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Wolfman de Joe Johnston (2010) par Tootsif

EPOUVANTE AU POIL

Lawrence Talbot est un aristocrate torturé que la disparition de son frère force à revenir au domaine familial. Contraint de se rapprocher à nouveau de son père, Talbot se lance à la recherche de son frère...et se découvre une terrible destinée.

L'enfance de Lawrence Talbot prit fin à la mort de sa mère. Ayant quitté le paisible hameau de Blackmoor, il a passé plusieurs décennies à essayer d'oublier. Mais, sous les suppliques de la fiancée de son frère, Gwen Conliffe, il revient à Blackmoor pour l'aider à retrouver l'homme qu'elle aime. Il y apprend qu'une créature brutale et assoiffée de sang s'affère à décimer les villageois et que Aberline, un inspecteur soupçonneux de Scotland Yard, est là pour mener l'enquête.

Réunissant petit à petit les pièces du puzzle sanglant, Talbot découvre une malédiction ancestrale qui transforme ses victimes en loups-garous les nuits de pleine lune. Pour mettre fin au massacre et protéger la femme dont il est tombé amoureux, il doit anéantir la créature macabre qui rôde dans les forêts encerclant Blackmoor.

Si le vampire est revenu à la mode ces dernières années, les autres monstres qui ont fait les heures de gloire de la Hammer et de Universal (Frankestein, Loup-garouet cie) lors de l’âge d’or du film d’épouvante, n’ont pas eu le droit au même traitement de faveur. Frankie ? Le nanar de Kenneth Branagh avec De Niro est juste déprimant.

Les loupiots ? Ben à part leurs apparitions pas très remarquables dans de bousins comme les Underworld et Twilight (bon là c’est cool on saccage aussi les vampires, je vois pas pourquoi y aurait que lui qui s’en sortirait) ou un caméo dans Van Helsing, c’est aussi la débandade (ah et faut pas oublier Wolf avec Jack Nicholson aussi putain).

Alors quand a été annoncé le film Wolfman j’ai été un peu paniqué surtout quand je me suis aperçu que c’était le yes-man Joe Johnston (des conneries comme Jumanji ou Jurassic Park III) aux commandes. Puis au fur et à mesure des news, le moral est revenu : un casting prometteur (Benicio Del Toro et Anthony Hopkins sont pas spécialement réputés pour avoir des choix de merde), des premiers screens à l’ambiance délicieusement gothique, Danny Elfman au score et comble du plaisir un classement R et non un simple PG13 comme bon nombre de films d’horreur, l’horizon semblait dégagé pour nous fournir enfin le film de monstre moderne de référence.

Mais là aussi manque de bol plus on s’approchait de sa sortie en salle et plus ça sentait le sapin : sortie repoussée,  Joe Johnson privé du final cut, score de Danny Elfman jeté puis réintégré, bref tous les clignotants étaient au rouge.

Et pourtant, malgré tous ces signes alarmants et la malédiction qui semblait peser sur sa créature depuis la fin de son âge d’or, Wolfman et Joe Johnston s’en sortent plus qu’honorablement.

Ainsi dès le début le film nous rassure sur un point : le visuel gothique à souhait. Cette « balade » dans la campagne anglaise, puis plus tard dans Londres, nous plonge parfaitement dans cette Angleterre victorienne, mélange étrange entre folklore paysan et  rationalisation scientifique, nous montrant ainsi le tiraillement d’un pays qui bascule vers une nouvelle ère.

Le visuel est pour beaucoup dans l’ambiance du film car avec ses landes brumeuses, ses forêts aux arbres tordus, ses ruelles grises et humides, son ciel bas et sombre il se dégage de l’image un  certain spleen, un malaise constant comme si la mort rodait tout autour. Toute l’imagerie traditionnelle du film d’horreur classique est présente et remplie ainsi parfaitement son office.

Cette imagerie est en outre sublimée par des effets spéciaux utilisés avec à propos ne nous sautant pas à la gueule à chaque instant mais qui prennent tout leur sens lors de la figure imposée de la transformation en loup-garou. Cette dernière est superbe, nous faisant ressentit toute la douleur de la victime de cette malédiction.

Il est juste dommageable que ce superbe passage soit un peu gâché par le design de la créature elle-même que j’ai trouvé pas aussi réussi qu’espéré.

Et il convient d’ajouter à cela des scènes d’attaques de loup-garou qui n’hésitent pas à verser dans le gore et sans rien nous épargner à l’écran : décapitations, arrachages de membres…. Le loup-garou est un prédateur sans rival et le film nous le rappelle à chacune de ces apparitions, démontrant ainsi que la véritable horreur ce n’est pas un PG13.

Mais un beau visuel s’il joue pour beaucoup dans la réussite d’un film n’est rien sans une bonne histoire qui nous prend (exemple  Pathfinder aussi beau visuellement qu’il est creux). Et si l’histoire nous parait d’abord d’un classicisme absolu à travers l’enquête de Lawrence Talbot sur la mort étrange de son frère, cette dernière se révèle plus profonde que prévu en se focalisant sur la relation houleuse de Lawrence avec son père (faite de non-dit et ‘un étrange mélange entre amour et haine) et sur les sentiments qu’il éprouve et essaie de contenir pour Gwen, la promise de son frère.

Il existe donc une réelle profondeur au script le faisant aller plus loin que le simple film de monstre, malheureusement cet aspect n’est pas assez poussé et est surtout un peu plombé par le jeu assez surjoué, théâtral, adopté par les acteurs.

On a l’impression d’assister à un drame shakespearien et cela un peu superficiel les relations entre les divers personnages, créant par moment une distanciation très (trop) forte entre le spectateur et les protagonistes qui nous empêche de ressentir totalement les émotions qui les habitent.

Ainsi Wolfman est une très bonne surprise qui sait rendre hommage à ses illustres aînés tout en tentant de lui apporter des éléments nouveaux (violence, profondeur des personnages) certes avec plus (la violence) ou moins (les relations entre les protagonistes) de réussite.

Mais sa poésie gothique, son romantisme, son désespoir, son ambiance sombre et mature (choses devenue bien trop rare à cette heure où le gothique est devenu un effet de mode gentillet) nous font passer outre un classicisme parfois trop présent et une réalisation très classique.

Un bon film

« Wolfman » de Joe Johnston (2010). Avec : Benicio Del Toro, Anthony Hopkins, Emily Blunt, Hugo Weaving. Distribué par : Universal Pictures International. Durée : 01 H 39.