Les Seigneurs de la Guerre de Peter Ho-Sun Chan, Peter Chan Lung et Wai Man Yip (2006) par Tootsif
« Une armée victorieuse l’est avant même de livrer bataille. Une armée vaincue se lance d’abord dans la bataille et ensuite recherche la victoire. » de l’Art de la Guerre de Sun Tzu.
Un militaire, un homme d'honneur, un idéaliste. Trois hommes que le hasard réunit se jurent fidélité et allégeance. Désormais, ils seront frères de sang, à la tête d'une armée de bandits dont ils feront leurs soldats. Ensemble, ces seigneurs de la guerre combattront pour obtenir le pouvoir. Une fois la victoire accomplie, le plus dur les attend : honorer le serment qui les unit.
Depuis la rétrocession de Hong Kong à la Chine, s’est développée dans ce pays une multitude de grandes fresques épiques basées sur la construction de la Chine, de son identité, de son unité afin d’exacerber ces valeurs et sa force. Le gouvernement chinois participant au financement de ces fresques, celles-ci nous permettent certes d’assister à des films clairement orientés pro-gouvernement chinois, mais à des fresques aux costumes somptueux, à des batailles opposant des milliers de protagonistes, à des combats très chorégraphiés, des grands sentiments, bref à du grand spectacle.
Les seigneurs de la guerre se pose de prime abord dans cette catégorie. Une brochette de stars asiatiques (Jet Li, Andy Lau, Takeshi Kaneshiro), des costumes somptueux, des clameurs épiques, des combats réglés comme des ballets (Jet Li, même s’il n’est plus aussi vif qu’à ses débuts a toujours autant la classe lors de ses combats),
L’ensemble semble donc bien maîtrisé, voire trop, un certain manque d’âme se faisant par moments sentir et les combats convenus et trop stylisés (ralentis avec musique pompeuse) nuisent à l’ensemble le rendant assez impersonnel.
Ce ton froid est accentué par la pauvreté du jeu de Jet Li, toujours aussi monolithique et même si le beau gosse Takeshi Kaneshiro fait des efforts ce n’est pas encore ça. Heureusement Andy Lau, même s’il est le moins mis en avant des trois rehausse le niveau.
C’est beau, bien réalisé mais il manque quelque chose pour que cela prenne plus d’ampleur.
C’est dommage car certaines idées sont plutôt bonnes.
Ainsi le lien unissant les trois protagonistes permet de développer la psychologie des personnages et de donner une dimension plus humaine à leur épopée. Malheureusement leur histoire tourne au drame shakespearien grandiloquent lors d’une dernière demi-heure prenant des allures de soap opéra à coup de torrents de larmes.
Cela fait totalement redescendre la tension qui s’était peu à peu installée lors du deuxième tiers du film, magnifique, où nos héros prennent des chemins différents car leur vision de la guerre, des motivations d’un soldat prennent des tournures différentes pour atteindre leur zénith lors du siège d’une cité tournant au génocide. Meurtre justifié par des intérêts supérieurs ? Pure barbarie ? Chacun y verra quelque chose de différent qui le marquera à jamais.
Hélas le final pompeux au possible fera redescendre ce moment de grâce.
Alors au final que reste t il ? Des décors spectaculaires ? Des batailles homériques ? Une histoire d’amour tragique ? C'est-à-dire une fresque certes somptueuse mais sans âme. Je préfère retenir ces minutes profondes portant le film vers une autre dimension et qui donnent l’impression d’un immense gâchis, que si le film avait été mis dans d’autres mains le film on aurait eu plus qu’une grosse machine de guerre manquant d’âme et aussi proche des autres grosses productions chinoises (La Cité Interdite, Les trois royaumes, etc…).
« Les Seigneurs de la Guerre » de Peter Ho-Sun Chan, Peter Chan Lung et Wai Man Yip (2006). Avec : Andy Lau, Jet Li, Takeshi Kaneshiro.Distribué par ARP Selection. Durée : 01 H 50.

























