Master and Commander : de l'autre côté du monde de Peter Weir (2003) par Tootsif
C'EST PAS L'HOMME QUI PREND LA MER....
En 1805, le capitaine Jack Aubrey est une des figures les plus brillantes de la Marine Royale britannique. Son courage, sa ténacité, son sens tactique lui ont valu le respect et l'admiration des officiers et matelots du vaisseau de guerre Surprise.
Fidèle compagnon de ces aventures, le Docteur Stephen Maturin est son exact opposé. Chirurgien, chercheur et naturaliste passionné, son amour de la musique est son seul point commun avec Aubrey.
Ces deux hommes, si contrastés, n'en ont pas moins forgé de solides liens d'amitié. Attaqué par le navire français Achéron, le Surprise est gravement endommagé et perd une bonne partie de son équipage. Sourd aux conseils de prudence du chirurgien, Jack se lance à la poursuite de l'ennemi. Du Brésil aux Galápagos, en passant par les eaux traîtresses du Cap Horn, sa quête tourne bientôt à l'obsession...
L'univers du combat maritime est, après la période faste des films d'aventure et de piraterie (tel les Simbad) des années 60/70, peu à peu tombé en désuétude même si des films comme Pirates de Polanski, Waterworld le film post-apo foireux de Costner et le foireux L'Ile aux Pirates avec Geena Davis avaient par à coup tenté de faire revivre ces grandes aventures maritimes.
Ce qui est vraiment dommage car le thème est intéressant et est une véritable invitation au voyage, à l'aventure et pour faire des combats maritimes bien faits et bien....Ca le fait !
Et, en 2003 après des années de disette, deux films sur l'univers maritime ont débarqué. Et, si le premier, Pirate des Caraïbes zappe totalement l'aspect batailles navales, le second, Master and Commander, de Peter Weir, nous immerge au plein cœur de ces dernières.
Et, dès le début le ton est donné puisque le film commence tambour battant en nous plongeant au beau milieu d'un affrontement entre un navire anglais et un français. D'emblée on est ainsi pris par l'intensité de cet affrontement d'une grâce et d'une beauté, mortelle, sans pareille.
Peter Weir nous transporte en pleine partie d'échec maritime où chaque décision, chaque changement de cap a autant d'importance que les salves des canons, ces dernières n'étant que l'aboutissement des ballets millimétrés auxquels se livrent les deux équipages.
Et, c'est ainsi, sur cette splendide scène que le capitaine Jack Aubrey fait la rencontre avec celui qui deviendra à la fois l'objet de sa haine que de sa fascination, le navire corsaire français, l'Achéron.
Ces deux là vont alors se livrer à un jeu du chat et de la souris qui va les conduire des côtes du Brésil au Pacifique. C'est donc un souffle épique qui va nous transporter de l'autre côté du monde pour assister à cette course poursuite haletante.
Haletante, car l'équipage du capitaine Aubrey aura fort à faire entre des éléments tantôt déchainés (avec un passage du mythique Cap Horn juste dantesque) tantôt bien trop apaisés (le Pacifique n'a jamais aussi bien porté son nom) et un adversaire imprévisible.
Ce souffle épique qui traverse tout le film est aussi du au souci du détail, d'authenticité qui transparait en permanence. Jamais on a été plongé aussi prêt de la vie de marin, de sa dureté.
Mais, si Master and Commander est aussi puissant c'est parce qu'il va plus loin que le blockbuster costumé. Il y a dans le travail de Peter Weir une volonté de transcender le genre du film grand spectacle en abordant aussi des thèmes forts qui font qu'il doit tout autant au film d'auteur.
Car oui Master and Commander est bien un grand film épique mais ….pas que !
C'est aussi un film qui nous transporte dans un monde clos, où chaque rapport/acte est codifié et où le seul rapport entre les hommes semble être hiérarchique. Pourtant derrière ses relations a priori impersonnelles et déshumanisées, il y a de la place pour des liens plus profonds, plus forts.
Et c'est le cas de la relation entre le capitaine Jack Aubrey (Russell Crowe toujours aussi bon dans son rôle d'ours mal léché) et le médecin Stephen Maturin (exceptionnel Paul Bettany). Leur amitié semble totalement improbable. Entre Aubrey le marin à la vie codifiée totalement obnubilée par sa mission qui tourne à l'obsession (encore est ce vraiment seulement une mission pour lui) et Maturin, l'homme épris de liberté, de soif de connaissance, il y a comme un fossé entre les deux.
Et cette vie en totale autarcie ne va faire qu'exacerber leurs différences au point que leur amitié sera mise à mal. Mais devant l'âpreté de leur existence, chacun va se rendre compte des sacrifices qu'il impose à l'autre et ainsi mettre de côté ses rêves ou ambitions pour que survive leur amitié et que chacun puisse toucher à son rêve.
Ainsi, en plus d'être un brillant film épique, Master and commander est aussi l'histoire d'hommes unis par des liens forts qui dépassent le simple cadre d'autorité, bref du grand spectacle à l'échelle humaine.
« Master and Commander : de l'autre côté du monde » de Peter Weir. 2003. Avec : Russell Crowe, Paul Bettany, Billy Boyd, James D'Arcy. Distribué par United International Pictures. Durée : 02 H 14.



























