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Killing Fields de Ami Canaan Mann (2011) par Tootsif

POLAR EMBOURBE.

           À Texas City, la police fait face à une série de meurtres, mais les rivalités internes qui minent le service et l’endroit épouvantable où ont été retrouvés les corps – le bayou de Killing Fields – compliquent l’enquête. Dans le comté voisin, les inspecteurs Mike Souder et Brian Heigh travaillent sur la disparition d’une jeune fille. Pas de cadavre, aucune piste. Lorsque Anne, une gamine des rues que Brian a prise sous son aile, est portée disparue à son tour, les deux inspecteurs commencent à se dire que la solution se cache peut-être du côté de Killing Fields…

 

            Avant de parler en profondeur de Killing Fields, puisque c’est le film qui va nous intéresser ici, une petite mise en situation s’impose et un flashback est ainsi de rigueur.

            Nous sommes le lundi 26 décembre, il est aux alentours de 13 h, quand, comatant dans la cuisine de mon travail après ce week-end de festivités, mon portable vibre au fond de ma poche.

            Le salopard qui m’envoie ce message me faisant sursauter sur mon tabouret n’est qu’autre que l’ami Ninnin, mon fidèle compagnon des salles obscures ! Que veut il à cette heure indue ?

Alors…… « nouveau Michael Mann au cinéma, ça s’appelle Killing Fields et ça semble pas mal »

Un nouveau Michael Mann ? Tiens j’en ai pas entendu parlé. Je pensais qu’il se cachait au fin fond de sa villa de L.A depuis le soporifique Public Enemies moi ?

Bon je verrai la B-A ce soir en rentrant chez moi.

 

            Bon je vais vous épargner le reste de ma journée de dur labeur qui de toute manière ne vous intéressera pas, pour arriver directos au passage où je lance la B-A de Killing Fields. Alors mouais, un polar, inspiré de faits réels ouais bon ça je m’en cogne tant que l’histoire est bonne (mais c’est sûrement pour dire que ouais y a des gens assez tordus pour commettre des atrocités que l’on peut même pas imaginer),, ah tiens c’est dans la bayou, cool j’aime bien ça peut faire une ambiance pesante et ça tombe bien la B-A donne l’impression que y en a une justement, le tricard over-hypé de Sam Worthington et…Michael Mann !

            Ouais mais en tout petit c’est écrit Michael Mann présente. Hmmm ça pue l’ambrouille ça et effectivement le gugusse n’est pas le réal mais le producteur ! C’est sa fifille qui est aux manettes. M’enfin bon un polar dans le bayou a priori ça ne se refuse pas ! Donc zhou au cinoche !

 

            Alors Killing Fields est il ce polar tendu à l’ambiance poisseuse que la bande annonce et le nom de Mann nous fait miroiter ?

            Et bien si fifille a hérité de quelques unes des qualités de son père, elle est encore loin d’égaler ses meilleurs œuvres (même si elle se place quand même au dessus du dernier film de papounet) nombre de défauts amoindrissent la qualité de son métrage qui est un polar sympathique mais pas inoubliable.

            Ami Canaan Mann, puisque c’est le nom de la fille à son papa, sait se servir d’une caméra et elle le montre ! Peut être d’ailleurs un peu trop. En voulant nous montrer que ses personnages ont de la profondeur, des failles, cette dernière abuse de plans lents.

Oui il y a un vrai soin apporté à la mise en scène mais cette surabondance de gros plans sur les visages, de panoramiques, certes magnifiques, nuit à l’émotion suscitée chez le spectateur et alourdit une histoire qui n’en n’avait nullement besoin de par son récit bancal (j’y reviendrais) nous perd.

            Pourtant on sent qu’il y a de la souffrance, qu’un drame se joue devant nos yeux et que les enquêteurs que l’on suit semblent dépassés, impuissants malgré tous leurs efforts Mais on a du mal à éprouver de l’empathie pour eux car la réalisation par moment trop maniérée crée une barrière, une distance entre eux et nous difficilement franchissable.

            Car bancal le récit l’est, s’éparpillant dans de trop nombreuses directions où des personnages, des lieux se croisent. Alors vous allez me dire c’est normal, c’est un thriller tout se dévoilera lors du dénouement final ! Et bien non, les enquêtes croisées entre la ville de Texas City et Killing Fields qui semblent liées les unes aux autres ne se rejoignent jamais, le final ne confirmant rien et au contraire semblant faire apparaître l’une d’entre elles comme totalement inutile. Alors pourquoi s’attarder autant sur elle et ne pas plutôt resserrer le récit sur l’essentiel ?

 

            Le même sentiment se fait jour concernant les personnages. Si ces derniers sont dans l’ensemble très bien interprétés (à part pour l’inspecteur joué par Sam Worthington dont le jeu est totalement dénué de subtilités) et semblent être bien approfondis, contrairement à nombre de polars où les personnages sont à peine esquissés, ce souci de profondeur semble par moment factice car n’apportant rien au final et noyant le spectateur d’éléments inutiles au récit.

            Comment Brian flic new-yorkais se retrouve à Texas City, Quels sont ses liens avec l’ex-femme de son partenaire ? D’où vient sa foi ? Quel est le lien de Mike avec les Fields ?

Tout ça est abordé, semble avoir de l’importance mais est finalement laissé de côté.

 

            Bref, c’est frustrant car cette volonté de profondeur factice nuit au récit qui aurait gagné à être plus ramassé pour plus d’ambiance et ne pas dériver par moment vers les rivages de l’ennui.

Resserrer tant l’intrigue que le nombre de personnages lui aurait fait apporter beaucoup.

            Dommage car il y a à côté de vraies belles choses, comme le décor des Fields, pour moi trop peu exploité, et une direction de photographie juste somptueuse tout comme les musiques toujours à propos. La performance de Chloé Moretz qui révèle après chaque film un talent incroyable et celle de Jeffrey Dean Morgan, qui bouffe littéralement l’écran à chaque apparition, font aussi pour beaucoup dans ma mansuétude à l’égard du film qui nous fait naviguer entre le plaisir et l’ennui.

            Voilà comment on gâche un très beau potentiel.

« Killing Fields » de Ami Canaan Mann (2011). Avec : Sam Worthington, Jeffrey Dean Morgan, Chloé Moretz, Jessica Chastain, Sheryl Lee. Distribué par Metropolitan FilmExport. Durée : 01 H 44.