Tag: tueur en série
La balade sauvage de Terence Malick (1973) par Marc Shift
Kit est un éboueur, lors d'une tournée il aperçoit et aborde une jeune inconnue qui tombe rapidement sous le charme. Mais son père est contre cette fréquentation, surtout que Kit perd son travail. Il tente de plaider sa cause, mais tout dérape et il abat le père de sa petite amie, c'est le début d'une fuite en avant. Read moreHenry, portrait d'un serial killer de John McNaughton(1986) par Marc Shift
FACE A LA MORT.
Hanté par ses démons d'enfance Henry tue. Menant une vie minable, il n'existe que pour ça.
« Attention, ce film n'est pas basé sur des faits réels, il s'en inspire ». Ce film débute par cette mention, précisant pour le coup une oeuvre purement fictionnelle. Premier effet, on se détend, on se dit que ça va être un film de pure exploitation. La musique est minimaliste, on entend les bruits de la nature et un lent travelling rotatif vicieux nous fait découvrir le cadavre d'une femme.
S'ensuit une scène dans un rade banal, une drague entre un consommateur de café et une serveuse. Puis on est dans un bureau, où par les mêmes artifices on voit le corps de deux employés abattus. Le consommateur de café se retrouve au volant d'une voiture pourrie à écouter une musique de merde. Puis encore un cadavre. Suivit d'un autre.
On est au bord de l'asphyxie, rien n'est là pour mettre le spectateur à l'aise, rien n'est beau, rien n'est glamour, et il n'y a aucun doute sur l'identité du tueur. Ce film est inspiré de la vie du tueur en série Henry Lee Lucas, condamné à mort (et finalement la peine sera commué en prison à perpétuité par......G.W. Bush junior!) pour 9 meurtres. Henry Lee Lucas avouera 600 meurtres.
Entre 170 et 200 ont été confirmé. Malgré la mention débutant le film, les personnages repris dans le film ont existé, Ottis Toole a réellement été son complice, et Becky Powell est réellement la nièce de ce dernier. Si je fais toutes ces précisions, ce n'est pas dans le but de racoler les malades qui gravitent sur le net, mais pour bien faire comprendre l'intention de John Mcnaughton : elle était de faire un pure film d'horreur. Comprendre par là, un film qui fait horreur.
Si la scène d'ouverture, par son atmosphère et son découpage à la limite de l'overdose ainsi qu'une lumière assez naturaliste, est une réussite, le film doit se poursuivre dans la même veine, et faire le moins de concessions possible pour réussir à garder ce sentiment d'inconfort. Car tout le problème est là avec les films tournant autour des tueurs en série : le voyeurisme, la fascination morbide et un tas d'autres mauvaises raisons qui font autant de mauvais films (voir les innombrables films d'exploitation sur le sujet).
En fait je parlerai de la seule concession qu'a fait Mcnaughton sur ce film, il a rendu Henry extrêmement intelligent (ne tuant jamais de la même manière, pour ne pas se faire repérer par la police, ainsi que ses innombrables déplacements), alors que dans la réalité Henry Lee lucas était un vagabond (presque un clochard) tuant selon le moyen du jour (et parfois plusieurs fois par jour) poussé par sa folie.
Une autre concession, minuscule, lors du moment « vidéo » (j'avoue pour la comprendre faut être un peu malade, je dois l'être un peu), où les deux meurtriers semblent apathiques. Regardez bien leurs mains (où elles se trouvent), et ce qu'elles « tiennent », c' est très évocateur....
Une bien maigre concession, car dans ce film tout est fait pour rendre l'environnement minable, l'appart' où se retrouvent Henry (Michaël Rooker, terrifiant, dérangeant, schizophrène, minable.......fabuleux!!), Ottis (Tom Towles, vraiment très bon) et Becky (Tracy Arnold réellement touchante) est minable, les voitures sont presque des épaves, la musique est assez nase, et les meurtres n'ont rien d'iconographiques.
Bref ce film évite toute condescendance, évite d'être totalement malsain en créant la distanciation nécessaire (au contraire d'un "August Underground" notamment). Pour moi ce film est ce qu'on peut faire de mieux dans le genre, je ne peux pas dire que je l'aime car au final (et même si on peut penser le contraire) je suis sain d'esprit, il est indéniable que ce film est une totale réussite (le final est d'ailleurs indispensable au film).
Marc Shift.
L'étrangleur de Boston de Richard Fleischer (1968) par Marc Shift
PILE ET FACE.
Été 1962, une femme âgée est retrouvée à son domicile étranglée. La police peine à trouver une piste, malgré la multiplication des victimes. La psychose gagne peu à peu la ville de Boston et les autorités testent toutes les solutions possibles pour attraper l'assassin.
Le film débute par quelques mentions stipulant qu'il est basé sur des faits réels. D'ailleurs le film est sorti quatre ans à peine après la vague de meurtres ayant sévit sur Boston, pour la quelle Albert de Salvo a été condamné. Au départ ce film m'a intéressé pour la présence de Tony Curtis, dont la performance était mis en avant. Mais le film ne se résume pas qu'à ça, loin de là. Richard Fleischer est un réalisateur qui a déjà une bonne filmographie sous le bras, dont un mythique "Viking" avec Kirk Douglas et.....Tony Curtis.
La production du film a été lancé alors que l'affaire n'avait pas encore été jugée, et pendant une vague de films plus ou moins d'épouvante exploitant le filon, commencé par "Psychose" en 1960. Ce n'est pas forcément le contexte le plus rassurant, ce type de film pouvant très vite devenir racoleur. Dès le départ, Fleisher fait tout pour ancrer son film dans la réalité, et utilisant la télévision comme repère temporel (une parade en l'honneur des astronautes de l'équipage Mercury) ainsi que pour la B.O., et un aspect documentaire.
On se retrouve dans un appartement chamboulé, où gît le corps d'une femme et où la police fait rapidement son entrée. Le film se poursuit à ce rythme, enchaînant meurtre et enquête policière qu'on sent inefficace. Pour autant le film ne tombe pas dans le vulgaire, même si par les dialogues peu de détails sont épargnés (description froide des situations). Le déroulement s'attache à la tension croissante qui règne dans la ville, tout en nous immergeant dans le sordide de la situation. Fleisher pour y parvenir utilise un procédé novateur, le split screen (plusieurs points de vue au sein du même écran).
D'ailleurs, encore à ce jour je n'ai pas encore vu de film où ce procédé (simplement utilisé comme gimmick dans la série "24 heures chrono") a été utilisé aussi finement. Autre tour de force de ce film, le tueur. Ou plutôt son absence, pendant à peu près les deux premier tiers du film, on ne verra au mieux que son pied, en fait on le suit à la trace. Le premier basculement du film se place avec l'entrée en scène d'Henry Fonda qui campe l'inspecteur Bottomly chargé de coordonner l'action de la police.
Tout semble se mettre lentement en place au sein de l'enquête, où les suspects successifs sont écartés grâce à la lucidité et l'analyse de Bottomly (Henry Fonda est parfait dans le rôle). Par la suite, le film bascule radicalement, avec une scène d'une maîtrise folle, située chronologiquement lors des obsèques de Kennedy où on découvre qui est l'étrangleur de Boston, en fait un simple père de famille, loin des pervers (en tous cas décrit comme tel) précédemment suspecté par la police.
Le doute n'est pas permis, en effet ce dernier sous le choc des funérailles, part dans un état second au volant de sa voiture et finira par faire une nouvelle victime. Le film restera collé à Tony Curtis, jusqu'à son arrestation, sans perdre sa force en grande partie grâce à l'acteur qui joue là l'un de ses plus grands rôle. La tension restera à son comble lors des entrevues entre le tueur et l'enquêteur, où la réalisation évite la facilité.
Grand film, sur un sujet racoleur à l'actualité brûlante, qui évite la facilité par son ton documentaire, visuellement impressionnant, où les acteurs sont vraiment au sommet de leur art, soit à contre emploi comme Tony Curtis, soit un Henry Fonda fascinant dans sa quête de vérité (à noter il enchaîne dans la même année ce film et "Il était une fois dans l'Ouest", impressionnant!). A noter pour la petite histoire, la réelle identité de l'étrangleur de Boston reste inconnue, De salvo ayant été innocenté pour au moins deux victimes par l'ADN.
Marc Shif.
N'AYANT PAS TROUVE DE BANDE-ANNONCE VOILA LES 20 PREMIERES MINUTES DU FILM!!
M Le Maudit de Fritz Lang (1931) par Marc Shift
COMME UN EMBLEME.
Toute la presse en parle, un tueur d'enfant terrorise la ville et vient de faire une nouvelle victime. La police, dépassée par les événements, multiplie les rafles et les interrogatoires. Gênée par toute cette agitation la pègre décide à son tour de partir à la recherche du meurtrier.
Premier film parlant pour Fritz Lang, qui s'attaque donc à l'une des évolutions majeures du cinéma. C'est qu'en 1931 on pourrait croire que nous n'en sommes qu'à la préhistoire du cinéma, alors que rien n'est plus faux! En une petite trentaines d'années le cinéma a déjà inventé toutes les techniques qui existent encore aujourd'hui (ralentis, synchronisation sonore, système d'éclairage.....) seules arriveront plus tard la 3D et la couleur, tout le reste n'étant qu'amélioration des techniques déjà existantes. Pourquoi toutes ces précisions ?
Pour faire comprendre que dès les débuts du cinéma, il y a eu de grands cinéastes et de très grands films. Et si à l'heure actuelle M le maudit est le film le plus ancien que j'ai vu, m'attaquer au cinéma muet m' intéresse beaucoup, il y a des grands films à découvrir....
D'ailleurs l'une des forces de Fritz Lang, c'est qu'il a déjà réalisé une douzaine de films muets (dont le mythique "Métropolis") , et donc il sait comment composer une image porteuse de sens. Le scénario est basé en partie sur un tueur en série qui sera baptisé par la presse « le vampire de Düsseldorf », et le film rentre directement dans le vif du sujet.
Dès les premiers instants on ressent une impression de malaise, avec des enfants chantant une comptine macabre et une mère de famille à son balcon leur demandant de se taire. Oui ces images mettent mal à l'aise, la mère au balcon se promène à travers son étendoir à linge, et grâce au cadrage, à l'éclairage et à l'ambiance sonore le film prend immédiatement à la gorge créant un sentiment d'inquiétude et d'attente, sentiment qui nous accompagne autant que la mère, se plongeant dans ses taches quotidiennes, malgré son angoisse grandissante (avec de sublimes mises en abimes visuelles) qui ne reverra jamais son enfant revenir.
Si dès le début du film le tueur apparaît brièvement, précédé par un sifflement entêtant, (dont l'air m'échappe encore, si quelqu'un peut me dire ce que c'est....), puis par son ombre inquiétante, c'est que l'enjeu n'est pas l'enquête policière, mais plutôt la mise en œuvre maladroite et dans un premier temps totalement inefficace de l'enquête officielle. La pègre, mise sous pression et cherchant à tout prix à ne pas être amalgamé avec ce tueur se met elle aussi à le rechercher activement.
A ce titre l'enquête croisée entre les deux parties est un modèle de montage, où la pègre mettra la première la main sur M. Si cette partie concerne les trois quart du métrage, c'est pour mieux préparer le morceau de bravoure du film : M (le meurtrier) est mis en jugement par tout ce que la ville compte de truands, voleurs, tueurs, violeurs.....
C'est un peu un raccourci de ma part mais pour moi tout le film n'a que ce but : mettre face au peuple (aveugle?) ce qui représente la menace ultime, le monstre à éliminer à tout prix. Le pédophile. Le film n'est à aucun moment complaisant, ni avec le tueur (Malade? Fou?) ni avec le peuple (ivre de vengeance? Ivre de peur?), aborde le thème de la peine de mort (peut on tuer un fou? Doit on tuer un malade?) et même celui du récidivisme (quelle réponse la justice civile peut apporter à ça?).
Fritz Lang n'apporte pas la réponse, d'ailleurs certains de nos politiciens avides de renommées et démagogiques essayent encore d'apporter des réponse toutes faites à un problème aussi complexe que marginal. Ce film est d'une richesse incroyable, avec un acteur qui m'a vraiment époustouflé Peter Loore (M), offrant une composition extraordinaire, et même si parfois les autres acteur sont un poil plus théâtraux dans l'attitude (mais seulement par moment), ils sont largement à la hauteur de l'entreprise.
Marc Shift.





















