Interview: Marc-Henri Boulier (Réalisateur)
A La Pellicule Brûle nous sommes parfois cons (si si c'est vrai!!) et franchement pas pros pour deux sous (c'est encore vrai!!) mais comme l'avait écrit Audiard pour "Les tontons flingueurs": "Les cons ça ose tout. C'est même à ça qu'on les reconnaît". C'est ainsi que nous avons décidé de faire des interviews sans prise de tête de ceux qui font le cinéma qu'ils soient en devenir, confirmés ou morts...Ah non!! C'est pas possible ça!!
Ainsi, après avoir été emballés par son court-métrage "Tous les hommes s'appellent Robert" (une histoire de chasse lorgnant vers le cynisme, le survival et le paradoxal. Le teaser est en fin d'interview!!) qui a reçu le prix Coup de Cœur du Jury au Bloody Week-End, nous avons décidé d'interviewer le réalisateur Marc-Henri Boulier (sur la photo ci-dessus: le seul homme refusant de porter une casquette sur le tournage!!) qui, non content d'avoir du talent, s'avère être un de mes compatriotes du Nord-Pas-de-Calais. N'en jetez plus, la cour est pleine!!
-Salut Marc-Henri. Avant de parler de ton court-métrage "tous les hommes s'appellent Robert" pourrais tu nous dire ce qui t'a poussé vers le monde du cinéma et quelles sont tes influences cinématographiques?
En fait je pense que j’ai toujours voulu faire ce métier, d’aussi loin que mes souvenirs reviennent. J’ai d’ailleurs l’habitude de raconter cette anecdote : A l’âge de 3 ans j’ai vu « King Kong » à la télévision (la version de 1933). C’était je pense le premier film que je voyais de ma vie et j’ai dit à mes parents que je voulais faire ça plus tard. Même si je pense qu’à l’époque, je voulais surtout faire King Kong comme métier (rires) Mais je suis né au milieu des années 70 et je pense que mes goûts ont beaucoup dépendu de ce que j’ai pu découvrir à la télévision et au cinéma, étant enfant.
Sans vouloir jouer au vieux con passéiste, c’était quand même une époque formidable : A la télé, j’ai grandi en voyant des films comme le premier « King Kong » donc, toute la série de film « La planète des singes », des films de SF comme « Soleil vert », « Génération Proteus », « Ces garçons qui venaient du Brésil » ou des tonnes de vieux classiques comme les Frankensteins, les film de la Hammer ou la SF des années 50. Au cinéma c’était les Star Wars, Indiana Jones, ou toute la série des « Y a t il… ». Ensuite, le fait d’avoir une sœur de huit ans mon aînée et des parents assez branchés ciné m’ont permis de découvrir des films que je n’aurai pas forcément dû voir à un très jeune âge comme les films de Jacques Tati, les Marx Brothers ou toutes les comédies musicales de la MGM (Chantons sous la pluie, un américain à Paris etc…).
Et donc, et puisque tu parles d’influences, je pense que tous ces films m’ont nourri. Même si j’ai su très rapidement que ma passion allait en priorité pour le cinéma de genre, je pense être à la base un fan de cinéma tout court. Ce n’est que plus tard grâce à la vidéo que je devais voir les film de Romero, les « massacre à la tronçonneuse » etc.. parce que, lorsque tu t’intéresses à un genre, tu as envie de voir tout ce qui se fait ou tout ce dont tu as entendu parlé, mais ces films n’ont jamais eu le même impact que tout ceux que j’ai pu te citer avant. Mes influences sont donc assez multiples.
-Au niveau de ta formation es-tu passé par la case "école" ou par la case "autodidacte"?
Un peu les deux en fait : Je n’ai pas fait d’école au sens propre du terme (j’ai dû tenter la Femis comme beaucoup de gens, mais j’y suis allé sans trop de convictions). Vers l’âge de 13 ans je voulais être maquilleur d’effets spéciaux et, étant plutôt doué en dessin depuis l’enfance, j’ai donc commencé par un bac arts plastiques pour acquérir de vraies bases en dessin et en sculpture. A cette époque (c’était quand même il y a 20 ans), les formations n’étaient pas très répandus et le travail dans ce domaine quasi inexistant dans notre beau pays. J’ai donc décidé de m’orienter vers la réalisation (d’ailleurs je ne sais pas où je suis allé pêcher l’idée que ça serai plus facile (rires)). J’ai trouvé une fac d’arts plastiques ayant une option en audiovisuel, ce qui me permettait de faire la transition en douceur. Mais cela restait l’université, les cours étant très nombreux, plutôt basés sur la théorie et ce que j’ai pu voir en pratique ne me permettait pas vraiment de prétendre à trouver du travail sérieusement. Le reste, et tout ce que je sais aujourd’hui, je l’ai plutôt appris en regardant beaucoup de films (et pas vraiment les classiques recommandés par les écoles de cinéma) et en pratiquant par la suite sur les premiers tournages que je faisais.
-Jusqu'à présent combien de courts-métrages as tu à ton actif? Et quels sont-ils?
J’ai réalisé 3 courts métrages et le pilote d’une série courte. Mon premier « essai » s’appelle « La danse du crabe », où je n’étais que coréalisateur. C’était surtout une première expérience encore assez hésitante qui sent bon l’amateurisme et le manque de moyens, pas franchement une réussite. D’ailleurs je n’ai même plus de copie du film pour te dire. Je crois que l’autre type a dû essayer de l’exploiter sur son nom seul. Personnellement j’avais lâché l’affaire assez rapidement. Mais bon, on est jeunes, et c’est aussi à cela que servent les erreurs, à apprendre. Je devrais d’ailleurs arrêter de le considérer comme mon premier court « pro » puisqu’il au final il n’en est rien.
Ensuite vient « Fais-moi mal… » un pilote de série courte à l’humour assez absurde et décalé, pour le peu qu’on aime l’humour au quarantième degré. A l’époque, la cassette a commencé a circuler pile au moment ou « Un gars, une fille » a commencé à être diffusé et donc, j’ai commencé à être courtisé par plusieurs boites de prod qui ont vu là un moyen de se faire plein d’argent rapidement. Pourtant ça n’avait pas grand chose à voir enfin bref. Bien entendu, ça n’a rien donné, mais ça été une première occasion pour moi de me frotter au milieu professionnel et à ses petites cruautés… J’ai fini par donner une suite moi même à la série quelques années plus tard, pour en faire une série pour le web (d’ailleurs elle est toujours en ligne, mais je vous préviens c’est très très con). Ces deux premiers essais étaient plutôt orientés vers la comédie.
Mon court suivant « L’autre » était une première tentative, encore timide, de vouloir réaliser un film de genre : ayant suivi une formation artistique « sérieuse » et évoluant au milieu de gens ne jurant que par les grands classiques de la nouvelle vague ou des films dits « sérieux », j’avais je pense un peu honte parfois d’avouer que j’aimai le cinéma fantastique, la SF etc... Aujourd’hui j’assume totalement (rires) et c’est aussi au vu du résultat décevant de ce dernier court, que je décidé que mon prochain film serai un vrai film de genre, ce qui nous amène donc à « Tous les hommes s’appellent Robert ».
-Est-il difficile pour un jeune réalisateur de financer la réalisation d'un court-métrage et quels sont les organismes à qui on peut faire appel pour avoir un minimum d'aide?
Quand j’ai commencé oui. Aujourd’hui sûrement moins mais je n’en suis pas sûr. Faire un premier film peut devenir un vrai parcours du combattant : personne ne vous connaît et donc généralement les prods ne veulent pas prendre de risque sur le premier film d’un parfait inconnu. Maintenant les choses ont peut être un peu évolué ; aujourd’hui tout le monde peut avoir accès à la technologie et donc faire de premiers essais (et au moins avoir des choses à montrer, se faire une petite carte de visite) ; de plus il existe tout un tas d’aide pour des premiers films.
Sinon les aides restent toujours plus ou moins les mêmes : le CNC, les régions, les chaines de TV mais sans producteur derrière soi, impossible la plupart du temps d’avoir accès à tout cela. Certains se débrouillent autrement, en réussissant à glaner de l’argent à des mairies, des entreprises mais je pense que cela reste assez rare. Ou alors il faut vraiment être un très bon commercial pour réussir à embobiner tout ce petit monde (rires). Maintenant, il ne faut pas trop s’accrocher à une idée et ne pas avoir peur d’écrire des scénarii qui ne seront peut être pas tournés un jour. Il faut s’attendre à parfois en écrire dix pour en faire financer un seul. Mais ce n’est pas perdu pour autant : Déjà ça permet de travailler l’écrit et de s’améliorer (même si ça prend du temps) et certaines idées peuvent resservirent ailleurs. Rien ne se perd donc…
-Parlons maintenant de "Tous les hommes s'appellent Robert". L'idée du scénar' vient-elle de toi et combien de temps s'est-il écoulé entre l'idée et la finalisation du projet?
Oui l’idée est de moi ; je suis toujours étonné d’ailleurs par quel cheminement passe parfois l’inspiration : En octobre 2005, je travaillais sur un scénario bien plus ambitieux et bien plus complexe sur lequel je buttais (et que j’ai abandonné depuis) et cette idée toute simple est arrivée comme ça, comme sortie de nulle part. Je revenais d’un week end sur la côte avec ma compagne de l’époque et sur le trajet, je regardais le paysage défiler devant mes yeux (j’étais passager je précise) lorsque j’aperçu un petit groupe de chasseurs stationné près d’un de ces grands pilonnes électriques, planté en rase campagne. Et assez rapidement tout s’est mis en place dans mon esprit. La rédaction a d’ailleurs été assez rapide elle aussi.
Par contre de l’idée à la finalisation, il s’est presque écoulé 5 ans ; l’histoire est longue c’est donc pourquoi je vais faire la version courte : J’avais contacté un maquilleur SFX que je connaissais et qui se désista un peu malgré lui du projet ; une année s’était déjà écoulée. Je repartis donc à la recherche d’un maquilleur, recherche qui dura presqu’un an de plus. Je devais rencontrer Jérémy Caravita fin 2007, qui lui, tomba vraiment amoureux fou du projet et qui voulait démarrer très rapidement la prépa. Mais je n’avais ni argent, ni équipe, ni producteur ; je lui promis donc au départ un storyboard pour au moins commencer un peu à visualiser le travail ; je trouvais un storyboarder qui me permit de rencontrer Anaïs Bertrand qui a produit le film.
Ensuite se sont enchainés une série de mois où personne n’arriva à se rendre disponible en même temps que les autres : Anaïs, qui travaillait à l’époque comme chargée de production en effets numériques chez Duboi s’occupait de quasi tous les longs métrages de la société (les deux « Mesrine » notamment qui occupant une grande partie de son temps) ; en septembre 2008, enfin libre, elle voulut commencer la production du film mais à ce moment là, Jérémy partit six mois en Argentine sur le tournage de « Lucky Luke », pour ne revenir qu’en janvier 2009. A partir de là les choses se sont enchainées très vite : dossier de financement en mars, commission en région et avis favorable en juin, prépa sur aoùt-septembre, préachat TV en octobre et tournage dans la foulée, pour finir par la post prod qui s’étendit jusqu’avril 2010. Donc tout cela nous donne à peu près cinq ans. Heureusement qu’à la base je voulais faire un film simple avec peu d’acteurs et en décors naturels (rires).
-Avec une telle histoire on sent une certaine envie de dénoncer cette "belle tradition" qu'est la chasse. Serais-tu un ardent défenseur de la cause animale?
Et bien au risque de te décevoir, pas du tout. Bon, évidemment je ne suis pas un adorateur de ce « sport », mais je ne suis pas non plus un écologiste ultra radical. En fait le sujet était surtout prétexte à pouvoir réaliser un film fantastique avec des effets spéciaux et de sortir un peu du cadre de ce qui se produit habituellement dans ma région (le Nord Pas de calais) ; et puis ce sujet tombait bien, cela correspondait au film de genre que je voulais faire depuis un moment déjà.
Par contre, autant je n’ai jamais été très fan des chasseurs comme groupe socio-culturel, autant après ce tournage, mon opinion ne s’est pas vraiment amélioré, suite à notre petite mésaventure avec quelques uns d’entre eux : Quelques jours avant le tournage, nous avions déjà dû changer un décor, car nous savions, par le biais de l’Office National des Forêts, que les chasseurs du coin y seraient le premier jour des prises de vues. Malgré cela, et ce une heure après le début du tournage, nous devions tomber sur eux, pas franchement ravis de nous trouver là. Afin de calmer le jeu, nous avons donc été tourné un peu plus loin, dans un endroit que nous avons repéré en catastrophe.
Mais dans l’après midi, ils revinrent, un peu plus énervés et menaçants : le matin ils nous avait prévenu que tourner sur le site pouvait être dangereux, qu’ils pouvaient nous tirer dessus par inadvertance, ce qu’ils firent dans l’après midi, à bonne distance, afin de nous faire suffisamment peur sans prendre le risque de blesser quelqu’un. Finalement les choses se sont réglées à l’amiable, le soir, en leur payant une bouteille de whisky sur le budget régie du film. On ne les revit pas des quatre jours.
-Comme quoi alcool et chasseur ça rime finalement. Bon, sans trop en dire sur le film, et parce que j'ai vu la photo de ton Facebook, pourrait-on dire que l'anthropomorphisme te fascine?
Fascination est peut être un peu fort mais oui, je pense qu’on peut parler d’attirance, en tous cas je pense au niveau inconscient. En fait je pense que cela doit venir des films que j’ai vu étant enfant, que ce soit « King Kong » ou « la planète des singes » et qui ont dû me marquer bien plus que je ne l’aurai cru ; et ce genre d’images continue encore de m’attirer comme la pochette de « Recipe for Hate » de Bad Religion par exemple. Ah oui donc en effet on peut parler de fascination (rires). En fait je pense que ce qui me plait surtout dans l’anthropomorphisme est ce côté attirance/répulsion vers un être qui nous ressemble mais qui n’est pas vraiment nous, ce qui peut être à la fois fascinant en effet ou effrayant. Dans le même ordre d’idée je pense que c’est aussi pour cela que j’aime des films comme « l’invasion des profanateurs de sépultures » de Don Siegel ; la peur de l’autre…
-Une particularité de ton court est de ne contenir aucun dialogue et quasiment aucune musique. Un parti pris qui se révèle drôlement efficace mais pourquoi un tel choix?
Par goût personnel je crois en premier lieu (mes premiers courts sont sans dialogues également) : je dis toujours qu’une image remplace tous les longs discours, donc pas la peine non plus de faire des tartines de textes surtout pour ne rien raconter ou ne rien dire. Ensuite, il faut dire aussi que j’aime vraiment les dialogues bien écrits et je pense que jusqu’à présent je ne me suis jamais senti suffisamment bon pour rivaliser avec des dialoguistes que j’apprécie comme Kevin Smith par exemple ; je peux rester parfois bloqué plusieurs semaines sur un malheureux bout de phrase, n’estimant jamais suffisamment bien les idées que je pourrais avoir ; je pense que j’ai donc dû chercher un moyen inconscient de contourner le problème. Même si je me soigne.
Maintenant pour « Robert », il faut savoir que la phrase dite par la jeune femme était beaucoup plus longue sur le papier : nous l’avons d’ailleurs enregistrée telle qu’écrite, mais nous nous sommes tout de suite rendu compte au moment du mixage que ça ne fonctionnais pas. Nous avons donc simplement gardé l’essentiel et je pense que c’est beaucoup plus fort ainsi, et comme tu dis, efficace. Comme quoi, pas la peine d’en faire des tonnes.
Pour ce qui est de la musique, nous avions commencé un peu à travailler en amont du tournage sur quelle direction donner à celle-ci : avec mon compositeur habituel, Jérôme Gaillard, qui est aussi un vieil ami, nous ne voulions pas de musique symphonique qui n’aurait simplement fait qu’alourdir la narration. Il fallait donc être plus subtil que cela. Là dessus, Anaïs arrive en nous disant qu’elle ne voit pas de musique pour le film ou alors une musique qu’on « entend pas ». Simple à dire comme ça, mais finalement Jérôme a réussi à créer une sorte de bande sonore pas vraiment mélodique qui se fond assez bien avec le reste dans le mixage. Anaïs a tout de suite approuvé, et ta question prouve qu’elle avait raison : on a vraiment le sentiment qu’il n’y a pas de musique et pourtant sans elle, je pense que le film ne fonctionnerait pas aussi bien.
-J'ai une question plus personnelle à te poser: N'est ce pas une difficulté supplémentaire de faire galoper un mec à poil dans les bois, en plus par des températures qu'on imagine basses, pour faire ton casting? Parce que franchement je ne suis pas sûr que j'accepterais...(rires).
Moi non plus !!!! (rires) Plus sérieusement, voilà le parfait exemple de la distance qu’il y a entre l’écrit et l’image : lorsque l’on imagine une histoire et que l’on est assis à son bureau en train d’écrire, on a pas forcément conscience des conséquences à venir : lorsque j’écris « un homme nu court dans les bois » cela n’est que sept mots sur une feuille, cela reste abstrait. Par contre lorsqu’arrive le moment de passer au casting on commence à se dire « ah ouais, quand même… » et ensuite « et je vais devoir diriger un mec à poil ? » et là, les choses commencent à devenir affreusement concrètes (rires).
En fait j’avoue ne pas y avoir trop pensé jusqu’au moment il a fallu réellement rencontrer des candidats potentiels. Et pour ce qui est du casting à proprement parler, c’est l’un des mes amis, Michaël Fagnot, qui s’occupe de casting sur des téléfilms ou du long métrage qui m’a proposé de s’en occuper. Au départ bien entendu, j’étais un peu anxieux à cause la nudité, mais il m’a rapidement rassuré sur ce point, ayant déjà sélectionné par avance des comédiens pour qui cela n’aurait pas posé de problème. C’est lui d’ailleurs qui géra toute la partie organisation, appelant les comédiens, leur envoyant le scénario et les convoquant pour un entretien réparti sur deux sessions.
Maintenant pour ce qui est de la course, et du froid, il faut savoir que nous avions un peu anticipé l’un des problèmes : l’équipe des effets spéciaux ont en amont, moulé les pieds de Gwenaël, l’acteur principal, dans le but de lui fabriquer de faux pieds renforcés au niveau de la semelle, afin de lui éviter de se blesser en forêt. Non seulement c’est invisible à l’écran, mais visiblement c’était même assez confortable : Gwen ne les quittait plus, et vers la fin du tournage ils les préféraient à ses propres tennis lorsqu’il se rechaussait (rires).
Pour le froid, nous avions choisi de tourner en octobre pour avoir une atmosphère proche de celle décrite dans le scénario (temps gris, ciel bas etc…) ce qui implique forcément une température un peu basse. Pour te donner un ordre d’idée, nous portions tous des polaires, des doudounes, des bottes et Gwen était… nu. Quand j’y repense, le premier jour a été très dur pour lui. Mais il nous a dit plus tard que dès le premier soir, la sensation de froid était passée, le corps s’étant habitué. Il a vraiment été courageux, patient et ultra motivé. Il ne s’est jamais plaint. Malgré le froid et le fait qu’il doive jouer nu, c’était toujours le premier à plaisanter, toujours souriant et d’attaque, alors qu’on en avait tous marre en fin de journée à crapahuter dans les bois, dans la boue. Outre sa performance hallucinante, c’était aussi humainement réconfortant d’avoir trouver quelqu’un comme lui. Et c’était son premier film !!! (il vient plutôt du théâtre)
-Quel accueil a reçu ton court-métrage dans les diffèrents festivals où tu l'as présenté et cela t'a t-il ouvert certaines portes?
Très très bon, bien au delà de mes espérances d’ailleurs. Lorsque l’on fait un film, on souhaite toujours que celui-ci marche (et pour en avoir fait avant qui n’ont pas marcher j’en sais quelque chose), mais là j’avoue que je ne pensais pas qu’il y aurait eu un tel retour ; d’une part parce que le film tourne énormément en festivals de par le monde (nous en sommes à près d’un cinquantaine de sélections sur un an, dans 15 pays), mais aussi par les réactions du public qui sont toujours très positives. Celles-ci d’ailleurs varient d’un pays à un autre : le public français est très « respectueux », assez silencieux et « analytique » dans sa démarche, se contenant d’applaudir à la fin.
Dans certains festivals, le public rit au moment de la chute, d’autres non. Au Canada, le public est nettement plus indiscipliné, sifflant à chaque fois que Gwen apparaissait nu ou hurlant à chaque coup de feu (je te laisse imaginer la fin). Mais ils marchent à fond dans chaque film, comme s’ils vivaient ce qui se passait à l’écran ; c’est là bas aussi, à Montréal, que l’on m’a demandé à l’issue d’une projection si j’étais végétarien (rires). On m’a raconté qu’au Festival de San Sebastian en Espagne, le public s’est mis à hurler de la chute jusqu’au générique de fin. Bref c’est très varié. Par contre je pensais et j’avais fait ce film en priorité pour les festivals de genre ou de cinéma fantastique, mais il s’avère que le film est aussi, voire beaucoup plus sélectionné dans les festivals « tous publics » et justement le grand public l’aime vraiment beaucoup. Comme je te disais je ne m’attendais pas à un tel retour.
Par ouvrir des portes, tu veux savoir si ça m’a permis de trouver du boulot ? ou des contacts ?
-Oui c'est exactement ça...
En fait pas vraiment : Personne ne s’est battu pour m’offrir un super gros contrat ou me filer un long métrage clés en main (rires) ; le gros point positif est que depuis cette expérience, ma productrice, Anaïs Bertrand me suis maintenant sur mes prochains projets. Et le fait d’avoir pu suivre un peu le film en festival m’a permis de faire de belles rencontres. Sinon parmi les fans du film, nous avons Brian Yuzna, Neil Marshall qui a beaucoup aimé aussi mais le fan le plus « hardcore » doit être Patrice Leconte (oui le réal des « Bronzés ») (NDLR: Oh punaise!!!) qui est venu me voir à l’issue de la projection du festival où il était président du jury et qui a dû me dire pendant une dizaine de minutes à quel point il avait aimé le film. J’en suis resté sans voix (rires).
-Penses-tu qu'à l'heure actuelle en France un jeune réalisateur peut se faire une place dans le cinéma de genre?
Je pense qu’il est encore un peu tôt pour répondre à cette question. Finalement, et même s’il y a déjà eu des tentatives assez maladroites ou isolées par le passé, le cinéma de genre en France en est encore à ses balbutiements. Je compare souvent notre situation actuelle avec celle des Etats-Unis dans les années 70. Aujourd’hui c’est encore un peu « le bruit et la fureur », un peu comme ces groupes Punk Rock qui sortent un premier album : au début on a surtout envie ou besoin de cracher toute sa haine, sa rage et sa frustration à la face du monde. Par la suite, les choses s’affinent, on soigne les arrangements, la production aussi peut être, l’écriture sans doute, la fureur fait place à l’apaisement. Les « fans » de la première heure peuvent y voir comme une trahison mais c’est surtout l’évolution logique des choses.
Ce qui ne veut pas forcément dire vendre son âme ou s’autocensurer. Je ne sais pas si tu me suis ? Tout cela pour dire que pour le moment, le cinéma de genre français n’a donné naissance qu’à des « premiers films ». Aucun réalisateur n’a soit fait de second long métrage ou alors dans un pays ou un registre différent. Pour le moment, nous n’avons eu droit peu ou prou qu’a des « Survivals » (je parle uniquement de ceux ayant eu droit à une distribution en salles) ; Nous en sommes encore au stade de l’imitation appliquée et respectueuse.
Il faut maintenant que le genre français trouve sa spécificité, comme ont pu le faire les Japonais, les Espagnols ou en ce moment les Scandinaves, si on veut espérer qu’un jour nous soyons un pays réputé pour ses films fantastiques ou d’horreur, épouvante…. Dans quelques temps nous aurons droit à des histoires plus forcément basées sur le gore ou la torture mais sur des éléments fantastiques ou des histoires plus élaborées, plus construites; les choses ont commencé à évoluer un peu, il y a moins de sous « Massacre à la tronçonneuse » c’est déjà ça (rires).
-Quel regard porte tu sur des réalisateurs comme Aja ou Leterrier qui partent aux states?
C’est bien la preuve qu’il est encore trop tôt pour un français d’espérer faire carrière dans le genre en France non ?
-(rires).
En même temps le phénomène n’est pas nouveau et ne concerne pas que les films de genre, et je ne parle même pas de ces réalisateurs ou acteurs obligés de fuir le nazisme pour aller travailler aux USA. Dans les années 70, pourquoi Jacques Demy est il parti faire ses comédies musicales aux USA ? Peut être parce qu’il se sentait incompris ici ou tout simplement parce que c’était plus facile de travailler et faire ce qu’il aime dans le pays adéquat. C’est un peu la même chose aujourd’hui. C’est un échange de bons procédés en quelque sorte. Pour un Français, déjà c’est un peu une sorte de rêve que d’aller faire un film aux USA (peut être pas pour tout le monde, je ne sais pas) mais c’est surtout une façon de continuer à travailler dans son genre de prédilection.
Même si bien sûr au début on est un peu obligé de faire un peu ce qu’on nous donne, et pour les français (ou même d’autres européens, asiatiques etc..) ça veut dire maintenant faire des remakes. C’est aussi une façon de faire ses preuves avant de pouvoir espérer faire un peu ce que l’on veut. Maintenant concernant AJa ou Leterrier, je ne pense pas que ce soit une torture que de bosser sur les remakes de films qu’ils ont découvert ou aimé dans leur jeunesse. En tous cas si on me le proposait je pense que j’accepterais (rires) mais je pense aussi que j’essaierai de continuer à faire des films ici, histoire au moins d’essayer de faire en sorte que la sauce prenne en France. Il faudrait peut être que le succès de ces réalisateurs puisse servir à d’autres également.
-Retour à toi. Quels sont tes projets à moyens termes? Un long? Un autre court-métrage?
Comme je disais tout à l’heure, ma productrice me suis sur de nouveaux projets ; dans un premier temps j’aimerai beaucoup refaire un court métrage, même si faire mieux ou tout au moins aussi bien que « Robert » s’avère être un vrai challenge. Mais l’objectif pour elle, est de développer un long métrage. J’ai déjà une histoire, et j’en suis à la phase d’écriture d’un traitement avant de pouvoir attaquer la rédaction du scénario à proprement parlé. Tout cela reste donc de l’ordre du projet pour le moment. Un projet avancé certes, mais cela demande du temps et du travail. Et j’y travaille donc.
-Pour finir, as-tu un message à faire passer, quelqu'un à remercier ou quelqu'un sur qui tu veux cracher? Tu peux te lâcher tu es sur "La Pellicule Brûle"!!
Je pourrais remercier ma prod pour m’avoir fait confiance et suivi sur ce projet mais j’ai déjà dû le faire une bonne centaine de fois depuis qu’on se connais (rires) donc je crois que je vais en rester là pour le moment.
Après un coup de gueule, sans vouloir faire dans la langue de bois, en fait non. Je ne suis pas quelqu’un d’aigri ou de haineux, je suis même plutôt content de tout ce qui m’arrive et le contraire serait étonnant. C’est bien typiquement français ce besoin de toujours râler sur tout et n’importe quoi. Ah bah si le voilà mon coup de gueule (rires) : Français, arrêter de râler sur les choses, faites les !!! (rires).





























Et bine il en a des choses à dire le gaillard !!!! Vraiment sympa l’ interview (et le gars aussi apparemment).
Sinon je savais pas qu’ on ne pouvais pas interviewer les morts, je fais quoi avec celle de Delon?
Mais….il est mort Delon?
Bin oui regarde sa filmo voyons !!!!
Hé ben le monsieur est bavard ^^
ITw très interessante avec de jolies anecdotes de tournage et pas de langue e bois. Le mec semble bien sympa et dans tous les cas son court bien sympa donne envie de le suivre
Un personnage très intéressant en effet!! Je le remercie encore pour cette interview et la passion qui se dégage de cet entretien.
mon coup de cœur du bloody! très intéressante interview j’adore l’anecdote sur les chasseurs^^
C’est vrai que ça fait à peine cliché en plus!! lol!!
ça me rappelle le sketch des inconnus, il est des fois où la réalité surpasse les clichés ^^
y a une chance au fait qu’il soit visible un jour en entier sur le net ?
Petite réponse tardive : Alors, pour ce qui est de trouver le film sur le net, pour le moment, il est disponible sur VODmania (bon ok c’est payant et surtout c’est de la location) c’est aussi l’une des raisons principales pour laquelle le film n’est pas visible sur le net pour le moment. Ensuite, “Robert” tourne encore beaucoup en festivals, donc pour ce qui est de sa mise en ligne “libre” il faudra sûrement attendre la fin d’année 2012 (je pense, désolé…)
Et pour l’anecdote des chasseurs, elle prouve que les clichés ont la peau dure, car elle est malheureusement totalement vraie…
Et bien vaut mieux qu’elle soit tardive qu’inexistante!!
J’ai été voir le site en question et je trouve que les tarifs sont vraiment corrects (7 euros pour 18 tickets=6 à 9 courts et 15 euros pour 50 tickets=15 à 25 courts!!). Et puis je trouve ça normal que les courts soient “difficiles” d’accès car finalement tu tournes un court et puis y a quoi au bout financièrement parlant? Je sais que tu fais ça par passion mais quand même y a un moment où ton investissement financier “réclame justice”?