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Drive (2011) de Nicolas Winding Refn par Bruce Kraft

SLOW AND FURIOUS.

Un jeune homme solitaire conduit pour des truands la nuit et comme cascadeur le jour. Il possède un code de conduite propre: jamais armé, ne boit pas, ne fume pas. Au volant il est le meilleur. Shannon, son manager lui décroche tous ses contrats et propose un jour à Bernie Rose, un malfrat notoire, d’investir dans un véhicule pour que son poulain puisse briller sur les circuits de stock-car. Rose accepte mais impose son associé, Nino, dans le projet. Dans le même temps le pilote rencontre Irene et de son jeune fils et tombe amoureux pour la première fois. Malheureusement Irene est mariée et son mari sort de prison. Ce dernier doit effectuer un braquage pour s’acquitter d’une dette et le pilote décide de l'aider....

Primé au festival de Cannes 2011 pour sa mise en scène, Drive est le premier film de Refn dont il n'est pas le scénariste. Adapté d'un roman de James Sallis l'histoire de Drive avait été confiée en premier lieu à Neil Marshall (The Descent) qui se retira peu de temps avant le tournage, tout comme Hugh Jackman qui devait jouer le rôle titre (pour aller danser avec des chaises en buvant du Ice Tea!!). Une aubaine pour le projet?

Peut-être car c'est un fait, Refn est un excellent réalisateur même si ses deux derniers films avaient de quoi laisser songeur le cinéphile que je suis. Entre un Bronson ultra stylisé mais sans véritables enjeux et un Valhalla Rising mystique et hermétique par moments, bien que magnifiquement réalisé, il était difficile de savoir ce qu'allait nous pondre cette fois-ci le danois.

Alors? Et bien Drive est une réussite totale et sans appel. Refn marque un grand coup avec ce film qui prouve qu'il devrait peut-être laisser tomber ses pérégrinations mystiques ou pseudo philosophiques pour revenir à un cinéma réaliste et essentiel. Finies les mini-séquences clipesques de Bronson et les moments contemplatifs presque chiants de Valhalla Rising, Drive s'inscrit dans la veine de la trilogie Pusher avec, cette fois-ci, une production hollywoodienne digne et toute en finesse.

Chaque plan est un petit bijou au service d'une narration limpide et peu orgueilleuse. Simplicité rime ici avec beauté même si Refn montre ses qualités techniques (des travellings avant et des close-up vraiment biens exécutés). La mise en scène devient alors un modèle d'efficacité (le cache cache avec les flics du début du film ou la scène du baiser dans l'ascenseur) qui donne une occasion unique aux acteurs de se lâcher. Un casting d'acteurs d'ailleurs rondement mené et dirigé avec un Ryan Gosling qui, grâce à une interprétation incroyable, donne à son personnage une aura et une classe rarement atteinte pour ce genre de personnage solitaire.

Un héros complexe qui possède une sérénité et une droiture toute personnelle (il travaille quand même pour des truands) ainsi qu'une violence intérieure s'échappant en de rares moments et tuant, quant il est au pied du mur, avec une rage non contenue (mention spéciale pour la hargne du pilote lorsqu'il doit exploser une tête à coup de pied). Refn doone alors une légitimité à la violence de son héros et lui donne même les attributs du super héros: il défend la veuve et l'orphelin, porte un masque et porte une veste flanquée d'un logo de Scorpion, ne possède pas de super pouvoir si ce n'est l'habilité extrême à la conduite. Un mec à qui on a envie de ressembler.

Allons plus loin même en disant même que ce mec redonne ses lettres de noblesse aux passionnés de voitures qui, dans 99% des films, passent pour des abrutis ne trouvant la jouissance dans leur voiture que lorsqu'ils roulent comme des tarés avec des voitures tunées à bloc. Ici, le pilote se contrefout de la vitesse et aime la voiture pour la voiture.

Le fan de Fast and Furious se trouvera donc fort dépourvu quand il s'apercevra que, hormis une scène de course poursuite, il n'est jamais ici question de vitesse mais simplement du sentiment de liberté que peut ressentir une personne en étant derrière son volant avec un bon CD dans la platine. Une sorte de philosophie semblable à celle des bikers.

Pour le reste du casting on retrouve, dans le rôle d'Irene, Carey Mulligan (qui a joué dans le très touchant Never Let Me Go et qui est fan de Bronson et donc de Refn!) qui impose son minois et son naturel déconcertant. Mulligan, avec ce rôle, s'impose  sérieusement comme une des meilleures actrices du moment (faut dire que c'est un peu la dèche de ce côté là actuellement) tant elle offre d'émotions. Refn filme alors, grâce à ce couple d'acteurs, des scènes d'une tendresse rare et d'une simplicité hallucinante sans (parfois) aucun dialogue.

Ceci dit Drive n'est pas qu'une histoire d'amour et nous balance sans complaisance dans l'univers (cher à Refn) violent des truands avec ses coups foireux, ses règlements de compte et ses gueules atypiques. Ron Perlman (Hellboy, Sons of Anarchy) en chef de gang juif cabotine dans le bon sens, Bryan Cranston (le père dans la série Malcolm) en garagiste raté et Albert Brooks en ancien producteur véreux trouvent bien leur place. L'intrigue se met en place au fur et à mesure et offre même un rebondissement plutôt inattendu quand à l'identité de ceux qui traquent le pilote. Simple et efficace.

Avec un acteur transcendé, une actrice plus qu'émouvante, une B.O. excellente (de la new wave comme dans Bronson), un réalisateur sans faille qui a  (peut-être) compris ses erreurs grâce à ce film de commande et une histoire mélangeant habilement les genres, Drive est d'ores et déjà dans le top 5 des films de l'année 2011. Putain, c'est si bon parfois le cinéma.

Drive (2011) de Nicolas Winding Refn. Distribué par Le Pacte. Avec Ryan Gosling, Carey Mulligan, Ron Perlman, Bryan Cranston. Durée: 1h40.