu de la famille à Némo et des connards de surfeurs australiens (dont il fait régulièrement son quatre heure) que m'attend notre star du jour, Bruce.

Non, pas le Bruce qui dirige ce blog, mais l'un des Bruce les plus célèbres de l'histoire du cinéma (avec Bruce Lee et Bruce Campbell), je veux dire Bruce, le requin des Dents de la Mer, véritable machine à tuer de 7 mètres de long et de plus de 2 tonnes qui compte tout une tripotée de dents longues comme ma main.

Et c'est pas très rassuré, et surtout après m'être dument assuré que ce dernier avait déjà bien bouffé, que notre interview put commencer.

(cette interview ayant eu lieu par 20 mètres de fond il est assez difficile de communiquer, (encore plus avec un bestiau qui se demande à chaque instant quel goût vous pouvez avoir) mais pour votre compréhension voici ma traduction des "propos" de Bruce)

 

Tootsif : Bonjour Monsieur Bruce ça fait plaisir de rencontrer une telle légende. D'ailleurs ça vous fait quoi d'être une légende ?

Bruce : Légende ? Pourquoi une légende ?

Tootsif : Ben vous avez joué dans un film devenu culte, et qui en plus d'avoir engendré une tripotée de suites et une flopée de clones est aussi à l'origine de la mode des blockbusters estivaux, bref du lourd quoi !

Bruce : ouais enfin bon tu sais (et oui Bruce a tendance à tutoyer tout le monde, a priori c'est pour créer un lien avec sa future victime) dans ce film je me contente de faire mon job

Tootsif : que vous faites franchement bien d'ailleurs. Les différentes mises à mort, c'est de vous ou Spielberg ?

Bruce : Là je dois avouer que c'est là que l'on voit que Steven avait déjà tout d'un grand à l'époque.

Moi, personnellement, je partais dans l'optique de bouloter à toute berzingue tout ce qui passait à portée de mâchoires, mais Steven m'a dit que ce serait contre-productif, que cela atténuerait la portée de mes attaques et en ferait un bête film gore.

Alors je l'ai écouté, j'ai alterné entre attaques brèves et violentes, pièges fourbes, jeux avec la victime....

Tootsif : Ouais j'adore quand avec la première baigneuse tu la trimballes

Bruce : Merci mec ! Je peux te dire que c'était pas facile car j'avais qu'une envie c'était de me goinfrer et de faire une marre de sang et Steven m'a convaincu de ne pas le faire, pour garder la tension sur cette menace sous - marine (c'est à dire moi).

Enfin donc j'alterne mes attaques et surtout je surprend, je ne suis là où l'on ne m'attend pas, pour que la tension soit permanente, pour qu'on sache à chaque instant qu'un danger rode et qu'il peut frapper à tout moment ou pas !

Tootsif : ouais, c'est cool ça évite franchement au film de devenir routinier et surtout le fait que l'on ne fasse qu'au mieux vous entrapercevoir pendant une grande partie du film, ça laisse ce ôté mystérieux....

Bruce : ouais enfin bon, là je te coupe, j'aurais bien voulu être plus présent à l'écran (et les producteurs aussi) mais Steve estimait que je jouais vraiment trop mal et que cela gâchait le film donc il a décidé qu'on devait me voir le moins possible.

Au fait, là j'ai comme un petit creux, tu veux pas me filer un ptit bout de ta jambe

Tootsif : Heu, non, tu sais ça me sert encore donc j'aimerais bien la garder un petit peu si ça t'ennuie pas. Mais si tu veux, j'ai une boîte de sardines de bretagne !

Bruce : Ouais merci, mec. Tu sais parler de tous ses souvenirs ça me donne faim.

Tootsif : Pas de problème mec !

Bruce : Bon on en était où ?

Tootsif : Tu me disais que Spielberg, conscient de la pauvreté de ton jeu d'acteur, n'y voit pas une offense hein, a donc transformé une faiblesse en une force ! Un peu comme Milius et Cameron ont fait avec Schwarzie !

Pourtant dans la dernière partie il revient sur cette idée, pourquoi ? Tu voulais qu'on voit plus ta sale trogne à l'écran ?

Bruce : Non du tout, j'ai bien conscience que je pourrais jamais jouer du Shakespeare et que j'ai pas la gueule de Brad Pitt donc ça me convenait bien d'être dans l'ombre, de planer sur le métrage mais les producteurs ont tanné le pauvre Steven pour que l'on me voit car les spectateurs attendaient ce moment...

Tootsif : ouais on attendait ce moment mais quand même quoi, excuse moi ton attaque final c'est un peu nase ! On a d'abord une partie sympa où tu te la joues Moby Dick avec le bateau (et Quint est ton capitaine Achab, encore plus quand il raconte l'origine de sa haine envers les requins) quoiqu'un peu longue (le coup des bouées ça va bien 5 minutes) et puis après quand tu boulottes le bateau c'est vraiment n'imp et enlève...

Bruce : en parlant de boulotter, t'es vraiment sûr de pas vouloir me donner un bout de jambe ? Non parce que tu sais tes sardines, c'était sympa mais c'est qu'un amuse-gueule. Et puis il t'en restera toujours une et on fait de chouettes prothèses maintenant !

Je connais un surfeur à qui j'ai gobé la guibole et qui a eu quelques années après une médaille d'or aux jeux paralympiques !

Tootsif : Ouais......Mais.....Euh.....Non. Tu vois je l'aime bien ma jambe, je la connais depuis que je suis né donc à force je m'y suis attaché? Je crois qu'il me reste un Mars au fond d'une des poches de ma combi

Bruce : bon ben je m'en contenterai

(Bon comme j'ai pas spécialement confiance dans l'énergumène j'ai balancé le Mars à travers les barreaux de la cage, j'avais pas spécialement envie d'y laisser un bras. Dans tous les cas voir un requin mécanique bouffer un Mars restera un événement marquant)

Tootsif : on peut reprendre maintenant ?

Bruce : ouais, ouais, c'est bon

Tootsif : Bon où j'en étais ? Ah ouais ! Je disais que le final enlevait quand même beaucoup de la tension du métrage et était même assez kitsch. Ça t'a fait quoi de « mourir » comme ça ?

Bruce : bof tout ça c'est le business ! C'est clair que ça manque d'intensité et que c'est un poil ridicule mais bon qu'est ce que tu veux c'était mon 1er film, j'avais pas mon mot à dire et j'étais déjà bien content de pouvoir manger à l'oeil.

Tootsif : En parlant business les suites t'étais obligé de les faire, vlà le niveau ?

Bruce : Ouais je suis pas fier mais je me suis fait avoir par les studios lors de la signature de mon contrat pour le 1er film ! Y avait une de ces putains de clauses écrites en tout petits caractères qui stipulait que si le film marchait bien, j'étais à la disposition du studio pour autant de suites qu'il le désirait.

Mais bon je me suis vengé après en attaquant 2-3 pontes des studios lorsqu'ils passaient leurs vacances sur des yachts

(si vous avez jamais vu un requin sourire c'est assez flippant je dois vous dire : vous voyez une mâchoire qui pourrait vous broyer et s'entrouvrir pour dévoiler de charmantes quenottes aussi grosses que ma tête. Flippant je vous dit)

Tootsif : Et parmi les clones et émules t'as une préférence ?

Bruce : Bon, faut dire que Hollywood a fait dans la diversité ! Entre les crocos, les piranhas, les serpents, les abeilles, les fourmis. Ah putain les fourmis tueuses ça ça m'a bient fait marrer !

Mais bon j'ai toujours une préférence pour mes confrères donc Peur Bleue est mon chouchou.

Tootsif : Choix étonnant. Ben écoute merci Bruce pour le temps que tu m'a accordé, c'était vraiment sympa.

Bruce : Pas de quoi, petit ! Ça fait plaisir de parler du bon vieux temps. On se serre la main avant de se quitter ?

Tootsif : Euh, je veux pas paraître impoli mais je vais refuser, tu m'en veux pas ?

Bruce : Non, non pas de problèmes. C'est vrai que le dernier journaliste à qui j'ai proposé ça y a laissé son bras. Je sais pas un réflexe.

Et c'est sur ses derniers mots que ma cage pris le chemin de la surface, non avec un soulagement certain. Pas que l'ami Bruce ne soit pas sympa mais on ne sait jamais quand il vous regarde s'il n'a pas une arrière pensée culinaire qui lui traverse l'esprit.

« Les dents de la mer » de Steven Spielberg (1975). Avec : Roy Scheider, Robert Shaw, Richard Dreyfuss. Distribué par CIC. Durée : 02 H 04.