Metropolis de Fritz Lang (1927) par Marc Shift
Quand on arrive en ville....
Metropolis est une ville futuriste et visionnaire où son concepteur, Joh Fredersen règne en maître. Elle est divisé en deux, le monde de la surface pour les puissants, la partie souterraine pour les ouvriers. Un jours le fils de Joh aperçoit Maria, vivant dans la ville basse, et décide de la retrouver. Son père fera tout pour que son fils reste dans le droit chemin....Malheureusement pour vous (et pour moi), la version visionnée n'est pas la dernière version de 2h30, mais celle qui était disponible avant l'annonce de la découverte des dernières bobines en Argentine. C'est donc la version de 2h, et même si apparemment ça ne bouleverse pas l'histoire c'est très frustrant. Frustrant parce que c'est bien évidement un chef, car à bientôt 85 ans après (!!!) on ne peut qu'être impressionné par l'ampleur du film soit par l'aspect technique soit par la richesse thématique.
Il y a beaucoup de chose à voir dans Metropolis, commençons par le remettre dans le contexte de l' époque...et de ses auteurs. Nous sommes dans l' immédiate après Guerre et surtout après l' occupation par la France et la Belgique des régions de la Ruhr et de la Rhénanie. Il est donc normal, quand on est allemand (ou autrichien comme Fritz Lang) à l' époque de développer un sentiment national fort, ou tout du moins avoir des opinions convergeant dans ce sens. Et il est important de savoir que Théa Von Harbou, scénariste et compagne de Lang, soit une nazie convaincue.
Ses opinions, Fritz Lang, ne les partage pas, mais ils font partie de sa pensée politique au moment de la création du film. L'œuvre ne présente pas de pensée politique définie et ce n'est pas un élément majeur pour apprécier ce film de nos jours, mais cela permet de comprendre une partie des enjeux dramatiques.
Metropolis est loin (très loin) d'être une œuvre à la gloire d'une quelconque idéologie, celle-ci ayant même été censurée par le parti nazi (ce n'est d'ailleurs pas un hasard que les dernières bobines soient retrouvé en Argentine....). Ce qu'il faut comprendre c'est que le film est fortement ancré dans son époque, où la jeunesse est exaltée et magnifiée par le sport, la lutte des classes (orientée en collaboration des classes dans l'idéologie fasciste) est représentée physiquement etc….
Mais arrêtons là nos digressions et concentrons nous sur le film, qui de manière audacieuse mélange le mythe de Frankenstein (le savant fou créant un être vivant) à Shakespeare (Roméo et Juliette) dans un monde futuriste, le tout posé sur la coexistence de deux mondes antagonistes : les puissants et les travailleurs. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, la masse anonyme des exploités se tue à la tâche pour faire fonctionner la ville pendant que le fils de Joh Fredersen, Freder, mène une vie dédiée au sport et à la recherche d'une compagne. Pourtant un jour il aperçoit une jeune fille, Maria, faisant la visite de la ville haute à un groupe d'enfants. Il tombe immédiatement amoureux et dès le départ de cette dernière pour la ville basse, il la suit. Pour la première fois il découvre l'envers (l'enfer?) du décor et voit les ouvriers se faire littéralement engloutir par les machines. Il tente alors l'impossible : comprendre et changer les choses....
Son père se mettra en travers de son chemin, et il forcera un savant (ex-rival amoureux...) à donner l'aspect de celle qu'il aime à l'androïde qu'il vient de créer pour manipuler son fils et aussi ses ouvriers.
Il y a bien d'autres enjeux thématiques à découvrir, mais il n'y a pas que ça car Metropolis possède une architecture impressionnante, un chef d'œuvre du courant expressionniste, qui va du monumental à l'inquiétant (la maison du savant). On ressent vraiment le poids (ou plutôt la taille) des bâtiments, influençant visiblement les hommes qui y vivent. Impressionnant aussi par l'ampleur humaine du projet (plus de 36 000 figurants!!!!).
Alors oui, quand on regarde un film muet, il y a des codes que nous ne possédons pas (ou plus) en temps que spectateurs (je ne sais pas si c'est dû aux minutes manquantes, mais les cartons explicatifs passent un peu du coq à l' âne, mieux vaut être attentif), il y a un sur-jeu permanent de la part des acteurs (c'est normal, la parole est tout de même le propre de l'homme, alors quand on ne peut pas l'utiliser ce n'est pas simple) proche d'une gestuelle entre le ballet et l'opéra, un aspect assez naïf (comme pour le final que Lang ne semble pas vraiment apprécier) et pourtant le film garde un aspect très moderne dans son propos, bien aidé par une image sublime (j'avais un peu peur d'avoir trop de rayures ou autres défauts, ce n'est pas le cas). Alors un conseil si vous hésitez encore à voir un film de l'époque muette, foncez sur Metropolis vous ne serez pas déçu.
Métropolis de Fritz Lang (1927, Allemagne) scénario Théa Von Harbou, avec Gustav Frölich, Rudolpf Klein-Rogge, Brigittte Helm, Alfred Abel.....durée 2h30 pour la dernière version....à découvrir de toutes urgences.



























Excellente chronique, j’adore ce film, c’est toujours une vraie baffe (parfois) de regarder ces vieux films, à priori englués dans la naphtaline… j’ai eu le même genre de sensation avec le premier Ben-Hur (et je ne peux pas supporter la version “âge d’or d’Hollywood”)
Merci du compliment ça fait toujours plaisir
Et bientôt le cuirassé de Potemkine (1925) que je te conseille si tu ne connais pas.